ENCADRE-L'histoire troublée des relations entre Ryad et Téhéran

le , mis à jour à 09:13
0
 (Répétition d'un encadré transmis dans la nuit, précision §7) 
    4 janvier (Reuters) - L'Arabie saoudite sunnite a rompu 
dimanche ses relations diplomatiques avec l'Iran chiite au soir 
de deux jours de fortes tensions liées à l'exécution par le 
royaume wahhabite d'un dignitaire de la minorité chiite 
saoudienne, le cheikh Nimr al Nimr. 
    En représailles, des manifestants ont envahi l'ambassade 
d'Arabie saoudite à Téhéran aux premières heures de dimanche. 
Dans la foulée, le guide suprême de la Révolution iranienne, 
l'ayatollah Ali Khamenei, a promis que la "vengeance divine" 
s'abattrait sur le royaume saoudien pour l'exécution du cheikh 
Nimr, virulent critique de la famille Al Saoud au pouvoir à 
Ryad. 
    Voici les principaux moments de vingt années de relations 
diplomatiques difficiles entre l'Iran révolutionnaire chiite et 
l'Arabie saoudite conservatrice sunnite. 
 
1987 - LE DRAME DE LA MECQUE 
    Les deux puissances régionales frôlent la rupture en juillet 
1987 après la mort de 402 pèlerins, parmi lesquels se trouvent 
275 Iraniens, lors d'affrontements à La Mecque, lieu de 
naissance du prophète Mahomet en Arabie saoudite. 
    A Téhéran, les manifestants descendent dans les rues, 
occupent l'ambassade saoudienne et mettent le feu à l'ambassade 
du Koweït. Un diplomate saoudien, Moussa'ad al Ghamdi, meurt à 
Téhéran de ses blessures après être tombé d'une fenêtre de 
l'ambassade. Ryad accuse Téhéran d'avoir ralenti son transfert à 
l'hôpital. 
    Les relations diplomatiques entre les deux pays sont 
finalement rompues par le roi Fahd d'Arabie saoudite en avril 
1988. Elles seront rétablies en 1991.  
     
FIN DES ANNÉES 90-DÉBUT DES ANNÉES 2000 - AMÉLIORATION 
    En 1999, le président iranien Mohammad Khatami, considéré 
comme un réformiste par les Occidentaux, se rend en Arabie 
saoudite. C'est la première visite d'un président iranien depuis 
la révolution iranienne de 1979. 
    Khatami, un religieux chiite, a travaillé au rapprochement 
avec l'Arabie saoudite après avoir été élu en 1997. Les deux 
pays scellent l'amélioration de leurs relations par un pacte de 
sécurité en avril 2001. Réélu en juin 2001, Mohammad Khatami est 
félicité par le roi Fahd d'Arabie saoudite.  
 
LES ANNÉES 2000 - RIVALITÉ RÉGIONALE 
    La guerre menée par les Etats-Unis à partir de 2003 en Irak 
pour renverser Saddam Hussein porte au pouvoir à Bagdad la 
majorité chiite du pays avec pour résultat son alignement 
politique sur l'Iran. 
    En outre, le programme de l'Iran en matière d'énergie 
nucléaire fait craindre aux Saoudiens que l'Iran du président 
Mahmoud Ahmadinejad, le successeur de Mohammad Khatami, ne 
cherche à dominer la région du Golfe et ne donne des idées à ses 
populations chiites. 
    En janvier 2007, l'Arabie saoudite dit à un émissaire 
iranien que l'Iran met le Golfe en danger, référence au 
différend de la république islamique avec les Etats-Unis au 
sujet de l'Irak et au sujet de son programme nucléaire. 
 
2011 - LES PRINTEMPS ARABES 
    L'Arabie saoudite envoie ses troupes pour aider Bahreïn à 
écraser de grandes manifestations en faveur de la démocratie, 
craignant que cette opposition, en grande majorité chiite, ne 
s'aligne sur Téhéran. Par la suite, les deux royaumes accuseront 
l'Iran de fomenter les violences contre la police bahreïnie. 
    Les câbles diplomatiques des Etats-Unis rendus publics par 
l'ONG WikiLeaks montrent que les dirigeants saoudiens, et 
notamment le roi Abdallah, poussent leur allié américain à 
adopter une position dure face à l'Iran à propos de son 
programme nucléaire, en envisageant notamment l'usage de la 
force militaire. 
    Après des heurts entre la police et les chiites, l'Arabie 
saoudite accuse le cheikh al Nimr et les chiites de sa province 
de l'Est de coopération avec un Etat étranger, à savoir l'Iran, 
pour semer la discorde. 
    Washington dit avoir mis au jour un projet iranien 
d'assassinat de l'ambassadeur d'Arabie saoudite aux Etats-Unis. 
Ryad dit que les preuves sont accablantes et que Téhéran devra 
payer. 
 
2012-2015 - GUERRES PAR PROCURATION 
    En Syrie, l'Arabie saoudite devient le principal soutien des 
rebelles qui cherchent à renverser le président Bachar al Assad, 
un alaouite (branche du chiisme) soutenu par l'Iran. Ryad accuse 
Bachar al Assad de "génocide" et l'Iran d'être une "puissance 
occupante". Téhéran accuse Ryad de soutenir le "terrorisme". 
    Fin mars 2015, l'Arabie saoudite prend la tête d'une 
coalition de pays arabes et entame une campagne de frappes 
aériennes au Yémen pour empêcher les rebelles houthis, alliés à 
l'Iran, de prendre le pouvoir. Ryad accuse Téhéran d'utiliser 
des milices pour préparer un coup d'Etat. Téhéran rétorque que 
les frappes de la coalition menée par Ryad visent des civils. 
 
 (Angus McDowall; Danielle Rouquié pour le service français) 
 
Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant