ENCADRE-Irak-Les regrets de l'homme qui avait attaqué la statue de Saddam

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    BAGDAD, 6 juillet (Reuters) - L'Irakien filmé en 2003 en 
train de s'attaquer au marteau à une statue de Saddam Hussein 
lors de la chute de Bagdad aux mains des troupes américaines 
estime aujourd'hui que l'Irak allait mieux à l'époque du 
dictateur et que George W. Bush et Tony Blair devraient être 
traduits en justice pour avoir ruiné ce pays. 
    Kadhim Hassan al Djabouri a fait ces déclarations mercredi 
alors qu'en Grande-Bretagne était publié le rapport de la 
commission présidée par John Chilcot sur la décision du 
Royaume-Uni et de son Premier ministre d'alors d'entrer en 
guerre aux côtés des Américains contre l'Irak en 2003. (voir 
 ) 
    "Je regrette d'avoir donné des coups contre la statue", dit 
Djabouri, chiite qui a perdu plus de dix membres de sa famille 
sous la dictature de Saddam Hussein, lequel appartenait à la 
minorité sunnite. 
    La statue de 12 mètres de haut de Saddam Hussein a été 
abattue par les "marines" américains peu après avoir été 
attaquée à coups de marteau par Djabouri et d'autres Irakiens le 
9 avril 2003. Les images où l'on voit la statue descellée 
basculer puis s'effondrer, diffusées dans le monde entier, ont 
symbolisé la fin d'un quart de siècle d'autoritarisme du Parti 
Baas. 
    "J'aimerais que Saddam revienne. Il avait exécuté un bon 
nombre de membres de ma famille mais malgré cela, il vaut mieux 
que ces politiciens et dignitaires qui ont plongé l'Irak dans 
l'état où il se trouve", a-t-il dit en faisant allusion aux 
partis politiques chiites qui dominent la vie politique du pays 
depuis le renversement de la dictature. 
     
    "ILS ONT ACCULÉ L'IRAK A LA RUINE" 
    Au moment de l'invasion, Djabouri, qui a aujourd'hui 58 ans, 
était propriétaire d'un atelier de réparation de motos dans le 
quartier de Karrada, dans le centre de la capitale. 
    Ce quartier à prédominance chhiite a été samedi soir la 
cible d'un attentat au camion piégé, revendiqué par le groupe 
djihadiste sunnite Etat islamique, qui a fait dans les 250 
morts. C'est le bilan le plus meurtrier enregistré pour un 
attentat à la bombe en plus de douze années de chaos en Irak. 
    Pour Djabouri, Blair et Bush "doivent être traduits devant 
la justice, car avec leurs mensonges, ils ont acculé l'Irak à la 
ruine. Il s'est avéré qu'il n'y avait pas d'armes de destruction 
massive". 
    D'autres Irakiens, qui ont souffert sous Saddam, affichent 
un point de vue différent et disent leur reconnaissance envers 
Washington et Londres d'avoir mis fin à la dictature baassiste.  
    "Renverser le régime de Saddam était un rêve qui s'est 
réalisé grâce aux Etats-Unis et à la Grande-Bretagne, et tous 
ceux qui sont d'un autre avis sont des menteurs", estime un 
ancien prisonnier politique, Faris Mohammed, âgé de 46 ans, qui 
purgeait une peine de réclusion à perpétuité à Bassorah lorsque 
l'invasion a eu lieu. 
    Pour Abou Yasser, sunnite de 67 ans qui travaillait avant de 
prendre sa retraite pour la compagnie Iraqi Airways, le rapport 
Chilcot n'apporte guère de consolations aux Irakiens. 
    "Leur enquête ne changera rien à notre situation, elle ne 
remettra pas sur pied notre Irak et ne ramènera pas tous ceux 
qui ont disparu", déplore-t-il. "La guerre est arrivée, puis 
sont venues les violences interconfessionnelles(...) et ensuite 
Daech", dit-il en utilisant l'acronoyme arabe de l'Etat 
islamique. 
 
 (Saif Hameed et Ahmed Rasheed; Eric Faye pour le service 
français) 
 
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