ENCADRE-France-Le Conseil d'Etat statue vendredi sur un arrêté anti-burkini

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    * Villeneuve-Loubet invoque des risques de troubles 
    * LDH et CCIF dénoncent des mesures liberticides 
 
    PARIS, 25 août (Reuters) - Le Conseil d'Etat se prononcera 
vendredi sur un arrêté interdisant durant l'été l'accès aux 
plages de Villeneuve-Loubet (Alpes-Maritimes) aux baigneurs 
portant des vêtements religieux, sur fond de polémique exacerbée 
autour du burkini.   
    La décision de la plus haute juridiction administrative, 
saisie en urgence par la Ligue des droits de l'homme (LDH) et le 
Collectif contre l'islamophobie en France (CCIF), donnera des 
arguments de poids à l'une des deux parties dans la perspective 
de futurs contentieux devant les tribunaux administratifs. 
    Les associations prévoient en effet de contester tous les 
arrêtés similaires signés dans plusieurs dizaines de villes 
balnéaires, situées principalement dans le sud-est de la France 
et dirigées pour la plupart par des maires de droite.  
    La LDH et le CCIF qualifient de liberticides ces mesures que 
les communes justifient par le souci de maintenir l'ordre public 
dans un contexte toujours sensible, un peu plus d'un mois après 
l'attentat qui a fait 86 morts sur le front de mer de Nice. 
    Les avocats des associations ont tenté de démontrer que 
l'arrêté pris le 5 août à Villeneuve-Loubet portait une atteinte 
grave à une liberté fondamentale, condition sine qua non pour 
obtenir gain de cause lors d'une procédure de référé-liberté. 
    "Quoi qu'on puisse penser de ce signe religieux, il est 
l'expression d'une liberté qui n'est nullement une revendication 
identitaire", a dit l'avocat de la LDH, Patrice Spinosi, selon 
qui la liberté de conscience est en jeu dans ce dossier. 
     
    "UNE RÉGION FORTEMENT ÉPROUVÉE" 
    Il a souligné qu'il n'y avait pas à ses yeux de différence 
entre le voile et le burkini, une tenue de bain recouvrant 
l'essentiel du corps qui est devenue depuis plusieurs semaines 
l'objet d'un vaste débat, jusqu'au sein du gouvernement.  
    Selon lui, les arrêtés pris à Villeneuve-Loubet, Nice ou La 
Ciotat pourraient constituer le préalable à une interdiction 
plus générale du voile, à l'initiative des maires.  
    "Si la justice accepte cela, quelle sera la limite ? Ici la 
mer, demain la plage et après-demain la rue ?" a-t-il dit devant 
les trois juges du Conseil d'Etat. 
    Sefen Guez Guez, avocat du CCIF, a insisté sur le fait que 
l'arrêté de Villeneuve-Loubet était selon lui discriminatoire à 
l'égard des baigneuses de confession musulmanes, visées en 
priorité par la mairie.  
    Les débats ont également porté sur le risque ou non de 
troubles à l'ordre public provoqué par la présence sur les 
plages de femmes vêtues d'un burkini. 
    D'après l'avocat de Villeneuve-Loubet, François Pinatel, les 
burkinis étaient devenus "pléthoriques" avant le 5 août et 
contribuaient à crisper le climat "dans une région fortement 
éprouvée par les attentats". 
    Le maire Les Républicains de la commune, Lionnel Lucas, est 
le deuxième à avoir signé un tel arrêté, après celui de Cannes, 
qui a choisi fin juillet d'interdire les vêtements religieux sur 
ses plages. 
    Depuis, de nombreuses personnalités politiques se sont 
emparées de l'affaire, pour soutenir les maires, comme le 
Premier ministre Manuel Valls et une large partie de la droite, 
ou au contraire déplorer une forme de surenchère.  
 
 (Simon Carraud, édité par Emmanuel Jarry) 
 
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