ENCADRE-France-Dans le triangle du nucléaire du Cotentin

le , mis à jour à 15:33
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* Un département dépendant de la manne du nucléaire * Droite et gauche locales s'accordent à soutenir cette industrie * La situation d'Areva suscite des inquiétudes par Emmanuel Jarry BEAUMONT-HAGUE, Manche, 4 mai (Reuters) - A la pointe de la péninsule normande du Cotentin, le triangle de 20 km de côté formé par l'usine de recyclage de combustible de La Hague, la centrale électrique EDF de Flamanville et l'arsenal de Cherbourg est l'une des zones les plus nucléarisées d'Europe. Quelque 13.000 personnes y travaillent directement ou indirectement pour les principaux acteurs de la filière nucléaire, soit un emploi sur trois dans le Nord-Cotentin, dont 5.000 dans le seul complexe de La Hague. Selon Areva NC, branche d'Areva AREVA.PA héritière de la Compagnie générale des matières atomiques (Cogema), plus de 75% des combustibles nucléaires usés traités dans le monde le sont sur ce site, à la pointe de la péninsule. ID:nL8N0XN0G0 Plus bas, au bord de la Manche, à côté des deux tranches de la centrale de Flamanville, le chantier du premier réacteur EPR français, dont les ouvriers peuplent les camps de caravanes aux alentours, défraye la chronique par ses retards. Les sous-marins nucléaires français sont construits par DCNS à Cherbourg et Digulleville héberge le premier site de stockage de déchets faiblement et moyennement radioactifs de France. Il n'y a guère de famille qui n'ait pas au moins un membre travaillant directement ou indirectement pour l'industrie du nucléaire, objet depuis toujours dans le département d'un quasi-consensus politique transcendant les clivages droite-gauche. Des automobilistes arborent sur leur voiture un autocollant proclamant : "J'aime La Hague". Ici, les anti-nucléaires ne font pas recette. Lors de leurs manifestations, le gros des troupes vient d'ailleurs, concède Yannick Rousselet, responsable de Greenpeace France. Au premier tour des élections départementales, en mars, Europe Ecologie-Les Verts n'a recueilli que 4,9% des suffrages dans la Manche. "Greenpeace à une permanence à Cherbourg depuis 20 ans et jamais nous n'avons pris un pavé dans la vitrine", fait certes valoir Yannick Rousselet. Mais cet ex-salarié de DCNS l'admet : "Qu'on soit ou non d'accord, personne ne peut nier que l'ensemble de l'économie locale repose sur cette industrie." DES COMMUNES SUR-ÉQUIPÉES Selon lui l'argent d'Areva AREVA.PA , EDF EDF.PA et DCNS finance aux deux tiers le budget du conseil départemental. Le seul site de La Hague versera 88 millions d'euros de taxes et impôts en 2015 et prévoit cette année plus de 500 millions d'achats, dont 70% effectués en Basse-Normandie. "Quand on voit tous ces réverbères en zone rurale qui éclairent les lapins, on comprend qu'il y a eu une débauche d'argent", souligne Yannick Rousselet. Au fil des ans, de petites communes se sont dotées de bibliothèques, de piscines, de stades, de la fibre optique, ici d'une maison de retraite, là d'un centre hippique ou d'une piste de kart. "Nous sommes même un peu sur-équipés", admet Michel Laurent, ancien maire divers droite de Beaumont-Hague. Les déboires de l'EPR n'effraient pas les agents immobiliers, qui en sont presque à redouter la fin du chantier et le départ des ingénieurs et techniciens qui y participent. "Tant que le chantier EPR dure on est content", souligne Frédérique Grand-Guillot, responsable d'une des plus anciennes agences de Cherbourg, qui ne croit pas à la fin des beaux jours du nucléaire -- "La Cogema sera toujours là", dit-elle. Les perspectives de restructuration d'Areva ID:nL6N0WZ40H alimentent cependant une sourde inquiétude. "Ça fait longtemps qu'on n'a pas loué quelque chose à un jeune ingénieur d'Areva", constate Jean-Jacques Tifine, un autre agent immobilier. Récemment, une réunion d'information organisée par l'intersyndicale de La Hague a réuni environ 700 personnes à Cherbourg, affluence rare dans cette ville de 37.000 habitants. "La situation d'Areva est une source d'inquiétude pour les gens", souligne l'adjoint au maire Sébastien Fagnen. Les habitants du Cotentin ont été échaudés par l'abandon d'un projet de ligne de transports maritimes rapides entre Cherbourg et les Etats-Unis. D'autres projets, dans les énergies éoliennes et l'hydrolien, tardent à se concrétiser. "Les gens se raccrochent à ce qui est la poule aux oeuf d'or depuis des années. Ils imaginent difficilement de s'en passer et ne voient pas de porte de sortie", souligne Yannick Rousselet. (avec Benoît Tessier, édité par Yves Clarisse)


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