ENCADRE-Fethullah Gülen, l'imam au coeur de la crise turque

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    ISTANBUL, 20 juillet (Reuters) - Après le putsch manqué du 
15 juillet, le pouvoir turc a accusé Fethullah Gülen, 
prédicateur en exil aux Etats-Unis, d'en être responsable et a 
lancé des purges contre ses partisans présumés au sein des 
forces armées, de la police, de l'appareil judiciaire ou du 
système éducatif. 
    Fethullah Gülen, 75 ans, nie toute implication dans le coup 
de force de vendredi, qui a fait au moins 232 morts. Ankara a 
demandé son extradition aux Etats-Unis, où il vit depuis 
plusieurs années, mais Washington a appelé la Turquie à la 
retenue en lui demandant d'apporter les preuves de la 
culpabilité de Gülen. 
    Principales informations sur Fethullah Gülen et son 
mouvement: 
     
    QUI EST FETHULLAH GÜLEN? 
    Né en 1941 à Erzurum, dans l'est de la Turquie, Gülen 
devient prédicateur sunnite et est reconnu pour ses grandes 
qualités oratoires. 
    Son mouvement "Hizmet", qui signifie "service", oeuvre à la 
création de centaine d'écoles et d'entreprises, en Turquie tout 
d'abord puis à l'étranger, particulièrement dans les anciens 
pays soviétiques turcophones d'Asie centrale.  
    Gülen, qui vit aux Etats-Unis, en Pennsylvanie, depuis 1999, 
prône le progrès scientifique, le dialogue avec les pays 
occidentaux et la lutte contre le radicalisme.   
     
    LES ÉCOLES GÜLEN 
    La première "école Gülen" ouvre en 1982. Ces écoles ont 
formé au fil des ans des milliers de diplômés qui occupent 
aujourd'hui des postes haut placés dans l'appareil judiciaire, 
la police, les médias, l'Etat ou dans des entreprises privées.  
    Les partisans de Gülen le nomme "Hocafendi", qui signifie 
professeur respecté. 
     
    LE MOUVEMENT "HIZMET" 
    Les membres du mouvement "Hizmet" donnent une partie de 
leurs revenus aux oeuvres caritatives de Fethullah Gülen. Cette 
source de financement a pu permettre de construire d'autres 
écoles et universités et d'agrandir l'influent réseau Gülen.  
     
    SES RELATIONS AVEC L'AKP 
    Pendant plusieurs années, Fethullah Gülen et son mouvement 
ont entretenu de bonnes relations avec l'AKP, le parti 
islamo-conservareur du président Recep Tayyip Erdogan, au 
pouvoir depuis 2002. 
    Erdogan, musulman pratiquant, a partagé la plupart des 
croyances des gülenistes. Ces derniers l'ont même aidé à asseoir 
son pouvoir, plus particulièrement dans l'armée, par le biais de 
procès collectifs qui ont abouti à l'incarcération de nombreux 
généraux. 
    Mais Erdogan, d'abord Premier ministre en 2003 puis 
président en 2014, a peu à peu pris ombrage de l'influence 
croissante des gülenistes en Turquie, perçus comme un "Etat dans 
l'Etat". 
    La rupture définitive a lieu en 2013 lorsque une opération 
anti-corruption menée par la police a visé l'entourage direct 
d'Erdogan. 
     
    LA RÉPRESSION AVANT LE COUP D'ÉTAT MANQUÉ 
    Erdogan a alors procédé à des purges contre les gülenistes 
dans les institutions publiques. Des milliers de policiers ont 
été révoqués ou assignés à d'autres missions, des officiers de 
haut rang accusés d'espionnage illégal ont été incarcérés.  
    Le président turc a également réformé le système judiciaire, 
en nommant notamment certains de ses partisans au Conseil 
supérieur des juges et procureurs (HSYK), chargé des promotions, 
des mutations et des révocations dans la justice. 
    Certaines écoles privées, sources de financement du 
mouvement de Fethullah Gülen, ont par ailleurs été fermées. 
     
    APRÈS LE PUTSCH 
    Erdogan a étendu ses purges contre les gülenistes après 
l'échec du coup d'Etat lancé dans la nuit du 15 juillet par une 
faction de l'armée. Les autorités ont depuis suspendu ou placé 
en détention provisoire environ 50.000 soldats, policiers, 
juges, fonctionnaires et enseignants.   
    La Turquie a annoncé qu'elle préparait une demande formelle 
d'extradition de Fethullah Gülen aux Etats-Unis, en laissant 
entendre qu'un manque de coopération de la part de Washington 
pourrait nuire aux relations bilatérales. Mais la procédure 
pourrait prendre des années selon des juristes. 
 
 (Gareth Jones, Laura Martin pour le service français) 
 
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