ENCADRE-Des électeurs birmans partagés entre enthousiasme et inquiétude

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par Andrew R.C. Marshall RANGOUN, 8 novembre (Reuters) - Shein Win, gérant d'usine en Birmanie, et son épouse Khin Myat Maw sont arrivés au bureau de vote en se tenant la main pour les premières élections officiellement libres dans le pays depuis vingt-cinq ans. Tous deux âgés de 46 ans, ils ont pris part au vaste mouvement en faveur de la démocratie qui a ébranlé la junte militaire au pouvoir en 1988 et élevé Aung San Suu Kyi au rang d'icône de l'opposition. "Nous attendions ce jour depuis si longtemps", confie Khin Myat Maw dans la file d'attente. A Rangoun, poumon économique du pays, l'excitation est palpable à l'occasion de ces élections législatives et régionales, les premières depuis qu'un gouvernement "quasi civil" a succédé aux militaires en 2011. Beaucoup de Birmans ont le sentiment de participer à un moment historique et le font avec enthousiasme. Lors d'une tournée effectuée dans plusieurs bureaux de vote de Rangoun, Aung San Suu Kyi a été accueillie par des foules d'électeurs brandissant leur pouce maculé d'encre noire, signifiant qu'ils ont accompli leur devoir électoral. Un homme travaillant comme comptable à Singapour a fait l'aller-retour pour déposer son bulletin dans l'urne. Dans un faubourg de Mandalay, c'est une vieille dame de 95 ans, Myint Myint, qui s'est rendue au bureau de vote sur une chaise en plastique portée par trois hommes. "Un vote est un vote", a expliqué sa petite-fille, Phyo Kyaw. "C'est notre responsabilité de voter." Mais les doutes et l'inquiétude taraudent aussi une partie de l'électorat, qui se souvient des élections législatives de 1990, nettement remportées par la Ligue nationale pour la démocratie (LND) d'Aung San Suu Kyi, et pourtant ignorées par l'armée. "UN GRAND JOUR POUR LE PAYS" Khin May Oo, un médecin de 73 ans habitant Rangoun, n'est pas certain que là encore, les généraux accepteront les résultats de l'élection. Le commandant en chef de l'armée, Min Aung Hlaing, a assuré dimanche devant la presse que l'issue du scrutin, pour lequel la LND est largement favorite, serait respectée. Dans une base militaire de la capitale-forteresse Naypyitaw, le capitaine Wai Yan Aung déclare qu'il s'habillera en civil à la fin de son service pour aller voter. "C'est un grand jour pour notre pays", dit-il. D'importantes failles dans l'organisation du vote ont été néanmoins dénoncées par les militants pro-démocratie. Ainsi, quelque 4 millions de personnes seraient exclues du processus électoral, dont un million de musulmans Rohingya. Les listes sont en outre truffées d'erreurs. Linn Htet Aung, 25 ans, qui travaille pour une ONG spécialisée dans l'environnement à Rangoun, regrette que son nom ait été oublié sur la liste électorale de son quartier pauvre à la périphérie de la ville. Aung Than Htun, un responsable de la LND qui supervise le scrutin dans le même quartier, dit avoir découvert des noms de personnes décédées sur les listes. Mais hormis cela, dit-il, le vote semble bien se dérouler". (avec Aung Hla Tun, Hnin Yadana Zaw et Simon Webb à Rangoun, Aubrey Belford à Mandalay; Jean-Stéphane Brosse pour le service français)

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