ENCADRE-Derrière Blatter, l'ombre du comité exécutif de la Fifa

le , mis à jour à 09:02
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par Brian Homewood ZURICH, 3 juin (Reuters) - C'est dans les profondeurs du quartier général zurichois de la Fifa, dans une salle aux murs en granit noir où les téléphones portables ne passent pas, à trois étages sous terre, que bat le coeur du football mondial. C'est là, à l'abri des regards et des oreilles indiscrètes, que les 24 membres du tout-puissant autant qu'occulte comité exécutif de la Fédération internationale de football prennent les décisions les plus importantes pour ce sport, à commencer par l'attribution de l'organisation de la Coupe du monde. Si Sepp Blatter, qui a annoncé mardi son départ, quatre jours après sa réélection en plein scandale de corruption est depuis 17 ans le visage de la Fifa, il n'a lui-même qu'une autorité relative sur cette instance, dont il ne choisit pas les membres. ID:nL5N0YP034 et ID:nL5N0YP08W Et tous les observateurs avertis soulignent qu'au-delà du choix de son succeseur, la restauration de la crédibilité de la Fifa passe par une réforme de son plus important organe décisionnaire. Le comité exécutif est constitué directement par les six confédérations continentales qui, à l'image de l'UEFA pour l'Europe ou de la CAF pour l'Afrique, ne font pourtant techniquement pas partie de la Fédération internationale, même s'ils pèsent ainsi sur chacune de ses décisions. Mardi, Sepp Blatter a directement imputé la responsabilité des récents déboires judiciaires de son organisation au fonctionnement occulte de cette instance. "Le comité exécutif est composé de représentants des confédérations sur lesquels nous n'avons aucun contrôle mais dont la Fifa doit répondre des actions", a-t-il déploré. LA CONTROVERSE DES MONDIAUX 2018-2022 Sepp Blatter lui-même siège au comité exécutif, mais avec une seule voix, il n'a malgré son influence considérable aucun contrôle direct sur ses décisions. Personne ne sait combien sont payés les membres du comité. Certains sont en poste depuis 25 ans et d'autres mettent un point d'honneur à ne jamais parler à la presse. C'est pourtant cette instance qui a pris la décision très controversée de confier l'organisation de la Coupe du monde 2018 à la Russie et celle de 2022 au Qatar, au coeur des soupçons de corruption qui secouent la Fifa depuis quatre ans. Michel Platini, patron de l'UEFA et successeur possible de Sepp Blatter, a reconnu avoir été l'un de ceux qui ont voté en faveur du Qatar. ID:nL5N0YP05R Si l'intégrité du Français n'est pas mise en cause, il n'en va pas de même de celle de neuf autres membres du comité exécutif, qui ont été soit exclus pour corruption, soit contraints à la démission après avoir été visés par des enquêtes judiciaires. Parmi eux figure Jeffrey Webb, le président de la Concacaf (Amérique du Nord et centrale), l'un des sept responsables du football mondial arrêtés la semaine dernière à Zurich à la demande de la justice américaine. Avec 209 fédérations affiliées, la Fifa se targue d'avoir davantage de membres que l'Onu. Pourtant, aucune d'elles n'a le pouvoir de désigner les membres du comité exécutif. Après la controverse suscitée par l'attribution des Mondiaux 2018 et 2022, la procédure a été modifiée pour celle de la Coupe du monde 2026, qui reviendra au congrès général de la Fifa. "CETTE FOIS, JE VAIS RÉUSSIR" Mais le comité exécutif n'a pas perdu toute influence, puisque c'est lui qui fera la présélection des candidats. Il conserve aussi le pouvoir d'attribuer les autres compétitions organisées par la Fifa, ainsi que celui de suspendre les fédérations nationales. Domenico Scala, qui préside la commission d'audit et de conformité de la Fifa, a prévenu mardi qu'une réforme du comité exécutif serait l'un des axes prioritaires des changements promis par Sepp Blatter. Cela commencera par une limitation du nombre de mandats de ses membres et la publication de leurs salaires. "Il n'y aura aucun tabou, ni la structure et la composition du comité exécutif, ni la façon dont ses membres (...) sont élus", a assuré Domenico Scala. Il a rappelé que ce sont les confédérations continentales qui ont bloqué l'une des réformes souhaitées par Sepp Blatter après sa réélection en 2011, celle qui aurait consisté à imposer aux candidats au comité exécutif de se soumettre à un contrôle indépendant de leur intégrité. "Les confédérations doivent mettre leurs actes en conformité avec leurs paroles", a commenté Domenico Scala, une pique sans doute adressée à l'UEFA, particulièrement sévère à l'encontre de Sepp Blatter. Le président de la Fifa, qui restera en poste jusqu'à la désignation de son successeur lors d'un congrès extraordinaire dont la date reste à fixer mais qui pourrait ne pas intervenir avant mars prochain, s'est engagé à mener des réformes de fond d'ici à son départ. "Je me suis déjà battu pour que ces changements aient lieu et comme chacun le sait, mes tentatives ont échoué. Cette fois, je vais réussir", a-t-il insisté. (Tangi Salaün pour le service français, édité par Marc Angrand)

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