ENCADRE-Comment la Grèce peut espérer renégocier sa dette

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(Répétition technique) PARIS, 26 janvier (Reuters) - Alexis Tsipras, le dirigeant du parti de gauche Syriza appelé à prendre la tête du nouveau gouvernement grec, a promis de mettre fin à l'austérité imposée par les créanciers internationaux de la Grèce en renégociant les conditions des plans d'aide de 240 milliards d'euros dont bénéficie son pays. ID:nL6N0V514X Ces discussions devraient porter principalement sur les conditions du remboursement de la dette publique, qui dépasse 320 milliards d'euros. ID:nL6N0V51CJ Vous trouverez ci-dessous un point sur les marges de manoeuvre dont dispose Athènes, sur l'aide que pourrait lui apporter la Banque centrale européenne (BCE) et sur risques de contagion au reste de la zone euro: UN DÉBUT D'AMÉLIORATION La baisse des taux d'intérêt de la dette ces dernières années (voir ID:nL6N0V51CJ ) et le retour à la croissance de l'économie grecque l'an dernier ont permis à la Grèce de renouer avec un excédent primaire (le solde budgétaire hors charge de la dette) et un "écart critique" (écart entre le taux de croissance de l'économie et taux d'intérêt de la dette) positif. Pour 2015, la Commission européenne prévoit un taux de croissance nominale de 3,3% et un taux d'intérêt sur la dette de 2,4%. L'excédent primaire est attendu à 4,1% du PIB. Au final, le ratio d'endettement grec devrait baisser d'au moins six points cette année. Et la Commission s'attend à le voir ramené à 157,8% du PIB fin 2016. Au vu de ces éléments, la dette publique grecque peut sembler soutenable, ce qui peut pousser les créanciers à se montrer réticents à de nouvelles concessions et à exiger le remboursement. Mais, cela peut aussi conduire les autorités grecques à se montrer d'autant plus intransigeantes qu'un excédent primaire ne les contraint pas à se tourner vers des sources de financement externes. Toutefois, les projections de la Commission européenne pourraient s'avérer optimistes au regard des pressions déflationnistes en vigueur au sein de la zone euro, et en particulier en Grèce. UN HANDICAP POUR LES BANQUES ET L'ÉCONOMIE GRECQUES Le secteur bancaire grec demeure fragile. Les dépôts, stabilisés fin novembre 2014, ont de nouveau diminué ces dernières semaines avec les craintes provoquées par l'incertitude politique, conduisant la BCE à approuver la fourniture de liquidités d'urgence ("emergency liquidity assistance", ELA) aux banques grecques via la banque centrale du pays. Surtout, le poids de l'endettement constitue un handicap très lourd pour l'économie. Même après les mesures d'allègement de la dette concédées depuis 2012, la charge d'intérêt représente toujours 4% du PIB et environ 9% des recettes de l'Etat, absorbant toutes ses marges de manoeuvre et sa capacité à faire face à un choc inattendu. En novembre 2012, les chefs d'Etat et de gouvernement de la zone euro s'étaient engagés à prendre de nouvelles mesures pour réduire le poids de la dette grecque afin de ramener le ratio d'endettement en-dessous de 110% à l'horizon 2022, au travers de nouveaux aménagements, à l'exclusion de tout effacement de dettes. Les négociations, qui devaient commencer à l'été 2014, ont été ajournées du fait de l'évolution de la situation politique grecque. LES RENDEZ-VOUS DES PROCHAINS MOIS La BCE doit se prononcer le 4 février sur le prolongement de la ligne de fourniture de liquidité d'urgence aux banques alors que la chaîne de télévision grecque Channel 4 a chiffré à 10 milliards d'euros les retraits de dépôts intervenus la semaine dernière, ce qui en porterait le montant à plus de 20 milliards depuis décembre. Un conseil européen est prévu le 12 février, quatre jours avant une réunion de l'Eurogroupe qui devrait statuer sur une nouvelle extension de programme d'aide à Athènes, déjà prolongé de deux mois, donc jusqu'à la fin février. LA GRÈCE ET LE QE DE LA BCE La BCE a clairement indiqué lors de l'annonce de son plan d'assouplissement quantitatif jeudi dernier que les emprunts d'Etat grecs seraient éligibles à des achats dans le cadre de son programme d'assouplissement quantitatif (QE), sous réserve qu'Athènes demeure sous programme d'aide. Un éventuel soutien de la BCE n'est toutefois pas envisageable avant au moins six mois et il sera plus contraint que pour n'importe quel autre pays car le BCE n'entend pas détenir plus de 33% de la dette négociable d'un pays, relèvent les économistes de Barclays. Or la BCE détient déjà 27 milliards d'euros de titres de dette publique grecque dans le cadre du programme SMP, soit 34% de l'encours total de dette publique négociable du pays d'environ 80 milliards d'euros (en incluant les bons du Trésor et les obligations non apportées à l'échange lors du PSI), selon eux. La dette grecque ne peut donc pas faire l'objet d'achat par la BCE dans l'immédiat. Les prochaines échéances, sous réserve qu'aucune émission d'envergure n'intervienne d'ici là, ramèneront la détention de titres de la dette publique par la BCE à 31% en juillet, puis à 28% en août. Cela ne permettrait toutefois que des achats de 1,6 milliard d'euros en juillet et 2,1 milliards supplémentaires en août. LE RISQUE DE CONTAGION Le risque de contagion lié à une restructuration unilatérale, voire un défaut sur la dette grecque, a diminué depuis quatre ans grâce à la création des mécanismes européens de stabilisation financière (FESF et MES), du programme OMT introduit par la BCE en septembre 2012 et du QE annoncé la semaine dernière. Dans la perspective des négociations avec Athènes, l'Allemagne, totalement opposée à un éventuel effacement de la dette grecque, a d'ailleurs souligné que le risque grec pourrait être isolé. Dans l'hypothèse d'une décote imposée par Athènes à ses bailleurs de fonds officiels, les risques de contagion pourraient toutefois se matérialiser de plusieurs manières. En créant un précédent, une telle issue pourrait conduire les partis d'opposition ou les formations au pouvoir dans d'autres pays encore lourdement endettés à demander eux aussi un allègement de dette, y compris de la part des créanciers privés. Surtout, un effacement même partiel de la dette grecque pèserait sur la capacité de prise de risque de la BCE dans le cadre de ses programmes d'achats d'actifs et donnerait du grain à moindre à leurs détracteurs. Sources : * La dette grecque est-elle insoutenable ? Flash Recherche. BNP Paribas. 23 janvier 2015. * Greece. Geering up to the general election. Instant Insight. Barclays. 23 janvier 2015 * Greece. Bailout renegociation likely, OSI later but no Grexit. The Revolver. Macro Credit Research. RBS. 23 janvier. Cette note est en partie reprise dans la partie sur les risques de contagion. * Seven questions on Greece. Global Economics. Exane BNP Paribas. 14 janvier 2015 Voir aussi : Greek choices after the election. Par Zsolt Darvas. Bruegel. 23 janvier 2015. http://bit.ly/1yHuHfC (Marc Joanny, édité par Marc Angrand)

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