ENCADRE-Brexit-Le calendrier d'un "saut dans l'inconnu"

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    par Alastair Macdonald 
    BRUXELLES, 20 juin (Reuters) - Les réunions secrètes à 
Bruxelles et dans toute l'Europe trahissent la profonde 
inquiétude que suscite la perspective d'un Brexit, une sortie de 
la Grande-Bretagne de l'Union européenne, à l'issue du 
référendum de jeudi. 
    Le Premier ministre David Cameron, qui est à l'initiative de 
cette consultation référendaire, admet qu'il s'agirait d'"un 
saut dans l'inconnu". Mais la perspective d'un "Bremain" 
(maintien) apporte aussi son lot d'incertitudes.  
    Des entretiens avec de nombreux diplomates et responsables 
européens permettent d'y voir un tout petit peu plus clair et 
d'esquisser un calendrier des principales échéances à attendre 
après le vote, qu'il soit favorable au "In" ou au "Out". 
     
    VENDREDI 24 JUIN. Les bureaux de vote ferment à 22h00 (21h00 
GMT). Aucun sondage de sortie des urnes n'est prévu mais le 
décompte des bulletins au cours d'une nuit qui s'annonce très 
longue devrait permettre de connaître le résultat du référendum 
vendredi à l'aube. 
    David Cameron a promis d'informer les autorités 
communautaires "immédiatement" en cas de Brexit. Mais cette 
démarche pourrait exiger plusieurs jours. Ayant fait campagne 
pour le "Remain" (le maintien), le chef du gouvernement 
britannique sera soumis à une pression intense en cas de 
victoire du "Out" (sortie). 
    Les choses devraient être à peine plus simples au sein du 
Parti conservateur, dont nombre de membres soutiennent la 
sortie, en cas de victoire du "In". 
    Les marchés financiers risquent de se montrer volatils même 
si la Banque d'Angleterre et la Banque centrale européenne ont 
des plans d'urgence pour soutenir la livre sterling et l'euro 
pour faire face à un "choc Brexit". 
    Une réunion de routine des ministres des Affaires 
européennes et des ambassadeurs est prévue à Luxembourg à 10h30 
(08h30 GMT), l'occasion d'enregistrer les premières réactions. 
Le Premier ministre néerlandais Mark Rutte, dont le pays assure 
la présidence tournante, devrait s'exprimer à cette occasion. 
     
    SAMEDI 25 JUIN. Les ministres des Affaires étrangères des 
six pays fondateurs du bloc communautaire (Allemagne, France, 
Italie, Belgique, Pays-Bas et Luxembourg) pourraient se réunir à 
Berlin. 
    Plusieurs ministres des Finances de la zone euro ont 
préconisé une réunion d'urgence de l'Eurogroupe mais celle-ci 
est peu probable. La gestion des turbulences sur les marchés 
bancaires incombera à la BCE et aux autres instances de 
régulation. 
     
    DIMANCHE 26 JUIN. Le président de la Commission européenne 
Jean-Claude Juncker présidera une réunion d'urgence des 28 
commissaires européens, dont le Britannique Jonathan Hill. La 
Commission aura la charge de gérer le divorce entre Londres et 
Bruxelles dont la procédure ne peut excéder deux ans. 
    Les dirigeants européens répètent qu'il n'y a pas de "plan 
B" en cas de Brexit. Mais l'expérience montre, notamment la 
gestion de la crise de la dette souveraine de la Grèce, qu'une 
"pièce B" est aménageable. C'est dans cet espace que se 
tiendraient les experts juridiques et les responsables chargés 
de contenir l'incendie. "L'idée est que tout soit prêt pour 
lundi", explique un dirigeant européen. 
     
    MARDI 28 JUIN/MERCREDI 29 JUIN. 
    Un Conseil européen de 24 heures est prévu. Au centre de 
cette réunion, l'attitude de David Cameron en cas de Brexit. Le 
Premier ministre informera-t-il à ce moment-là Donald Tusk, 
président du Conseil européen, qu'il invoque l'article 50 du 
traité européen, base juridique d'un retrait de son pays ?  
    Responsables et diplomates européens affirment vouloir que 
la procédure de sortie s'engage sans attendre et excluent toute 
nouvelle négociation. Toutefois, il n'existe pas de procédure 
permettant de contraindre Londres à suivre ce calendrier 
resserré, de même le traité européen ne permet pas l'expulsion 
d'un Etat membre. 
    La situation sera particulièrement inconfortable car les 
électeurs demanderont que soit respecté leur choix tandis que 
les 27 Etats membres souhaiteront entamer de nouvelles 
discussions sans la Grande-Bretagne. 
    Au deuxième jour du sommet, les dirigeants européens se 
réuniront alors à 27, sans Cameron. L'enjeu sera de pallier 
l'absence de la contribution britannique au budget communautaire 
et de rassurer les populations des autres pays membres. 
    Une démonstration d'unité en faveur de plus d'intégration 
sera certainement de mise même si les divergences entre 
l'Allemagne et la France sur la gestion de la zone euro 
devraient empêcher des avancées significatives à un an 
d'élections cruciales dans les deux pays. 
    D'autres initiatives, visant à couper l'herbe sous le pied 
des eurosceptiques et des partis d'extrême-droite, pourraient 
être prises notamment dans le soutien à la création d'emplois 
pour les jeunes. 
    Enfin, les dirigeants européens devront donner mandat à la 
Commission de gérer la séparation sur une période de 24 mois qui 
devra notamment régler les conditions des relations commerciales 
entre la Grande-Bretagne et l'espace communautaire. 
     
    A PARTIR DU 30 JUIN. La grande inconnue concerne la forme 
que prendra la relation entre la Grande-Bretagne et l'Europe, 
toujours en cas de Brexit.  
    De nombreux dirigeants européens affirment que Londres ne 
pourra pas avoir accès aux marchés commerciaux et financiers 
communs si la Grande-Bretagne refuse l'entrée des ressortissants 
européens sur son marché du travail et si elle refuse de 
contribuer au budget collectif.  
    "Dehors, c'est dehors" (Out is out), expliquent-ils. 
    De nouvelles barrières commerciales seraient préjudiciables 
aux deux économies avec le risque d'un "effet domino". 
     
    A PARTIR DE LA ? 
    Il existe à Bruxelles un consensus selon lequel la 
Grande-Bretagne serait la première pénalisée par sa décision. Un 
scénario envisagé est qu'à terme, elle pourrait revenir frapper 
à la porte communautaire en échange de concessions comme la 
circulation des ressortissants européens et la contribution au 
budget. Mais, avec prudence, les diplomates font valoir que bien 
des rebondissements sont possibles. 
    Plusieurs dirigeants européens, à commencer par la 
chancelière allemande Angela Merkel, ne souhaitent pas cette 
sortie britannique et pourraient être prêts à trouver un 
arrangement quelle que soit l'issue du référendum.  
    Les règlements européens sont clairs mais "en politique, il 
ne faut jamais dire jamais", rappelle un diplomate. 
 
 (Pierre Sérisier pour le service français, édité par 
Jean-Stéphane Brosse) 
 
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  • M7097610 il y a 6 mois

    si l'inconnu ressemble à la suisse, je signe où ???