ENCADRE-Au Yémen, l'ancien président Saleh continue d'agir en coulisses

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par Angus McDowall RYAD, 26 mars (Reuters) - Les avions saoudiens qui ont frappé jeudi les positions des milices chiites houthies au Yémen ont également pris pour cible les forces restées fidèles à un personnage clé, que beaucoup de Yéménites soupçonnent d'orchestrer en coulisses la crise actuelle: l'ex-président Ali Abdallah Saleh. Des unités de l'armée obéissant toujours à l'ancien chef de l'Etat, écarté du pouvoir en 2012 en vertu d'un plan de transition négocié par les pays du Golfe, combattent aux côtés des miliciens houthis dans leur offensive vers le port d'Aden, où s'est réfugié le président Abd-Rabbou Mansour Hadi. L'accord de 2012, qui a porté au pouvoir Mansour Hadi alors vice-président, a garanti l'immunité à Ali Abdallah Saleh, ce qui lui a permis de continuer de peser d'un poids important sur la scène politique et apparaît aujourd'hui comme une grosse erreur de calcul de la part des pétromonarchies. Les spécialistes du Yémen racontent que Saleh, qui a mené six guerres contre la rébellion houthie entre 2002 et 2009, et qui fut longtemps un allié de circonstance pour l'Arabie saoudite, soutient la milice chiite depuis des mois, qu'il l'a aidée à lever tous les obstacles à sa progression lorsqu'elle s'est emparée de Sanaa, la capitale, en septembre dernier. Selon ces analystes, Saleh aurait pour premier objectif d'aider les Houthis à battre Mansour Hadi, leur ennemi commun, puis de devenir un interlocuteur obligé grâce à ses nombreux soutiens politiques, de se retourner contre les miliciens houthis et d'imposer son fils Ahmed Ali Saleh comme président. ALLIANCES Président du Yémen du Nord en 1978, puis du Yémen réunifié en 1990, Ali Abdallah Saleh, 73 ans, a vu se désintégrer lors des "printemps arabes" de 2011 la coalition de tribus du Nord sur laquelle reposait son pouvoir, d'où son alliance avec ses vieux ennemis houthis. Un an après la démission de Saleh en 2012, Abd-Rabbou Mansour Hadi a réorganisé l'armée pour tenter de reprendre la main sur les principales unités, y compris la Garde républicaine, mais l'ancien président conserverait le soutien d'un tiers des forces armées. Ces unités, qui ont appuyé les milices chiites dans les récents combats autour de Taëz et Marib, sont en général mieux équipées que celles ayant prêté allégeance à Hadi. Mais contrairement au passé, qui a vu Saleh réussir plusieurs fois d'improbables retours sur le devant de la scène, l'ancien chef de l'Etat semble avoir brûlé trop de cartouches et perdu trop d'alliés, Ryad et Washington notamment, pour pouvoir espérer décrocher à nouveau la présidence. Toute l'attention se tourne désormais vers son fils Ahmed Ali, l'ancien chef de la Garde républicaine, aujourd'hui ambassadeur du Yémen aux Emirats arabes unis, qu'il cherche à placer comme successeur. Pour cela, l'ancien président, qui a dit un jour que "gouverner le Yémen, c'est comme danser sur des têtes de serpents", espère être le seul capable de rassembler les multiples groupes politiques, régionaux et religieux du pays. Il rêve de redevenir indispensable aux yeux des puissances étrangères qui s'inquiètent de la présence dans le pays d'Al Qaïda dans la péninsule arabique. En attendant, les partisans de Saleh dénoncent les frappes aériennes saoudiennes pour rassembler derrière eux les Yéménites. "Les héros des forces armées, avec tout le peuple yéménite, résisteront à cette agression", pouvait-on lire jeudi sur le site du ministère de la Défense, tenu par les pro-Saleh. (Jean-Stéphane Brosse pour le service français)

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