ENCADRE-A Magdebourg, l'AfD célèbre sa percée "extraordinaire"

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    par Joseph Nasr 
    MAGDEBOURG, Allemagne, 13 mars (Reuters) - A Magdebourg, 
dans l'est de l'Allemagne, les partisans du parti 
anti-immigration AfD (Alternative pour l'Allemagne) ont célébré 
à grand bruit dimanche leur percée à l'occasion des élections 
régionales, avec un score encore impensable il y a un an.  
    "Quelle soirée extraordinaire, quel résultat brillant !", a 
martelé Andre Poggenburg, le chef de l'AfD pour le Land de 
Saxe-Anhalt, dont Magdebourg est la capitale.  
    Dans un discours enflammé, il s'est réjoui des plus de 24% 
des voix obtenus par son parti, qui arrive pour la première fois 
de sa courte histoire en deuxième position dans un scrutin 
régional. 
    "Nous avons combattu comme des lions pour notre terre", a 
ajouté l'orateur en qualifiant Angela Merkel de "pire chancelier 
de l'histoire allemande".  
    Formé il y a trois ans pour s'opposer aux plans de sauvetage 
de l'euro, l'AfD s'est métamorphosé au cours de l'année écoulée 
en parti hostile aux immigrés après s'être débarrassé de son 
fondateur Bernd Lucke.  
    Sa nouvelle patronne, la chimiste Frauke Petry, prononce des 
discours incendiaires contre Angela Merkel et a créé un tollé en 
réclamant que la police puisse avoir le droit, en dernier 
recours, d'ouvrir le feu sur les migrants à la frontière.  
    Outre le résultat en Saxe-Anhalt, l'AfD a remporté 15% des 
voix dans le prospère Bade-Wurtemberg, et plus de 12% en 
Rhénanie-Palatinat.  
    Les sondages de sortie des urnes montrent que la formation 
d'extrême droite a attiré les suffrages des électeurs qui 
n'avaient jamais voté précédemment mais aussi des milliers 
d'électeurs traditionnels de l'Union chrétienne-démocrate (CDU) 
d'Angela Merkel, en particulier dans le Bade-Wurtemberg.  
     
    "NOUS VOULONS DES ÉTRANGERS QUI S'INTÈGRENT" 
    Alors que les partis populistes et hostiles à l'immigration 
prospèrent depuis des années dans les autres pays européens, 
l'Allemagne restait une exception, en raison notamment de son 
opposition aux idéologies d'extrême droite liée au passé nazi du 
pays. Mais la crise migratoire a bouleversé la donne. 
    Aux dernières élections législatives fédérales, en 2013, 
l'AfD n'était pas parvenue à franchir le seuil des 5% des voix 
requis pour entrer au Bundestag, il est désormais présent dans 
la moitié des seize parlements régionaux du pays.  
    Venu de Hambourg avec d'autres membres de l'AfD, Gerlach 
Holm, 67 ans, juge que Frauke Petry est allée trop loin dans ses 
propos mais, dit-il, "nous ne sommes pas contre les étrangers".  
    "Nous avons besoin des étrangers car nous avons de faibles 
taux de natalité et nous sommes de plus en plus vieux. Mais nous 
voulons des étrangers qui s'intègrent", ajoute-il.  
    Alors qu'aucun parti allemand n'envisage de gouverner en 
coalition avec l'AfD, Thorsten, un commercial âgé de 48 ans, dit 
qu'"il n'a pas voté pour l'AfD parce qu'il s'attend à ce qu'il 
gouverne", mais qu'il "a voté pour l'AfD pour protester contre 
la politique du gouvernement fédéral".  
    Il préfère taire son nom de famille, de peur de se faire 
licencier par son employeur.  
    "Je n'ai jamais demandé à Mme Merkel d'ouvrir les frontières 
allemandes à tout le monde", ajoute-t-il. "C'est bien de laisser 
les gens fuir des conflits, mais pas tout le monde." 
    Nico Braun, un homme de 41 ans, se réjouit beaucoup moins de 
cette soirée électorale. En entrant dans un bar situé de l'autre 
côté de la rue, il lance au propriétaire turc: "Est-ce que l'AfD 
est partie ou bien il faut que je dise Heil Hitler?"     
 
 (Jean-Stéphane Brosse pour le service français) 
 
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