En Turquie, Erdogan va recevoir une délégation de manifestants

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par Nick Tattersall et Jonathon Burch

ISTANBUL/ ANKARA (Reuters) - Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan va recevoir dans la soirée des représentants du mouvement Solidarité Taksim, qui milite contre le projet de réaménagement de la place Taksim et du parc Gezi, dans le centre d'Istanbul, a-t-on appris jeudi.

Quelques heures plus tôt, le chef du gouvernement avait lancé un "dernier avertissement" aux occupants du parc, sommés de quitter les lieux.

"Notre patience touche à sa fin. Je lance cet avertissement pour la dernière fois. Je dis aux mères et aux pères: 's'il vous plaît, prenez vos enfants en main et faites-les sortir", a-t-il déclaré lors d'une réunion de sa formation, le Parti de la Justice et du Développement (AKP).

"Nous ne pouvons plus attendre parce que le parc Gezi n'appartient pas aux forces qui l'occupent mais au peuple (...)", a-t-il poursuivi.

A l'origine, les manifestants souhaitaient que le parc, principal espace vert du centre ville, reste en l'état. A la suite de la brutale intervention de la police, il y a deux semaines, le mouvement s'est mué en vague de contestation sans précédent contre le premier ministre islamo-conservateur et l'AKP.

Recep Tayyip Erdogan a déjà reçu des adversaires du projet de réaménagement, mais refusait jusqu'ici toute discussion avec Solidarité Taksim.

"A l'invitation du Premier ministre, des membres de Solidarité Taksim vont discuter avec lui de notre position selon laquelle le parc Gezi doit rester un parc", a annoncé à Reuters le directeur de l'ordre des architectes Eyup Muhcu.

La réunion, à laquelle doivent également assister plusieurs artistes devait avoir lieu à 23h00 (20h00 GMT) à Ankara, selon la presse.

Des centaines de manifestants se sont de nouveau réunis jeudi matin sur la place Taksim, défiant les précédentes injonctions du Premier ministre.

La Maison blanche a invité dans la soirée les autorités turques à respecter la liberté d'expression comme le droit de manifester et a estimé qu'aucun individu ne devait être sanctionné pour les avoir exercés lors des rassemblements antigouvernementaux.

"La Turquie est un ami et un allié proche des Etats-Unis et nous attendons des autorités turques qu'elles respectent ces libertés fondamentales", a déclaré Jay Carney, porte-parole de Barack Obama, s'adressant à la presse.

Le vice-président du Parti de la Justice et du Développement (AKP au pouvoir) avait lui aussi demander dès mercredi soir aux contestataires de quitter le parc.

"UN GROUPE DE PILLARDS"

Dans son intervention, Huseyin Celik a toutefois proposé aussi l'organisation d'un référendum sur le projet de développement immobilier qui a mis le feu aux poudres, sans préciser qui serait appelé ainsi à se prononcer par vote.

Star, un quotidien favorable au gouvernement, titre jeudi à la une que "la solution, c'est un référendum", tandis que Cumhuriyet, journal de gauche, très critique vis-à-vis du gouvernement islamo-conservateur, dénonce un "piège".

Pour Inan Demir, économiste en chef pour Finansbank, la proposition de référendum fait figure "de volte-face importante de la part du Premier ministre qui, au début des manifestations, affirmait que le projet immobilier serait de toute façon mené à bien et qu'il ne demanderait pas leur avis à 'un groupe de pillards'".

Mercredi soir et dans la nuit, plutôt calme, la situation contrastait fortement avec celle de la veille lorsque les forces de l'ordre étaient intervenues et avaient détruit les barricades de fortune érigées par les manifestants et rouvert la place pour la première fois depuis le début de la contestation.

"Le gouvernement ne peut pas accepter que ces manifestations se poursuivent indéfiniment", a commenté Huseyin Celik, qui s'exprimait mercredi soir à Ankara après une rencontre entre Erdogan et des représentants des opposants au projet d'aménagement urbain.

"Ceux qui ont de mauvaises intentions ou ceux qui cherchent à provoquer et qui restent dans le parc devront faire face à la police", a-t-il prévenu.

Selon un bilan fourni par les autorités sanitaires turques, les troubles, qui ont éclaté après la violente intervention policière du 31 mai dernier contre les occupants du parc Gezi, ont fait trois morts, dont un policier, et environ 5.000 blessés.

"Il est indispensable que Gezi demeure un parc, que la violence s'arrête et que les responsables soient l'objet d'enquêtes", estime Ipek Akpinar, un architecte appartenant à la délégation qui a rencontré le Premier ministre.

Pour Recep Tayyip Erdogan, ces troubles sont le fait de puissances étrangères, de médias internationaux et de spéculateurs qui cherchent à affaiblir l'économie turque.

Pierre Sérisier, Julien Dury et Danielle Rouquié pour le service français, édité par Henri-Pierre André

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