En Thaïlande, première réunion autour de l'armée infructueuse

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PREMIÈRE RÉUNION AUTOUR DE L'ARMÉE EN THAÏLANDE INFRUCTUEUSE
PREMIÈRE RÉUNION AUTOUR DE L'ARMÉE EN THAÏLANDE INFRUCTUEUSE

par Panarat Thepgumpanat et Amy Sawitta Lefevre

BANGKOK (Reuters) - La réunion organisée mercredi par le chef d'état-major de l'armée thaïlandaise, le général Prayuth Chan-ocha, au lendemain de l'instauration de la loi martiale n'a pas permis de résoudre la crise politique dans le pays, a déclaré un des participants.

Une nouvelle réunion est prévue jeudi.

"Quand il a été demandé à chaque camp s'il pouvait mettre un terme à ses manifestations, il n'y a eu aucun engagement de part et d'autre", a dit Thida Thawornseth, l'un des chefs de file des "chemises rouges" pro-gouvernement. "Il n'y a eu aucune conclusion claire."

L'armée a imposé mardi la loi martiale dans l'ensemble de la Thaïlande après six mois de troubles politiques, marqués par des manifestations de l'opposition et la démission de la Première ministre, Yingluck Shinawatra, à la suite d'une décision en sa défaveur de la Cour suprême.

La hiérarchie militaire affirme que son intervention dans le jeu politique n'est pas un coup d'Etat mais c'est bien le général Prayuth Chan-ocha qui fixe le calendrier des événements et assume désormais un rôle central dans la crise.

Tous les acteurs de celle-ci ont été réunis mercredi dans un club de l'armée pour évoquer une réforme du code électoral, réclamée par les opposants au gouvernement, ainsi que la fin des manifestations qui ont perturbé l'économie du pays et fait fuir les touristes.

Le secrétaire général de la Commission électorale, Puchong Nutrawong, présent à la réunion, a déclaré que toutes les parties étaient convenues de se réunir à nouveau jeudi.

"Le chef de l'armée nous a dit de rentrer chez nous et de réfléchir aux sujets évoqués pour trouver une solution pour le pays", a déclaré Puchong Nutrawong.

Un porte-parole adjoint de l'armée a confirmé que rien n'avait été arrêté lors de la réunion. "C'est comme si des devoirs avaient été distribués à toutes les parties pour qu'elles travaillent dessus", a dit Winthai Suvaree.

Selon des sources militaires, le général Prayuth serait favorable à la nomination par le Sénat d'un nouveau Premier ministre par intérim le temps de mettre en oeuvre les réformes.

UNE ÉLECTION LE 3 AOÛT ?

Le Premier ministre de transition, Niwatthamrong Boonsonphaisan, qui a succédé à Yingluck Shinawatra, a proposé mardi de convoquer des élections législatives pour le 3 août.

Le scrutin organisé en février avait été perturbé par les manifestants antigouvernementaux avant d'être annulé.

Ces derniers ont prévenu qu'ils observeraient la même stratégie en cas de nouvelles élections sans qu'au préalable le code électoral ait été réformé pour limiter l'influence de l'ancien Premier ministre déchu Thaksin Shinawatra, le frère de Yingluck.

Vingt-huit personnes ont été tuées et 700 autres blessées en 2013 lors des dernières violences en date qui jalonnent depuis une décennie la lutte de pouvoir entre le clan Thaksin et la classe dirigeante royaliste.

Adversaires et partisans du gouvernement demeurent largement mobilisés mais l'armée a réussi à les maintenir à distance les uns des autres à Bangkok et dans les environs de la capitale.

MEILLEUR SCÉNARIO

Le général Prayuth a expliqué avoir instauré la loi martiale afin de rétablir l'ordre dans le pays tandis que le gouvernement intérimaire affirme qu'il continue d'administrer le pays.

"On ne peut pas parler stricto sensu d'un coup d'Etat militaire car le gouvernement est toujours en place, mais sur le terrain l'armée semble avoir les choses en mains", dit Thitinan Pongsudhirak, analyste politique à l'université Chulalonkorn.

Les Etats-Unis, qui avaient suspendu l'aide fournie à leur allié militaire après la destitution de Thaksin par les soldats en 2006, ont appelé l'armée thaïlandaise à respecter "les principes démocratiques".

"Nous suivons la situation de très près. Nous espérons que l'arme thaïlandaise tiendra parole quand elle dit qu'il ne s'agit pas d'un coup d'Etat et que c'est seulement une injonction temporaire", a déclaré le contre-amiral John Kirby, porte-parole du Pentagone.

Les observateurs estiment que la loi martiale devrait suffire à contenir les violences en provenance des deux camps, y compris des "chemises rouges" de Thaksin.

"N'importe quel type de gouvernement de transition sera de toute façon un meilleur scénario pour la Thaïlande que l'actuelle impasse politique avec un gouvernement intérimaire incapable de fonctionner", estime Pimpaka Nichgaroon, responsable des analystes chez Thanachart Securities.

L'armée a donné ordre à quatorze chaînes de télévision, pro- et antigouvernementales de cesser d'émettre et a mis en garde contre la diffusion de contenus provocateurs sur les réseaux sociaux.

(Bertrand Boucey, Pierre Sérisier et Mathilde Gardin pour le service français, édité par Danielle Rouquié)

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