En se scindant, E.ON risque de devenir une proie

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* La scission augmentera la probabilité d'un rachat-sources * Les réseaux régulés peuvent intéresser des investisseurs financiers * Le profil financier du "nouvel" E.ON sera plus séduisant par Christoph Steitz et Arno Schuetze et Anjuli Davies FRANCFORT/LONDRES, 4 décembre (Reuters) - La scission annoncée du géant allemand de l'énergie E.ON EONGn.DE , en l'allégeant d'une partie de sa dette, pourrait en faire une cible de choix pour des investisseurs spécialisés dans les infrastructures et attirés par le rendement régulier de ses réseaux de distribution d'électricité et de gaz. Le "nouvel" E.ON sera plus petit et recentré sur les énergies renouvelables, en forte croissance. Mais ce sont les activités régulées de distribution qui ne manqueront pas d'attirer l'attention des investisseurs, ont dit à Reuters plusieurs sources bancaires et du secteur. Des groupes financiers spécialistes des infrastructures, comme Macquarie MQG.AX , First State Investments CBA.AX et Borealis, ont multiplié les acquisitions dans le secteur européen de l'énergie ces dernières années. En se séparant de ses centrales électriques conventionnelles, E.ON s'allégera d'un fardeau qui pourrait avoir dissuadé des acquéreurs potentiels dans le passé, expliquent les sources, ajoutant que les autres grands groupes européens du secteur des services aux collectivités devraient être moins intéressés car ils ont eux-mêmes des problèmes d'endettement. "Même si nous n'avons pas vu passer d'actifs aussi importants jusqu'à présent, il ne sont certainement pas trop gros pour être rachetés", a dit une source d'un grand investisseur dans les infrastructures, qui a requis l'anonymat. "Il y a une surabondance de capitaux", a-t-elle ajouté en référence aux milliards d'euros de liquidités que les fonds de pension et les fonds d'infrastructures cherchent à investir dans un contexte de faiblesse historique des taux d'intérêt. Une fois la scission d'E.ON achevée en 2016, les deux tiers des bénéfices du groupe allemand proviendront des activités de distribution, des réseaux dont les tarifs sont encadrés par les pouvoirs publics et dont la rentabilité se situe généralement entre 5% et 10%. ID:nL6N0TL0R8 Environ un quart des profits seront liés aux services grand public et le reste proviendra du solaire et de l'éolien. E.ON ANTICIPE LES EXIGENCES DES INVESTISSEURS "Au final, des fonds de pension pourraient certainement s'accommoder de ce type de profil de rentabilité", estime Torsten Graf, gérant de fonds de MainFirst, dont le portefeuille inclut 61.000 actions E.ON. Macquarie s'est refusé à tout commentaire, First State et Borealis n'étaient pas joignables dans l'immédiat. Avec une capitalisation boursière d'une trentaine de milliards d'euros, un montant proche de celui de sa dette, le groupe allemand né en 2000 de la fusion de Veba et de Viag, était jusqu'à présent jugé trop gros par les analystes. Numéro quatre européen du secteur des "utilities" par la valeur boursière, E.ON regroupe des activités très nombreuses et diverses, comme des centrales au charbon, au gaz ou nucléaires, réparties de la Russie au Brésil en passant par la Turquie, ainsi que des champs d'éoliennes et des centrales solaires. La scission va donc modifier en profondeur la structure du groupe. "En prenant cette décision radicale, E.ON a anticipé sur ce qu'un éventuel actionnaire activiste lui aurait demandé en échange d'une offre", a dit un banquier proche du groupe qui a requis l'anonymat. Macquarie estime que, dans sa nouvelle configuration, E.ON affichera 19,6 milliards d'euros de capitalisation et un endettement net d'environ 18,6 milliards, ainsi qu'un ratio valeur d'entreprise/Ebitda attendu (EV/Ebitda) de 8,4, supérieur à la fois à celui de 7,8 qu'il affiche actuellement et à la moyenne de 6,9 de ses grands concurrents européens. La nouvelle entité née de la scission, elle, devrait se contenter d'un ratio EV/Ebitda de 5,6, conséquence des doutes sur la qualité de ses actifs, notamment 51 gigawatts de capacités de production conventionnelles. Des banquiers estiment donc que même si cette nouvelle entité démarre avec un endettement quasi-nul, elle aura beaucoup plus de mal à convaincre les investisseurs, notamment parce qu'elle devra supporter quelque 14,5 milliards d'euros de provisions liées au démantèlement futur de son parc nucléaire. (avec Geert de Clercq à Paris et Vera; Eckert à Francfort, Marc Angrand pour le service français, édité par Wilfrid Exbrayat)


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