« En s'obstinant à faire baisser l'euro, la BCE fragiliserait la situation » (Véronique Riches-Flores)

le , mis à jour à 14:13
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Pour Véronique Riches-Flores, l'affaiblissement de l'euro ne serait plus une solution pour améliorer les perspectives économiques européennes.
Pour Véronique Riches-Flores, l'affaiblissement de l'euro ne serait plus une solution pour améliorer les perspectives économiques européennes.

La Banque Centrale Européenne se trouve actuellement dans une situation délicate pour parvenir à rassurer les investisseurs, alors que dans le contexte actuel l’outil de la relance monétaire est plus que jamais à double tranchant, explique l’économiste Véronique Riches-Flores.

Les marchés boursiers européens retrouvaient leur calme jeudi 21 janvier dans l’attente du discours de Mario Draghi, président de la Banque Centrale Européenne, qui sera donné à 14h30.

« Nous n'attendons rien, sinon des propos rassurants sur les marges de manœuvre susceptibles d'être utilisées dans le futur si nécessaire », résume Véronique Rioches-Flores, économiste indépendante. Et pour cause : les leviers « mobilisables » par la BCE commencent à se réduire alors que les banquiers centraux font déjà le maximum pour offrir un cadre théoriquement favorable à la croissance en zone euro.

« Force est de constater que la BCE n’a plus beaucoup de munitions face au regain de stress en présence, sinon des actions de surface qui, in fine, n'auront aucun impact durable », affirme l’économiste.

Lire également : « BCE, trop tôt pour faire plus ? » (Aurel BGC)

Depuis bientôt un an, la BCE s’est lancée dans un plan de « quantitative easing ». Le « QE » consiste à racheter régulièrement de grandes quantités d’actifs sur les marchés financiers, notamment des obligations d’Etats européens, à hauteur de 60 milliards d’euros par mois. Ce plan de relance correspond à un processus de création monétaire dont le but est de faire revenir davantage d’inflation en Europe tout en affaiblissant l’euro face aux autres monnaies mondiales pour rendre la zone euro plus compétitive à l’échelle mondiale.

Au cours de l’année 2015, ce plan a permis d’affaiblir l’euro d’environ 10% face au dollar, la parité euro-dollar étant passée de 1,20 USD pour 1 EUR à 1,08 USD pour 1 EUR environ l’an dernier.

Mais pour Véronique Riches-Flores, accentuer la dévaluation de l’euro n’est plus une bonne solution face aux craintes des investisseurs. « Non seulement les actions susceptibles d'être prises par la BCE n'ont pas le pouvoir d'avoir un quelconque impact sur les cours du pétrole à l'origine du regain de pressions déflationnistes, mais elles pourraient, même, venir renforcer le stress sur le marché compte-tenu de leurs effets induits », affirme-t-elle.

Détaillant ces « effets induits », l’économiste explique : « un tel mouvement viendrait compliquer la donne internationale, en particulier par ce qu'il pourrait impliquer (…) une nouvelle vague d'ajustement des devises [en Chine et dans les émergents], elle-même éminemment nocive pour les perspectives de croissance... et donc les cours du pétrole ! »

En somme, « en s’obstinant à faire baisser l’euro, M. Draghi fragiliserait un peu plus la situation internationale », estime l’économiste.

Pour Véronique Riches-Flores, une solution envisageable pour soutenir véritablement l’économie européenne face à l’incertaine conjoncture mondiale serait plutôt l’annonce d’un « plan massif de financement de l'investissement », mais celui-ci ne pourrait a priori pas venir de la BCE. « Sans doute faudra-t-il attendre que nos politiques se réveillent face à l'urgence de la situation en présence avant de pouvoir imaginer qu’une telle issue puisse être sérieusement considérée. Cela prendra vraisemblablement beaucoup de temps », termine-t-elle.

X. Bargue (redaction@boursorama.fr)

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  • stricot il y a 11 mois

    Oui bernm, evidemment une inflation materielle et durable veut dire hausse probable des taux, mais en attendant, on a un fenetre de plusieurs annees pour assainir une situation intenable.

  • stricot il y a 11 mois

    (2/2): c'est un peu schematique mais mecanique. Ca a d'autres consequences, comme l'appauvrissement relatif de ceux qui ont des economies ou des retraites (vu que les prix montent), mais n'est-ce pas un ajustement souhaitable en France ou les vieux sont plus aises que les actifs, et ou thesauriser est prefere a l'investissement? Donc je pense que plus que jamais l'inflation est souhaitable, a des niveaux significatifs.

  • bernm il y a 11 mois

    Nous sommes dans une situation ideale.On a fait baisser l'Euro ce qui favorise la competitivite de la zone euro, et en meme temps, le prix des matieres premiere non seulement n'explose pas (libelles en dollars), mais en plus baisse. De plus, les taux d'interet tres bas allege le fardeau de la dette.Bref, une situation tres favorable, mais qui ne durera pas eternellement.

  • stricot il y a 11 mois

    @GR207: une inflation reguliere de 2% (voire un peu plus pendant quelques temps apres une longue periode aux environs de zero) a pour effet mecanique d'augmenter le PIB, donc la collecte de TVA, donc l'impot permettant de rembourser ses dettes tout en reduisant la proportion de la dette d'Etat par rapport au PIB (qui est une des composantes du pacte de stabilite et de croissance (ok, 60% c'est incoryablement loin, maintenant). Ce que j'appelle dilution. (1/2)

  • tchazard il y a 11 mois

    les MP s'importent en $us , si l 'euro est au dessus du $ , les imports sont deflationnistes donc l 'euro importe la deflation . en plus , les monnaies majeurs ont baissé contre le $ de 35% de moyenne , l 'eur est 10% au dessus du $, donc tirez vos conclusions ...

  • GR207 il y a 11 mois

    ../.. C'est aux entreprises de choisir d'investir ou pas et pour ça il faut des projets rentables et une visibilité. Dans ce domaine il faudrait que la BCE arrête de trafiquer les taux d'intérêt et les taux de change (on peut toujours rêver!) et laisser le marché les réguler. Alors les entrepreneurs pourraient investir en connaissance de cause.

  • GR207 il y a 11 mois

    stricot, la BCE a pour rôle de maintenir la stabilité des prix avec une inflation de l'ordre de 2% (objectif non atteint) en jouant sur les taux et la création monétaire mais pas de "diluer le pb des dettes publiques". Il est évident qu'une dévaluation de l'euro accentuerait la guerre des changes et amènerait une réaction chinoise et américaine entre autres. D'accort avec vous un plan massif de financement de l'investissement n'est pas du rôle de la BCE ../..

  • GR207 il y a 11 mois

    gchevrie, d'accord avec votre commentaire sauf sur la classe politique "la plus nulle qui soit". Au contraire, cette classe politique est excellente pour cacher les pbs sous le tapis en enfumant les citoyens dans un seul but: rester au pouvoir et conserver ses prébendes.

  • M5135837 il y a 11 mois

    pour la classe politique, surtout la plus lâche et la plus irresponsable du monde. Une certitude: le monde entier ne nous l'envie pas!!!

  • patydoc il y a 11 mois

    Allez Véro, un p'tit blanc sec , ça te dit ?