En route pour la présidence, Erdogan promet une "nouvelle Turquie"

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par Daren Butler ISTANBUL, 10 août (Reuters) - Grandissime favori de la première élection présidentielle au suffrage universel direct de l'histoire du pays, le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan promet une "nouvelle Turquie" qui s'éloigne chaque jour un peu plus des idéaux de Mustafa Kemal Atatürk. A la tête du gouvernement islamo-conservateur depuis une décennie, Recep Tayip Erdogan polarise la société turque au point d'inquiéter ses alliés occidentaux et de susciter les craintes d'une dérive autoritaire dénoncée au printemps dernier par le mouvement de la place Taksim. Ses partisans voient dans son élection annoncée le parachèvement de la campagne qu'il mène depuis son arrivée au pouvoir pour remodeler la Turquie aux dépens des élites laïques qui dominaient le pays depuis la proclamation de la république moderne par Mustafa Kemal Atatürk en 1923. Ses opposants le considèrent en revanche comme un sultan moderne dont les racines islamistes et le refus de toute dissidence éloignent la Turquie de ses idéaux laïcs. "Si Dieu le veut, une nouvelle Turquie va voir le jour; une Turquie forte renaît de ses cendres", a déclaré Erdogan samedi pendant son dernier à meeting à Konya, un bastion conservateur du centre du pays. "Laissons la vieille Turquie derrière nous. Les politiques de polarisation, de division et de peur ont dépassé leur date de péremption", a-t-il dit à la foule enthousiaste. Les dernières enquêtes d'opinion, publiées le mois dernier, donnaient une large avance à Erdogan, 60 ans, par rapport à ses deux rivaux. Le Premier ministre, dont le Parti de la Justice et du développement (AKP), a largement remporté les élections municipales en avril était crédité de 55 à 56% des intentions de vote. Il devançait d'environ 20 points Ekmeleddin Ihsanoglu, du Parti républicain du peuple (CHP, héritier du kémalisme) et Selahattin Demirtas, du Parti démocratique du peuple (HDP, principale force pro-kurde). Alors que les électeurs ont commencé à se rendre aux urnes dimanche matin, Erdogan apparaît donc en position d'être élu pour cinq ans dès le premier tour, ce qui ferait basculer la Turquie, dont les présidents étaient jusque-là élus par les députés, dans un système présidentiel sans même attendre les réformes constitutionnelles qu'il a promises. Si toutefois il n'obtenait pas la majorité absolue, un second tour serait organisé le 24 août. (Henri-Pierre André et Tangi Salaün pour le service français) )

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