« En quoi la dérèglementation est source de croissance ? » par Alain Trannoy (Cercle des économistes)

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Bercy veut réformer les professions réglementées. La fin de certaines rentes de monopoles serait bénéfique selon Alain Trannoy.
Bercy veut réformer les professions réglementées. La fin de certaines rentes de monopoles serait bénéfique selon Alain Trannoy.

 

Emmanuel Macron, a levé le voile sur une partie de sa loi de relance de l'activité. La dérèglementation de certains secteurs y est mise en avant. Selon Alain Trannoy, cette perspective offre de réelles opportunités. 

L'ouverture des professions réglementées, et d'une manière générale l'activation de la concurrence, est source de croissance en raison de trois phénomènes. Le premier prend place dans le secteur déréglementé tandis que les deux autres concernent les secteurs pour lesquels la réglementation n'a pas été modifiée.

Dans le secteur déréglementé, l'élimination des barrières à l'entrée rend la concurrence plus vive. Des concurrents nouveaux apparaissent, certains sont plus efficaces que les entreprises qui étaient en place. Naît alors un système de destruction créatrice à la Schumpeter : des entreprises qui étaient peu efficaces sont éliminées du marché par des entreprises plus innovantes. Une dissipation des rentes de monopole s'en suit et les profits dans le secteur retrouvent des niveaux normaux correspondant à la rentabilité normale du capital. D'une manière générale, on peut attendre de cette ouverture un meilleur service à la clientèle, des prix plus faibles, des produits plus variés et de meilleure qualité.

Dans les secteurs pour lesquels la réglementation n'a pas été modifiée, la baisse de prix va permettre d'augmenter le pouvoir d'achat des consommateurs. Ceux-ci vont alors pouvoir tirer plus du bien dont le prix a diminué, mais ils vont également reporter le gain de pouvoir d'achat sur l'acquisition d'autres biens et services. La demande dans les autres secteurs de l'économie va alors en être stimulée. Ce phénomène est particulièrement important pour les secteurs en émergence. L'augmentation de la demande peut permettre de passer un palier et de concevoir ainsi des investissements qui deviennent rentables.

Bien évidemment, pour que le surcroît de demande se mue en augmentation de la production, il faut des opportunités et l'offre doit être élastique. Autrement, cela peut engendrer une hausse des prix, par exemple, si la demande se reporte sur l'immobilier et que l'offre de terrains constructible n'a pas suivie. Le recours à un supplément d'importation peut aussi en résulter en cas de manque d'élasticité de l'offre de producteurs locaux, ou de rigidité du côté de l'offre de travail.

Enfin, si les biens et services concernés rentrent comme intrants dans le processus de productions d'autres biens, la baisse du coût de production inhérente à l'ouverture à plus grande concurrence va se traduire par une baisse du coût de production des autres biens et services. Si la concurrence est suffisamment vive dans les secteurs concernés, les prix vont alors baisser et un surcroît de demande va alors être enregistré.

A plus long terme, la rentabilité dans les différents secteurs de l'économie tend à s'homogénéiser, ce qui permet une meilleure allocation des talents et des ressources, alors qu'actuellement certains investissent ou se destinent juste à un métier pour profiter des rentes de monopole qui y perdurent. 

Alain Trannoy

 

Directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS) à Marseille, agrégé et docteur d'Etat en économie, Alain Trannoy dirige l'Aix-Marseille School of Economics et a dirigé le directeur de l'Institut d'économie publique de Marseille. Il est notamment membre du Conseil économique et du développement Durable et du CAE.

Le Cercle des économistes a été créé en 1992 avec pour objectif ambitieux de nourrir le débat économique. Grâce à la diversité des opinions de ses 30 membres, tous universitaires assurant ou ayant assuré des fonctions publiques ou privées, le Cercle des économistes est aujourd'hui un acteur reconnu du monde économique. Le succès de l'initiative repose sur une conviction commune : l'importance d'un débat ouvert, attentif aux faits et à la rigueur des analyses. Retrouvez tous les rendez-vous du Cercle des économistes sur leur site.

 

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  • gyere le mardi 21 oct 2014 à 10:23

    Supprimons les ,"ministères de l'inutile" et le chapelet de fonctionnaires qui y pantouflent vous verrez fondre les besoins du fisc...... En un mot retrouvez votre bon sens et cessez de voter pour des " hommes ou femmes d'appareil".

  • gyere le mardi 21 oct 2014 à 10:20

    La dérèglementation la plus efficace, serait celle qui supprimerait 80% des "NORMES" , et les fonctionnaires qui vont avec!!!!! En effet chaque norme nouvelle vient en doublon d'une existante.... Supprimons l'ancienne et ne gardons que l'essentiel, il sera inutile d'importer de nouveaux paresseux pour occuper des postes fictifs et les contribuables seront plus heureux...

  • cavalair le mardi 21 oct 2014 à 09:59

    Oui pourquoi avoir des notaires, la Grece n'en a pas et n'a pas de cadastre et tout se passe bien. Alors dehors les notaires, devenons comme la Grece.

  • M6860185 le lundi 20 oct 2014 à 22:11

    combien coute le temps perdu à attendre un taxi ? d'ailleurs si on en réserve un, on paie en supplement les frais du trajet pour venir nous chercher. et là ça devient franchement cher.

  • M6860185 le lundi 20 oct 2014 à 22:09

    il a raison, les professions à numerus clausus ne sont pas spécialement chéres mais elles coutent en service non rendus. Personne ne compte le temps perdu dans les salles d'attente de médecins et de dentistes. ou de notaires, ces gens travaillent en flux tendu et les clients font la queue pour étre servis.

  • v.sasoon le lundi 20 oct 2014 à 18:49

    http://www.vineyardsaker.fr/2014/10/20/recolte-dorganes-en-ukraine-revelations-troublantes/

  • remimar3 le lundi 20 oct 2014 à 17:33

    ... je continue. Alors que les fonctionnaires devraient faciliter la vie des citoyens !!!

  • remimar3 le lundi 20 oct 2014 à 17:32

    Notre société se meurt d'avoir trop de fonctionnaires qui justifient leur emploi en ajoutant des jalons inutiles dans les processus théoriquement au service de la société. A la peur de mal atavique du fonctionnaire s'est ajouté le principe de précaution inscrit dans la constitution. Ainsi on assiste à des demandes répétées de documents déjà fournis, la circulation des dossier au sein de divers établissements (frais de port à charge du demandeur). Voilà donc notre société au service de ceux-ci.

  • domin288 le lundi 20 oct 2014 à 17:00

    Quand à s'attaquer au système réglementé, comme c'est dit ci-dessus, cela ne fera rien du tout. Ailleurs les notaires par exemple, n'existent pas, et cela ne marche pas mieux.

  • domin288 le lundi 20 oct 2014 à 16:47

    LE problème, c'est qu'aucun de ses élèves ont les bonnes compétences économiques.