En prison, une réforme pénale très attendue

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LA RÉFORME PÉNALE TRÈS ATTENDUE DE L?AUTRE CÔTÉ DES BARREAUX
LA RÉFORME PÉNALE TRÈS ATTENDUE DE L?AUTRE CÔTÉ DES BARREAUX

par Chine Labbé

VILLEPINTE Seine-Saint-Denis (Reuters) - Antonio*, 34 ans, est ce que les policiers appellent une "nourrice". Il a stocké de la drogue chez lui et écopé de quatre mois de prison ferme. Une peine courte, mais assez longue pour perdre un travail, un logement, ou les deux.

"J'ai voulu arrondir mes fins de mois", dit-il dans une salle de la maison d'arrêt de Villepinte où sont discutées les demandes d'aménagement de peines.

"Demain, si je n'ai pas de travail, je fais quoi? Je continue, je dis bonjour Madame et ce sera de la récidive", ajoute-t-il en faisant un signe à Cathy Christophe, directrice adjointe de l'établissement.

Grâce à un soutien extérieur, Antonio retrouvera son emploi et son appartement à sa sortie. Mais tous n'ont pas cette chance.

Comme nombre de ses collègues, Cathy Christophe salue la philosophie du projet de réforme pénale qui doit être examiné à partir de mardi à l'Assemblée nationale et qui devrait notamment faire diminuer le nombre de courtes peines.

Taxé de laxisme par l'opposition de droite, ce texte a pour objectif de rétablir le principe de l'individualisation des peines et de développer les alternatives à la prison, comme la simple contrainte pénale, et le suivi des condamnés, au prix parfois de tensions dans la majorité.

"Une incarcération de trois mois pour un délinquant 'primaire' n'apporte rien", estime Cathy Christophe. En si peu de temps, "sa vision de la prison, de la sanction n'aura pas changé".

Et s'il ressort avec un sentiment d'injustice, le risque de récidive est grand, juge-t-elle.

Plus de six personnes sur dix (62%) condamnées à une peine de moins de six mois sont recondamnées dans les 5 ans, contre 37% pour celles qui ont été condamnées à cinq ans et plus, selon une étude menée en 2011 par l'administration pénitentiaire.

"FAIRE DU COUSU MAIN"

À l'aspect désocialisant de l'emprisonnement, qui arrive parfois plusieurs années après les faits, s'ajoute l'effet "école du crime", soulignent les analystes. "On apprend des choses en promenade", témoigne un détenu.

Le problème de la radicalisation religieuse en prison, notamment, a été de nouveau illustré par le profil du suspect dans la fusillade du musée juif de Bruxelles.

À Villepinte, des condamnés à des peines de 15 jours croisent des reclus à perpétuité en attente de transfert vers une prison appropriée. Mais les deux tiers purgent des courtes peines.

Faute de moyens et de temps pour leur proposer un accompagnement, leur seule occupation, pendant ces quelques mois, sera la promenade, dans la cour surplombée par deux miradors. "Et en ressortant, ils vont retrouver leur vie d'avant", dit Cathy Christophe.

Dans les coursives bordées de murs bleu ciel, les détenus vont et viennent en direction des parloirs et des ateliers. Ils prennent à partie "Madame Christophe", cette ancienne surveillante qui passe tous les jours "en détention".

Pour elle, un directeur d'établissement a "plusieurs casquettes": faire respecter le règlement, "recadrer" certains prisonniers mais aussi être à l'écoute de ceux qui ne vont pas bien et les aider à trouver une voie hors les murs.

"La chose la plus essentielle, c'est de savoir si la prison a un sens pour toutes les peines prononcées et tous les délits", dit-elle.

Une interrogation qui sous-tend le projet de réforme pénale porté par Christiane Taubira. "On doit faire du cousu main", insiste-t-on à la chancellerie, qui a fait de la suppression des peines planchers l'une de ses priorités.

Ici, plusieurs détenus s'interrogent sur ce texte, suivent son progrès et disent en attendre un "coup de pouce", même s'il ne concerne que marginalement la vie en détention.

SURPOPULATION

Après plus de trois ans en détention, Hamid*, 26 ans, condamné pour trafic de stupéfiants et plusieurs autres délits, observe une "dégradation" des conditions de vie en prison, que de nombreux observateurs lient à la récidive. "Plus ça avance, plus c'est catastrophique", dit-il.

À son arrivée, en 2011, il n'était resté que quatre ou cinq jours dans le quartier des arrivants. Maintenant, du fait de la surpopulation, certains y restent un mois et demi. Alors que lui était seul en cellule, il leur arrive désormais d'être trois, avec un matelas posé au sol à côté des lits superposés.

Villepinte compte 980 détenus pour 587 places.

Des jeunes, condamnés à des peines de quatre à six mois, Hamid, qui distribue les repas et aide au ménage chez les arrivants, en a vu passer des dizaines. "Ils arrivent ici, ils prennent de la place, je ne sais pas si ça sert à quelque chose", dit-il. "Je les vois quand ils rentrent, je les vois quand ils sortent, je vous jure, au détail près, c'est les mêmes."

Selon lui, seul un véritable accompagnement peut permettre la sortie d'un parcours de délinquance.

Un suivi resserré que veut permettre le gouvernement, qui a promis l'embauche de 1.000 nouveaux personnels de probation et d'insertion d'ici 2017, dont 400 en 2014.

Mais ces moyens sont limités. "C'est un peu dérisoire", reconnaissait récemment devant la presse Dominique Raimbourg, rapporteur socialiste du texte à l'Assemblée nationale.

À Villepinte, la directrice d'insertion et de probation dit avoir "envie de mener ce travail-là". Mais il lui est difficile de se projeter. Chaque conseiller suit déjà en moyenne une centaine de dossiers.

"Pour le moment, avec les moyens qu'on a, ce n'est pas une réforme qu'on peut appliquer", résume Céline Parisot, juge d'application des peines à Albertville et Secrétaire nationale de l'Union syndicale des magistrats.

*Les prénoms ont été modifiés pour préserver l'anonymat des détenus

(édité par Yves Clarisse)

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  • ppetitj le lundi 2 juin 2014 à 16:30

    A l'époque pas si lointaine on expédiait les délinquants sur une île loin de la France...

  • M1765517 le lundi 2 juin 2014 à 15:32

    a quand la clim ?

  • M8022166 le lundi 2 juin 2014 à 13:00

    Ben dans le cas de la "nourrice", justement il n'y a pas de victime donc quelques temps de travaux d'intérêts généraux ou de bracelet électronique (voire les 2) et il aura compris. Autant réserver la place en prison aux vrais méchants, ceux qui tabassent des mamies ou autre. Certains attendent dehors qu'une place en prison se libère, place occupée parfois par des auteurs de délits relativement peu graves.

  • jbellet le lundi 2 juin 2014 à 12:28

    quand va t'on se préoccuper des victimes? faut il attendre que la FN soit au pouvoir?

  • M940878 le lundi 2 juin 2014 à 12:27

    immigration sélective et par quotas, moins de délinquants , c'est pourtant simple !

  • dlabore le lundi 2 juin 2014 à 12:16

    62% pourront continuer leur petit trafic sans etre inquieté,la ministre veuille a la non application des peines(j'ai pas tout lu ça me fatigue)