En pleine crise grecque, Juncker dévoile sa vision de l'euro

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QUATRE HAUTS RESPONSABLES EUROPÉENS DÉVOILENT LEUR VISION DE L'EURO
QUATRE HAUTS RESPONSABLES EUROPÉENS DÉVOILENT LEUR VISION DE L'EURO

par Alastair Macdonald

BRUXELLES (Reuters) - En pleine crise de la dette grecque, qui menace de plonger la zone euro dans de nouvelles turbulences, Jean-Claude Juncker et quatre autres hauts responsables européens préconisent dans un document un contrôle plus étroit de Bruxelles sur la gestion de la monnaie commune européenne.

Ce "rapport des cinq présidents", rendu public ce lundi, jour d'un sommet européen extraordinaire des dirigeants de l'eurozone consacré à la Grèce, propose également des pistes pour soutenir les Etats les plus fragiles.

Le texte est signé par les présidents de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, de la Banque centrale européenne Mario Draghi, du Parlement européen Martin Schultz, du Conseil européen Donald Tusk et de l'Eurogroupe Jeroen Dijsselbloem.

Le document recommande que les gouvernements améliorent les procédures existantes au cours des deux prochaines années puis jettent les bases de nouvelles normes, via une modification des traités, qui pourraient être adoptées au cours de la prochaine décennie.

En dépit des crises de ces dernières années, des difficultés des Etats à assainir leurs finances dans un contexte de récession mondiale, le rapport souligne dès sa première phrase que l'euro est une monnaie stable et une réussite.

Toutefois, passé les mesures d'urgence et face au fort taux de chômage que connaît la région, le texte réclame une réorganisation pour que l'euro soit non seulement une monnaie, mais un "projet politique et économique" avec une base durable, juste et démocratiquement légitime.

Le document prône ainsi une plus grande convergence des politiques économiques et budgétaires impliquant inévitablement à terme un plus grand partage de souveraineté.

Un objectif à long terme pourrait être la création d'un Trésor pour la zone euro, même si le rapport exclut des transferts d'argent permanents pour stabiliser certains pays ou équilibrer les revenus entre pays riches et pauvres.

Les dirigeants des Etats membres, qui ont commandé ce rapport en décembre 2014, auront l'occasion de débattre de ces recommandations lors du conseil européen des 25 et 26 juin.

L'Allemagne pourrait se féliciter de voir que le rapport appelle à une plus grande sévérité envers les pays, comme la France et l'Italie actuellement, qui ne respectent pas les critères de discipline budgétaire.

Mais le document souligne aussi que les Etats ayant, comme l'Allemagne, des excédents budgétaires persistants, devraient les adapter. Et il appelle, en des termes vagues, au partage de certaines ressources budgétaires pour aider les pays en difficulté, une question sur laquelle la chancelière Angela Merkel se montre circonspecte.

MESURES IMMÉDIATES

A court terme, le rapport souhaite la mise en place rapide "d'autorités nationales de la compétitivité", comme aux Pays-Bas ou en Belgique, qui pousseraient les gouvernements à mener des politiques de soutien à la productivité. Il préconise de prêter une attention accrue à des questions sociales comme la promotion de l'emploi ou des systèmes de retraite viables.

Il recommande également de renforcer la coopération afin d'éviter les crises bancaires comme celles qui ont ponctionné l'argent des Etats ces dernières années.

L'une des mesures préconisées pour les deux prochaines années est la création d'un système commun de garantie des dépôts pour partager les risques entre Etats membres.

Un autre élément de renforcement de la coordination de la zone euro concerne les rapports avec la Grande-Bretagne, la principale économie de l'Union européenne encore dotée de sa propre devise.

Le Premier ministre britannique David Cameron veut obtenir des garanties d'accès au marché unique européen pour les pays non membres de la zone euro, l'une des conditions qu'il a posées avant d'appeler les électeurs britanniques à rester dans l'UE lors du référendum qu'il compte organiser d'ici la fin 2017.

Londres se dit favorable à une plus grande intégration de la zone euro et souhaiterait que les termes d'une nouvelle relation fassent l'objet d'une modification des traités. Mais le calendrier défini dans le document renvoie tout changement normatif à l'après-2017.

Le préambule du rapport souligne cependant que le renforcement de la zone euro ne doit nuire en aucun cas au marché unique.

(Avec Jan Strupczewski et Francesco Guarascio; Nicolas Delame et Jean-Stéphane Brosse pour le service français)

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