En perte historique, Dexia interpelle l'UE sur son sauvetage

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PERTE HISTORIQUE POUR DEXIA EN 2011
PERTE HISTORIQUE POUR DEXIA EN 2011

par Julien Ponthus et Matthieu Protard

PARIS (Reuters) - Dexia a interpellé jeudi la Commission européenne et prévenu que sa survie dépendait de l'approbation par Bruxelles de son plan de sauvetage et de l'octroi d'une garantie de 90 milliards d'euros de la France et de la Belgique à un coût non prohibitif.

Dexia vient d'annoncer une perte annuelle de 11,6 milliards d'euros, l'une des pires performances financières jamais enregistrées en France et qui s'explique par le coût du démantèlement de la banque franco-belge, lessivée par la crise de la zone euro.

La banque a prévenu dans un communiqué que l'absence d'un soutien adéquat des pouvoirs publics "pourrait avoir un impact sur la situation de continuité d'exploitation de Dexia et engendrer des tensions sur la situation de liquidité et de solvabilité du groupe".

Dexia a ajouté qu'il était essentiel que la rémunération des garanties soit suffisamment faible pour qu'elle puisse réaliser un résultat positif et renforcer ses fonds propres.

La perte enregistrée en 2011 correspond à plus de 19 fois la capitalisation boursière de la banque, qui ne vaut plus qu'un peu moins de 600 millions d'euros à la suite de l'effondrement de 88% de son cours de Bourse en 2011.

Dexia a logiquement indiqué qu'elle ne proposerait pas de dividendes à ses actionnaires au titre de cette année.

Les pertes abyssales de Dexia proviennent à la fois des dépréciations enregistrées lors de la nationalisation de Dexia Banque Belgique (4 milliards) et de la nationalisation partielle de Dexia Municipal Agency (984 millions), de la liquidation progressive de son gigantesque portefeuille obligataire (2,6 milliards) et enfin de son exposition à la dette grecque (3,4 milliards).

Ces grandes manoeuvres auront néanmoins permis au groupe de réduire son bilan de 154 milliards d'euros, pour le ramener à 413 milliards d'euros.

"BRUXELLES N'A PAS DIGÉRÉ"

Bien qu'en forte baisse, la taille du bilan de Dexia est considérée par certains analystes comme systémique en cela qu'un défaut de paiement de la banque aurait des conséquences incalculables sur le système bancaire européen.

La France, la Belgique et le Luxembourg qui avaient déjà consenti un premier plan de sauvetage en 2008, ont annoncé en octobre le démantèlement de Dexia, premier groupe bancaire européen de grande taille à succomber à la crise de la dette souveraine.

Selon certaines sources, la Commission européenne a été agacée d'avoir approuvé un premier plan d'aide qui n'a pas débouché sur une solution durable.

La doctrine de Bruxelles en termes d'aide d'Etat est qu'une aide doit être définitive et assurer la viabilité à long terme de l'entité aidée.

"La Commission européenne n'a pas digéré d'avoir donné son feu vert sur le premier plan de sauvetage. Avec le démantèlement maintenant, les services du (Commissaire européen à la concurrence Joaquin) Almunia sont furieux et traînent pour donner leur accord", indiquait récemment une personne au fait des discussions.

Dexia doit poursuivre en 2012 les cessions d'actifs et doit notamment vendre sa banque de détail turque Denizbank et sa filiale de gestion d'actifs.

Dexia devrait rester à terme une holding financière cotée à la Bourse de Bruxelles et gérer en extinction un portefeuille obligataire.

En France, la débâcle de la banque a radicalement changé la structure du secteur du financement des collectivités locales.

Les autorités françaises ont annoncé début février une série de mesures destinées à clore le volet français du démantèlement de Dexia après la disparition de l'ancien numéro un mondial du secteur.

La Caisse des Dépôts (CDC) et La Poste créeront notamment une nouvelle banque destinée aux collectivités locales qui devrait être capable d'octroyer dès le mois de juin de nouveaux crédit.

La perte annuelle accusée par Dexia l'an dernier constitue la quatrième plus forte enregistrée depuis plus de 20 ans parmi les valeurs qui composent actuellement l'indice SBF 120, le record étant détenu par Vivendi avec une perte de 23,3 milliards d'euros en 2002, selon des données calculées par Thomson Reuters.

Edité par Dominique Rodriguez

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  • axel1239 le jeudi 23 fév 2012 à 09:01

    manquerait plus qu'il verse un dividende