En Lorraine, des passionnés traquent les corps de soldats disparus

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Dans la région de Lunéville (Meurthe-et-Moselle), deux passionnés d'histoire de la Seconde Guerre mondiale traquent les corps de soldats toujours portés disparus, pour qu'ils reposent enfin en paix.

"Bip-bip!": dans un champ verdoyant du Lunévillois, le détecteur de métaux de Philippe Sugg, 56 ans, sa "poêle à frire" comme il l'appelle affectueusement, n'arrête pas de sonner.

Et pour cause: le 28 août 1944, un avion de chasse américain se serait écrasé et enfoncé dans ce champ, foudroyé par une rafale d'un fusil-mitrailleur allemand.

"On est pratiquement sûr que le pilote n'a pas pu sauter, il volait à trop basse altitude et tous les témoins qu'on a interrogés ont confirmé qu'ils n'ont pas vu de parachute", explique Gérard Louis, un retraité de 66 ans qui assiste M. Sugg dans ses recherches.

Les deux hommes ont leur petite idée sur l'identité du pilote. Ce jour-là, le capitaine Albert Schlegel était parti avec son escadrille mitrailler des convois allemands sur la ligne de chemin de fer Paris-Strasbourg. Il n'est jamais revenu.

"Les rapports américains de l'époque sont très approximatifs, tous les avions de cette escadrille tombés ce jour-là sont signalés en Alsace", ajoute M. Louis.

Pour ces deux détectives en herbe, "un soldat c'est sacré, il n'a rien à faire dans une forêt ou dans un champ, sa place est dans un cimetière avec ses copains", explique M. Sugg, qui est lui-même militaire à Lunéville.

"Certains collectionneurs le font, mais on n'a pas le droit de laisser un soldat, qu'il soit Allemand, Français ou Américain", insiste-t-il.

A eux deux, Philippe Sugg et Gérard Louis ont déjà aidé les services compétents à retrouver les restes de 29 combattants de la Seconde Guerre mondiale et ceux de 4 soldats allemands tombés en 1914. Les corps ont été inhumés dans des cimetières militaires et certains d'entre eux ont pu être identifiés.

"Caverne d'Ali Baba"

Philippe Sugg s'est pris de passion pour la Seconde Guerre mondiale dès l'âge de dix ans, quand ses parents l'emmenaient dans la forêt de Parroy près de Lunéville cueillir des champignons ou du muguet.

A la fin des années 60, cette forêt "c'était la caverne d'Ali Baba! Il traînait encore partout du matériel de guerre: des armes, des munitions par milliers, des casques, des gourdes", raconte-t-il.

C'est ainsi qu'au fil des ans, de simple collectionneur il devient une encyclopédie vivante de l'histoire de la terrible bataille de Lorraine, un épisode relativement méconnu de la Libération, entre août 1944 et mars 1945. Une partie de ses recherches a déjà été compilée sur son site, www.histoire-lorraine.fr .

Ce savoir l'aide beaucoup dans ses enquêtes sur les soldats disparus. "Connaissant la progression exacte des troupes dans la forêt, selon l'endroit où l'on trouve des corps, on peut dater leur mort à deux-trois jours près", explique-t-il.

Ses possibilités de recherches ont été démultipliées avec l'arrivée d'internet à la fin des années 1990. "On tapait le numéro d'une unité, et tout de suite on trouvait des textes, des photos d'archives, des blogs", raconte-t-il.

Il reçoit alors de plus en plus de vétérans, leur fait visiter le champ de bataille, incite les mairies à édifier de petits monuments ou poser des plaques à la mémoire de leurs camarades tués. "On a reçu au moins 200 vétérans. Certains nous écrivent encore aujourd'hui pour nous remercier, ils ne nous oublient jamais", dit-il avec émotion.

Dans le champ, le détecteur de métaux a permis de sortir de terre quelques bouts de ferraille de l'avion abattu. Mais pour espérer retrouver d'éventuels restes du capitaine Schlegel - et savoir si c'est bien lui - il faudra encore attendre l'arrivée d'une équipe de la JPAC, l'organisation américaine chargée de rechercher et identifier les corps des GI's disparus dans le monde entier.

D'ici là, les deux limiers lorrains promettent d'avancer sur d'autres dossiers: deux Poilus reposeraient dans un bois des environs depuis bientôt un siècle...

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