En Jordanie, le pape lance un appel à la paix en Syrie

le
0
Pope Francis waves to the faithful as he leaves after a mass at Amman International Stadium
Pope Francis waves to the faithful as he leaves after a mass at Amman International Stadium

par Philip Pullella et Suleiman Al-Khalidi

AMMAN (Reuters) - Le pape François a plaidé pour la paix en Syrie, samedi en Jordanie voisine, au début d'une visite en Terre Sainte placée sous le signe du dialogue interreligieux.

Le pape argentin n'a eu de cesse de souligner la nécessité de surmonter les différences pour une paix durable dans la région. Un message martelé lors d'un discours au palais royal d'Amman, où il a été reçu par le roi Abdallah II, puis lors d'une messe en plein air devant 20.000 personnes, et enfin sur les rives du Jourdain où il s'est départi de son texte initial pour épingler l'industrie de la défense.

"Puisse la violence cesser et le droit humanitaire être respecté, afin d'apporter à ceux qui souffrent l'aide dont ils ont tant besoin", a-t-il déclaré. "Puissent toutes les parties renoncer à la tentation de résoudre les conflits par le recours aux armes et retourner à la table des négociations."

"Puisse Dieu convertir tous ceux qui ont des projets de guerre. Puisse-t-il convertir les fabricants et les trafiquants d'armes afin qu'ils deviennent des bâtisseurs de paix", a-t-il dit à Béthanie, village sur le cours du Jourdain où Jésus a été baptisé, selon la tradition chrétienne.

A Amman, François a également salué les efforts déployés par le royaume "pour parvenir à une paix durable dans la région tout entière".

"Ce grand objectif impose de trouver d'urgence une solution pacifique à la crise syrienne et une solution juste au conflit israélo-palestinien", a-t-il déclaré, avant de s'inquiéter du sort des chrétiens d'Orient.

"La liberté de culte est un droit fondamental et je ne peux manquer d'exprimer l'espoir qu'il soit respecté au Proche-Orient comme dans le monde entier."

Son hôte l'a assuré en retour que la communauté chrétienne faisait "partie intégrante du Proche-Orient". L'islam, a poursuivi Abdallah, est une religion d'harmonie, de clémence et de justice. La Jordanie, a-t-il ajouté, s'efforce de faire taire "ceux qui sèment la haine et la division".

VISITE EN "PALESTINE"

Dans une région où religion et politique sont indissociablement liées, chacun des actes, chacune des paroles du pape seront disséqués à l'aune du symbole politique.

La deuxième phase du voyage, une halte de six heures dimanche à Bethléem, en Cisjordanie, est décrite comme visite dans "l'Etat de Palestine", terminologie inacceptable en Israël.

En 2012, le Vatican avait suscité l'ire d'Israël en soutenant le vote de l'Assemblée générale des Nations unies reconnaissant de facto l'existence d'un Etat palestinien.

Signe de la complexité de la situation politique, au lieu de passer directement de Bethléem à Jérusalem, dont la partie Est a été annexée par Israël après la guerre des Six-Jours en 1967, François se rendra par hélicoptère à Tel Aviv et prendra ensuite un autre hélicoptère pour Jérusalem.

Pour montrer sa conviction que les trois grandes religions monothéistes peuvent cohabiter en bonne intelligence dans la région, le pape s'est fait accompagner d'un rabbin et d'un dignitaire musulman.

Les deux hommes, le rabbin de Buenos Aires Abraham Skorka et Omar Abboud, directeur de l'Institut pour le dialogue interreligieux de la capitale argentine, sont des amis de longue date du pape argentin.

TRENTE-DEUX HEURES EN ISRAËL

François, quatrième pape seulement à se rendre en Terre sainte, passera un peu plus de 32 heures en Israël.

Avec 16 événements inscrits à son agenda, la partie israélienne du voyage, particulièrement serrée, sera placée sous haute sécurité.

Les chrétiens ont fait ces derniers temps l'objet de menaces sous forme de graffitis, attribuée à des juifs radicaux, qui ont "empoisonné" l'atmosphère, selon les termes de l'archevêque palestinien Fouad Toual, patriarche latin de Terre sainte.

Dans ce contexte, le Shin Bet, les services du renseignement intérieur israélien, a pris des mesures d'éloignement à l'encontre de militants juifs ultra orthodoxes à l'occasion de la visite du pape.

A Jérusalem, le pape visitera la quasi-totalité des lieux associés aux derniers jours du Christ, et notamment le site où il aurait été enterré. Il rencontrera aussi séparément des dirigeants juifs et musulmans.

La sécurité sera d'autant plus renforcée que le chef de l'Eglise catholique n'a pas voulu utiliser de véhicule blindé pour ses déplacements. Il a choisi de se déplacer en véhicule ordinaire, comme il le fait à Rome.

La visite sera nettement moins longue que celles de ses prédécesseurs Jean Paul II en 2000 et Benoît XVI en 2009. Ce qui réduit le nombre de chrétiens qui pourront le voir.

Le voyage coïncide avec le 50e anniversaire de la rencontre à Jérusalem en 1964 du pape Paul VI et du patriarche Athénagoras 1er de Constantinople, chef spirituel des chrétiens orthodoxes.

Cette rencontre avait marqué un tournant dans les relations entre ces deux branches du christianisme séparée depuis le schisme de 1054.

(Danielle Rouquié, Jean-Philippe Lefief et Jean-Stéphane Brosse pour le service français)

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant