En Irak, les habitants de Falloudja appelés à chasser Al Qaïda

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EN IRAK, LES HABITANTS DE FALLOUDJA APPELÉS À CHASSER AL QAÏDA
EN IRAK, LES HABITANTS DE FALLOUDJA APPELÉS À CHASSER AL QAÏDA

par Ahmed Rasheed

BAGDAD (Reuters) - Le Premier ministre irakien, Nouri al Maliki, a appelé lundi les habitants de Falloudja à chasser de leur ville les insurgés de l'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL), liés à Al Qaïda, pour éviter une offensive militaire imminente.

Un responsable local a par ailleurs annoncé que les forces de sécurité avaient pratiquement repris le contrôle de Ramadi, la capitale de la province d'Anbar, forçant les djihadistes à se replier plus à l'est dans des mosquées et des habitations.

"L'armée de l'air va mettre un point final aux combats dans les prochaines heures", a dit Falih al Essaoui, membre du Conseil provincial. Les fonctionnaires et les étudiants de la ville ont été invités à reprendre leurs activités mardi, a-t-il ajouté.

Dans un communiqué lu à la télévision publique, Nouri al Maliki, un chiite, a invité les chefs tribaux à faire partir les combattants de l'EIIL, qui ont pris le contrôle au cours de la semaine écoulée de localités stratégiques dans la province sunnite d'Anbar, frontalière de la Syrie.

Egalement actifs en Syrie, ces djihadistes, dont le but est d'instaurer un Etat islamique de part et d'autre de la frontière, se sont emparés la semaine dernière de plusieurs secteurs de Ramadi ainsi que de Falloudja, deuxième ville de la province.

"Le Premier ministre en appelle aux tribus et au peuple de Falloudja pour expulser les terroristes de la ville de façon à s'épargner le risque d'affrontements armés", a déclaré Nouri al Maliki, lui-même en butte à l'hostilité des sunnites, minoritaires à l'échelle du pays.

Le Premier ministre, commandant en chef des forces armées, a accepté de retarder l'offensive des forces gouvernementales pour fournir aux chefs tribaux de Falloudja un délai supplémentaire afin d'expulser par eux-mêmes les islamistes sunnites, apprend-on auprès des services de sécurité.

"Aucune date butoir n'a été fixée, mais ça ne va pas non plus durer indéfiniment", a expliqué un officier des forces spéciales. "Nous ne sommes pas prêts à attendre trop longtemps. C'est une question de jours. Qui dit plus de temps dit plus de pouvoirs pour les terroristes."

PÉNURIE DE NOURRITURE ET D'EAU

Deux chefs tribaux de Falloudja ont annoncé que des réunions allaient se tenir avec des représentants de l'EIIL en présence de dignitaires religieux.

"Nous allons avoir une réunion importante ce soir (lundi), avec notamment des combattants d'Al Qaïda à Falloudja, pour les convaincre de quitter la ville et priver Maliki d'un prétexte pour faire entrer son armée dans la ville", a dit un de ces chefs. "Il faut faire comprendre aux combattants d'Al Qaïda que, s'ils restent à Falloudja, on aura des rivières de sang."

De nombreux habitants ont fui la ville ces derniers jours pour échapper aux combats et à la menace d'une pénurie de nourriture et d'eau potable.

"La situation empire à Falloudja. Il y a des hommes en armes partout", témoigne un médecin, Mohamed al Nouaïmi, joint au téléphone. "On n'arrive plus à distinguer un ami d'un ennemi. J'ai perdu mon grand frère en 2005, il a été tué par les Américains, et aujourd'hui, le même scénario se répète."

Cité de 300.000 habitants, Falloudja est surnommée la "ville des mosquées". Elle est un foyer du sunnisme irakien et a été fortement endommagée lors de deux offensives de l'armée américaine contre des insurgés sunnites en 2004.

En 2006, au paroxysme des violences confessionnelles en Irak, des tribus sunnites de la province d'Anbar s'étaient alliées aux forces américaines pour combattre à leurs côtés les djihadistes d'Al Qaïda.

Deux ans après le départ des troupes américaines, la situation est cette fois rendue plus complexe à Falloudja par la présence de certains combattants tribaux aux côtés des rebelles.

A l'ouest de Ramadi, des heurts avaient éclaté lundi à l'aube entre islamistes et forces spéciales appuyées par les combattants tribaux. Un officier des forces spéciales irakiennes avait précisé qu'il y avait des combattants étrangers parmi les insurgés.

Danielle Rouquié, Bertrand Boucey et Guy Kerivel pour le service français

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