En Espagne, Podemos veut bouleverser le paysage de la gauche

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    * Les Espagnols aux urnes dimanche pour la 2e fois en six 
mois 
    * La coalition Unidos Podemos devant le PSOE dans les 
sondages 
    * Aucune majorité ne de dessine au Parlement 
    * Les socialistes au centre de la stratégie de Podemos 
 
    par Sarah White 
    CORDOUE, Espagne, 23 juin (Reuters) - Sondage après sondage, 
la perspective de voir Unidos Podemos ravir dimanche au Parti 
socialiste espagnol (PSOE) sa place de chef de file de la gauche 
espagnole apparaît de plus en plus nette et la montée en 
puissance de la formation anti-austérité laisse craindre qu'une 
nouvelle fois, aucune majorité ne se dessine au Parlement. 
    S'inspirant de la Grèce, où le parti de la gauche radicale 
Syriza du Premier ministre Alexis Tsipras a relégué les 
socialistes du Pasok au rang d'observateurs, Pablo Iglesias, le 
dirigeant de la coalition Unidos Podemos, espère affaiblir 
considérablement le PSOE et le priver de toute chance de diriger 
un gouvernement. 
    Conscients du caractère historique de cette opportunité, les 
militants d'Unidos Podemos (Ensemble, nous pouvons) arpentent 
les régions où les scores risquent d'être les plus serrés pour 
arracher, siège par siège, cette place de deuxième formation 
politique espagnole qui, selon les sondages, leur tend les bras. 
    A Cordoue, Lorenzo Molina, libraire au chômage de 57 ans et 
électeur communiste de toujours, n'attend que cela, priant pour 
qu'arrive la "sorpasso", le jour de l'éclipse des socialistes. 
    "L'heure est venue de mettre les choses au clair", dit-il. 
    "Les socialistes ont dirigé nos institutions pendant des 
années", rappelle le militant, entouré de partisans de la 
coalition Unidos Podemos. 
    
    PARACHUTAGE 
    Créé en 2014 dans la foulée du mouvement des Indignados qui 
refusaient les mesures d'austérité, Podemos est arrivé en 
décembre en troisième position, derrière le Parti populaire (PP, 
droite) et le PSOE, s'octroyant 69 des 350 sièges de la chambre 
basse du Parlement.  
    Podemos s'est allié en mai à d'autres composantes de la 
gauche espagnole, dont Izquierda Unida, héritière du Parti 
communiste et les derniers sondages accordent à cette alliance 
entre 84 et 95 sièges aux élections de dimanche. 
    Parallèlement, le PSOE qui en avait obtenu 90 en décembre, 
risque de voir sa représentation tomber à un niveau compris 
entre 78 et 85 sièges, une situation inédite depuis le retour de 
la démocratie, privant le Parlement de majorité stable. 
    Pour éviter un troisième scrutin, le PSOE serait alors 
contraint de former une coalition avec l'extrême gauche qui 
souhaite le voir disparaître ou de permettre la formation d'un 
gouvernement minoritaire dirigé par le PP au risque de se couper 
davantage de son électorat. 
    Dans la circonscription de Cordoue, l'une de celles où le 
scrutin sera le plus disputé, Unidos Podemos jette toutes ses 
forces dans la bataille. En se fiant aux résultats de décembre, 
la coalition anti-austérité a besoin de 3.000 bulletins de vote 
supplémentaires pour obtenir deux sièges sur les six en lice. 
    Dans ce vieux bastion socialiste, Unidos Podemos cherche 
surtout à obtenir une victoire symbolique. Et pour mettre toutes 
les chances de son côté, Pablo Iglesias y a parachuté son mentor 
politique, Manuel Monereo, chargé de diriger la liste de la 
coalition à Cordoue. 
     
    PACTE AVEC LE DIABLE 
    Unidos Podemos mène également campagne dans les zones 
rurales où le PSOE est traditionnellement fort, ratissant chaque 
village, quitte à laisser de côté les grandes villes du pays, 
Madrid ou Barcelone par exemple. 
    Face à cette stratégie qui les vise sans les nommer, les 
socialistes ont passé la majeure partie de leur campagne à 
expliquer à leur électorat pourquoi il ne doit pas basculer dans 
le camp d'Unidos Podemos, laissant leur programme en sourdine. 
    "Avec Unidos Podemos, ce n'est qu'une question d'image. Leur 
discours passe bien à la télévision, mais c'est tout", a affirmé 
Juan Pablo Duran, dirigeant du PSOE andalous, lors d'un 
rassemblement socialiste. 
    En dépit des déclarations de son dirigeant qui se dit prêt à 
s'allier aux socialistes pour déloger le président du 
gouvernement Mariano Rajoy, l'objectif principal de Podemos ne 
serait pas de gouverner mais de détruire le PSOE, disent des 
observateurs de la vie politique espagnole. 
    Et pour ce faire, une "grande coalition" entre les 
conservateurs et les socialistes ou un gouvernement minoritaire 
du PP soutenu par le PSOE serait une bénédiction pour Podemos. 
    "Les socialistes ont un choix très clair: soit ils nous 
soutiennent, soit ils décident de se suicider en participant à 
une grande coalition", souligne sous le sceau de l'anonymat un 
haut responsable d'Unidos Podemos. 
    Or, cette hypothèse prend de l'épaisseur chez certains 
dirigeants socialistes qui jugent qu'une alliance avec Podemos 
reviendrait à conclure un pacte avec le diable et que la tenue 
d'un nouveau scrutin fragiliserait la reprise économique. 
 
 (Nicolas Delame pour le service français, édité par Tangi 
Salaün) 
 
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