En dépit de la dévaluation du yuan, la Fed pense aux USA d'abord

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par Jonathan Spicer NEW YORK, 11 août (Reuters) - L'économie américaine restera sans doute la priorité de la Réserve fédérale du point de vue de l'évolution de ses taux d'intérêt, en dépit de la dévaluation du yuan chinois survenue ce mardi. La banque centrale américaine se contentera vraisemblablement d'espérer que cette dévaluation ne déclenche pas une série d'initiatives du même type car, dans le cas contraire, le dollar monterait sans doute bien plus haut, au risque de peser encore sur une inflation déjà bien faible aux Etats-Unis, estiment les économistes et les spécialistes de la Fed. Le marché de l'emploi est toujours la première préoccupation de la Fed et de ce point de vue, ses responsables pourraient voir un bon signe dans la dévaluation du yuan, apte à redonner de la vigueur à l'économie chinoise et par contrecoup à l'économie mondiale. "Je ne pense pas que cela influera sur les décisions de la Fed, à moins que cela évolue en quelque chose qui déstabilise vraiment les marchés", dit Peter Hooper, ancien économiste de la Fed et chef économiste de Deutsche Bank Securities. "Ça peut freiner l'économie par le biais des exportations et peser sur les prix de détail, mais pas suffisamment pour dévier de leur trajectoire l'économie ou le marché du travail américains". La Banque populaire de Chine a dévalué la monnaie nationale à la suite d'indicateurs économiques jugés décevants, qualifiant sa décision de "dépréciation ponctuelle" destinée à l'aligner avec d'autres devises. ID:nL5N10M1SK "L'ÉCONOMIE AMÉRICAINE DÉPEND AVANT TOUT D'ELLE-MÊME" Des responsables de la Fed expliquent que la hausse du dollar depuis un an, conjuguée à la chute des cours pétroliers et à une conjoncture économique globalement morose à l'étranger, a exercé une pression baissière sur des prix intérieurs déjà affaiblis et a joué un certain rôle dans le report d'une remontée des taux d'intérêt. Stanley Fischer, le vice-président de la Fed, a certes dit lundi à la télévision que la tendance désinflationniste mondiale ennuyait la banque centrale mais il a ajouté que "l'économie américaine dépend avant tout d'elle-même, pas seulement, mais dans une proportion considérable". La Fed pourrait relever les taux pour la première fois depuis près de 10 ans à l'occasion de sa réunion de politique monétaire des 16 et 17 septembre. Le président de la Fed d'Atlanta, Dennis Lockhart, et d'autres gouverneurs affirment que d'ici là, les indicateurs économiques américains permettront de nourrir le débat sur cette décision, laissant entendre qu'il faudrait un gros choc à l'étranger pour tout remettre en question. L'inflation et le dollar, susceptible de réagir violemment à toute nouvelle dévaluation compétitive de la Chine, seront les deux paramètres primordiaux de l'évolution des taux d'intérêt américains, de l'avis des analystes. Selon Roberto Perli, associé du consultant Cornerstone Macro, la dévaluation de mardi devrait se traduire par une appréciation de 0,4% du dollar en tenant compte de la pondération du yuan. "Il est probable que la Fed pense que cette décision réduira les risques pour l'économie américaine, à l'instar de toute détente (monétaire) intervenant à l'étranger", écrit-il. "Cela devrait, au moins en partie, compenser les retombées d'un dollar plus fort, sans remettre beaucoup en question l'hypothèse d'une remontée des taux cette année, sans doute en septembre". (Wilfrid Exbrayat pour le service français, édité par Marc Angrand)

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