En Chine, le marché gris du crédit résiste au recul de la Bourse

le , mis à jour à 17:20
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par Engen Tham et Shu Zhang SHANGHAI/PEKIN, 3 juillet (Reuters) - Le très vaste "marché gris" du crédit en Chine a engrangé d'énormes profits en prêtant des capitaux à des particuliers et des entreprises pour leur permettre d'acheter des actions. Aujourd'hui, il continue de toucher des intérêts alors que la forte baisse des marchés boursiers chinois expose ses clients à de lourdes pertes. Ce secteur informel, qui regroupe des banques commerciales publiques, des sociétés financières, des gestionnaires de fonds et des entreprises de crédit peu ou mal encadrées, prête à des taux qui peuvent atteindre 17% par an. Il a été le principal moteur de la hausse de 110% de la Bourse de Shanghaï entre novembre et début juin, en permettant à de nombreux emprunteurs d'investir jusqu'à dix fois leur capital de départ, un effet de levier à la fois efficace et risqué. Et même si la capitalisation boursière chinoise a fondu de plus de 2.000 milliards d'euros sur les quatre dernières semaines, son modèle n'est pas encore remis en cause, faute d'une réglementation adaptée. Cette situation illustre le dilemme auquel sont confrontées les autorités chinoises, entre la volonté de protéger les investisseurs individuels, qui représente 80% du marché actions, et celle de soutenir la Bourse, dont la hausse a permis de lever plus de 56 milliards d'euros depuis le début de l'année, notamment via les introductions en Bourse. "Il faut qu'il y ait un contrôle", estime Jiahe Chen, responsable de la stratégie de Cinda Securities, rappelant qu'en période de baisse des marchés, l'effet de levier peut entraîner des réactions en chaîne. DE PETITS INTERMÉDIAIRES APPUYÉS PAR DE GRANDES BANQUES Le marché gris du financement en Chine inclut tout à la fois les plus grandes banques commerciales du pays, toutes publiques, des établissements bancaires de plus petite taille, des sociétés d'investissement et d'innombrables petites sociétés de Bourse. Bon nombre de ces intermédiaires ont moins d'un an d'existence mais bénéficient souvent de l'appui de banques ou d'entreprises publiques et opèrent hors de portée des autorités financières ou boursières. Le flou de la réglementation rend en outre difficile l'évaluation de la taille de ce marché, expliquent des sources bancaires. Les investissements financés par effet de levier auprès des sociétés de courtage représentaient 2.200 milliards de yuans (320 milliards d'euros) fin juin mais le montant global lié au marché gris pourrait être plus élevé encore. Généralement, les banques coopèrent avec des sociétés d'investissements et des sociétés de Bourse pour lever des capitaux en émettant des "produits de gestion de patrimoine" (wealth management products, WMP) vendus aux clients des banques. Ces produits permettent de lever des capitaux souvent consacrés au financement d'investissements boursiers avec un effet de levier qui peut aller jusqu'à 10 fois la mise de départ selon des professionnels du secteur. Ce mécanisme illustre l'une des faiblesses persistantes du système financier chinois: consciemment ou pas, les souscripteurs des WMP, souvent des clients de banques ayant pignon sur rue, sont exposées aux fluctuations des Bourses. CERTAINS RISQUES DÉPASSENT CEUX DES ACTIONS Pire, certaines sociétés de crédit ont utilisé des WMP pour financer des prêts immobiliers, des obligations d'entreprise risquées ou des prêts à court terme de gré à gré, autant de produits parfois plus risqués encore que les actions. Les établissements limitent leur propre exposition au risque en exigeant des clients qu'ils augmentent leurs dépôts ou vendent des actions lorsque leur compte affiche des pertes de 50% à 70% sur la valeur initiale de leur investissement. Deux grandes sociétés d'investissement et deux petites ont expliqué à Reuters que de grandes banques publiques comme Bank of China (BoC) 601988.SS 3988.HK ou Bank of Communications (BoCom) 601328.SS 3328.K ou des établissements plus petits avaient contribué par ce biais à attirer des capitaux vers les marchés actions. BoC et BoCom ont refusé de commenter ces informations. Un banquier travaillant pour l'une des cinq principales banques publiques du pays explique que les prêts aux sociétés d'investissement étaient pratiquement sans risque pour les banques prêteuses elles-mêmes, celles-ci étant assurées de récupérer leur mise en cas de chute des marchés. "Il y a des choses que les banques ne peuvent pas faire directement à cause des risques en terme de qualité des actifs ou de réputation", dit-il. "On passe donc par les sociétés d'investissement." (avec Nate Taplin à Shanghaï; Marc Angrand pour le service français)


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