En Chine, Hu dénonce la corruption en ouverture du Congrès

le
0
HU JINTAO OUVRE LE XVIIIe CONGRÈS DU PCC À PÉKIN
HU JINTAO OUVRE LE XVIIIe CONGRÈS DU PCC À PÉKIN

par Ben Blanchard et Sui-Lee Wee

PEKIN (Reuters) - Hu Jintao a vivement dénoncé la corruption comme une menace qui pourrait compromettre l'existence de l'Etat et celle du Parti communiste chinois lors d'un "discours à la nation", ouvrant officiellement le XVIIIe Congrès du PCC à Pékin, jeudi.

S'adressant aux 2.000 délégués réunis pour une semaine dans le Palais de l'assemblée du peuple à Pékin, Hu a vanté les mérites de réformes politiques mais n'a proposé aucun changement significatif et a exclu d'embrasser le modèle occidental de gouvernement.

Lors de ce Congrès, le vice-président Xi Jinping devrait succéder à Hu Jintao en qualité de secrétaire général du parti avant d'accéder à la présidence lors d'une séance plénière annuelle de l'Assemblée nationale populaire, le parlement.

L'événement se déroule alors que la Chine connaît un contexte de tension sociale, de dénonciation de la corruption et d'accroissement des inégalités entre riches et pauvres.

"Combattre la corruption et promouvoir l'intégrité politique, qui est un sujet majeur de préoccupation politique du peuple, est un engagement clair et à long terme du parti", a déclaré le chef de l'Etat sortant.

"Si nous échouons à régler cette question (de la corruption), elle pourrait se révéler fatale pour le parti et même provoquer la chute du parti et la chute de l'Etat", a-t-il mis en garde.

Ce XVIIIe Congrès intervient après l'éviction de Bo Xilai, étoile montante du PCC et puissant dirigeant local accusé d'abus de pouvoir, de corruption et d'autres crimes qui ont scellé sa chute.

Si le nom de Bo n'a jamais été cité au cours de l'allocution longue de deux heures, il n'a guère fait de doute qu'elle se référait directement à la chute de l'ancien dirigeant.

"Tous ceux qui violent la discipline du parti et le droit, qui qu'ils soient et quels que soient leurs pouvoirs ou leurs positions sociales, doivent être traduits en justice sans pitié", a-t-il continué.

"Les dirigeants, en particulier ceux de haut rang, doivent respecter une auto-discipline stricte et veiller à l'éducation et au contrôle de leur famille et de leurs subordonnés. Ils ne doivent jamais chercher à obtenir des privilèges", a-t-il ajouté.

Le New York Times avait révélé la semaine passée que la famille du Premier ministre Wen Jiabao avait accumulé une fortune de 2,7 milliards de dollars depuis son entrée au gouvernement.

DISCOURS PLUTÔT CONSERVATEUR

Hu est arrivé au Congrès accompagné par l'ancien président Jiang Zemin, signe de l'influence que ce dernier continue de jouer au sein de l'appareil politique chinois.

Au cours de son allocution, Hu a également avancé l'idée de réformes politiques tout rappelant la nécessité "de préserver l'autorité du parti".

"La réforme de la structure politique est une partie importante de la réforme globale en Chine", a estimé Hu. "Nous devons poursuivre des efforts à la fois dynamiques et prudents pour mener à bien les réformes de la structure politique et rendre la démocratie populaire plus large et plus saine dans sa pratique", a-t-il poursuivi.

Malgré ces propos, personne n'imagine que la Chine puisse devenir une démocratie complète, la stabilité demeurant une règle d'or et le parti unique une donnée intangible.

"Aujourd'hui alors que la situation mondiale, nationale et au sein de notre parti continue de connaître des modifications profondes, nous sommes confrontés à des opportunités sans précédent pour nous développer mais également à des risques et des défis inconnus jusqu'alors", a poursuivi Hu.

Jin Zhong, directeur d'Open Magazine, publication indépendante basée à Hong Kong, a jugé que ce discours avait une tonalité plutôt conservatrice. "Il n'a rien qui suggère de quelconques avancées dans les réformes politiques", a-t-il estimé.

LIGNE DU PARTI

Le PCC, arrivé au pouvoir à la faveur d'une révolution sanglante en 1949, a longtemps assis sa légitimité sur la croissance économique et sur la réduction de la pauvreté.

Mais, selon les observateurs, ces axes de développement n'apparaissent plus suffisants et à moins que la nouvelle équipe dirigeante accepte des réformes politiques, les tensions sociales pourraient s'exacerber et un malaise économique se faire sentir.

Les réformateurs pressent Xi de réduire les privilèges dont bénéficient les entreprises d'Etat, de faciliter l'installation dans les villes des migrants ruraux, d'imposer un régime fiscal, d'inciter les gouvernements locaux à ne plus vivre sur les expropriations foncières et par-dessus tout de contenir le pouvoir d'un Etat qui risque d'étouffer la croissance et d'entretenir le mécontentement.

Les appels en faveur de réformes politiques devraient trouver peu d'écho au cours de ce Congrès, personne n'imaginant que la Chine puisse évoluer vers une totale démocratie.

Toutefois, le parti pourrait introduire des mesures expérimentales pour améliorer son fonctionnement interne, autrement dit, permettre un débat plus ouvert, comme l'a indiqué un porte-parole du PCC, mercredi.

"La position dominante du Parti communiste en Chine est une décision qui relève de l'histoire et du peuple", a déclaré Cai Mingzhao. "La réforme du système politique doit tenir compte de la réalité nationale chinoise. Nous devons suivre sans dévier la voie tracée par le parti", a-t-il ajouté.

La censure est immédiatement intervenue pour effacer toute référence à "Si Ba Da", nom utilisé par les internautes pour discuter du XVIIIe Congrès sur les sites de microblogging.

Pierre Sérisier pour le service français

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant