En banlieue, la victoire de Trump, signe d'un système politique "à bout de souffle"

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Donald Trump s'adresse à ses supporteurs après avoir remporté la présidence américaine, à New York, le 9 novembre 2016 ( AFP / MANDEL NGAN )
Donald Trump s'adresse à ses supporteurs après avoir remporté la présidence américaine, à New York, le 9 novembre 2016 ( AFP / MANDEL NGAN )

De l'entre-soi, des médias "déconnectés", des politiques obsédés par leur réélection : en banlieue parisienne, la victoire de Donald Trump est perçue comme le symptôme d'un système politique "à bout de souffle" et sonne comme un avertissement à six mois de la présidentielle.

"Je me suis couchée en étant persuadée qu'Hillary allait être élue. Ce (mercredi) matin, c'était la grosse douche froide", témoigne Penda, directrice d'une médiathèque à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis).

En banlieue comme ailleurs, l'élection de Donald Trump à la président des États-Unis, "modèle de liberté et de démocratie", est vécue comme "la fin du monde".

D'autant que le candidat républicain s'est distingué pendant la campagne par un discours aux relents racistes. Le milliardaire avait notamment déclaré vouloir interdire l'entrée des musulmans aux États-Unis après une fusillade en Californie en décembre 2015.

Mohamed Maatoug avait prévu un voyage à New York le mois prochain mais songe à annuler. "Je le sens pas du tout, j'ai l'impression qu'on rentre dans une nouvelle ère."

Le nouveau locataire de la Maison-Blanche "n'aura pas besoin d'interdire aux musulmans de venir aux USA: personne ne voudra plus y aller", ironise ce gardien d'immeuble à Saint-Denis.

Au-delà d'une réelle inquiétude, cette élection a valeur d'avertissement pour la classe politique française, jugent des militants des quartiers populaires.

"De la Grèce aux États-Unis, en passant par le Brexit, le mouvement de colère, de rejet est globalisé" et aura des "conséquences" en France, relève Mohamed Ghili, président de l'association Idées à Sevran.

- 'Ne pas prendre les électeurs pour des idiots' -

Des unes de journaux américains, le 9 novembre 2016 à New-York
Des unes de journaux américains, le 9 novembre 2016 à New-York ( AFP / Bryan R. Smith )

"On est arrivé au bout d'un système qui ne fonctionne plus", analyse Mohammed Mechmache, le fondateur de la coordination citoyenne "Pas sans nous", un temps compagnon de route d'Europe-Ecologie Les Verts.

De la primaire écologiste à celle des Républicains, ce système est miné par "l'entre-soi", "les magouilles d'appareils" et "le manque de renouvellement" du personnel politique.

Sans parler de la "déconnexion des médias" dont l'aveuglement sur l'issue du scrutin américain offre un exemple frappant, selon lui.

L'ignorance des responsables sur le "montant du Smic" ou "le prix de la baguette" trahit un "réel éloignement des politiques par rapport aux citoyens", souligne le militant.

Un immobilisme aux conséquences désastreuses: "Ce ne sont pas les citoyens, ce sont les politiques qui sont responsables de la montée du FN et de la progression de l’abstention", accuse Mohammed Mechmache, partisan du "tirage au sort" des élus.

"La classe politique aurait tout intérêt à entendre le mécontentement qui s'exprime", renchérit Mahmoud Bourassi.

Ce militant associatif à Bondy avait partagé sur Facebook avant l'élection un article du réalisateur Michael Moore au titre prémonitoire: "Les cinq raisons pour lesquelles Trump va gagner". Parmi elles, le fait qu'Hillary Clinton représentait "la vieille manière de faire de la politique".

"Ça rappelle la défaite de Jospin en 2002. Une élection, ça se passe rarement comme on le croit. Il faut arrêter de prendre les électeurs pour des idiots", souligne M. Bourassi, 41 ans.

Pour cet électeur de gauche, la défaite de Mme Clinton montre qu'"avoir le soutien du système n'est plus un avantage" et s'est même transformé en "handicap".

A contrario, les citoyens américains ont pu voir "en Trump le gars hors système, même si c'est un produit du système", souligne le militant PS Fouad Ben Ahmed.

Une posture depuis longtemps endossée par Marine Le Pen, qui s'est empressée de féliciter Donald Trump tôt mercredi matin.

"Jusqu'à l'élection de Trump, l'élection de Marine Le Pen était impossible. Mais là...", soupire Samir, étudiant de 26 ans.

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  • jpam il y a 4 semaines

    Si c'était le cas il est probable qu'une affaire comme celle du train de Cannes n'aurai pas été possible....

  • M2310631 il y a 4 semaines

    il parait que lepen va autoriser les armes à feux en france comme trump.

  • cavalair il y a 4 semaines

    Ce n'est pas en France que ce reportage a ete fait c'est en Algerie... A moins que... l'immigration soit une chance pour la FRance. PS. Avec des censeurs qui retirent ce post une premeire fois car pas politiquement correcte on va finir par avoir un Trump francais qui va virer tout ce monde la.

  • elirone1 il y a 4 semaines

    Vive la Fr des mouhamed des gouda des mamoud des Ali et j en passe Ou es passé ma belle Fr

  • jopaf il y a 4 semaines

    voilà que l'afrique du nord a le monopole de la parole ! mais pas de l'intelligence ! encore des journalistes corrompus !

  • laurus il y a 4 semaines

    réveiller (manquerait plus qu'ils me prennent pour un illettré...).

  • laurus il y a 4 semaines

    Merci l'AFP pour ces réactions venues du 93. Mais, pour votre info, la France ne se limite ni au périph parisien, ni à sa banlieue. C'est justement la France dont vous ne parlez jamais qui, tout comme les brishits et les ricains, va vous réveillez avec fracas. Rendez-vous en mai 2017, vous verrez si la banlieue est la seule à souffrir et à ruminer sa colère...