En attendant Léon Zitrone

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Tous les ans, au mois d'avril, c'est la même histoire. Le même hymne, les mêmes équipes, les mêmes images. Pourtant tous les ans, au mois d'avril, nous sommes fidèles au rendez-vous. Mais à quoi sert donc la Ligue des champions ?

Ce pourrait être une compétition télévisuelle dans laquelle les représentants de villes européennes se disputeraient un trophée en mousse ou en carton. Dans les sonorités triomphantes de ces grandes capitales (Paris, Londres, Madrid), on devinerait les syllabes familières de ces communes à la localisation mystérieuse et qu'on annonçait sur des panneaux de contreplaqué accrochés à un feu rouge sur le bord d'une nationale. C'étaient les vacances de Pâques, c'était il y a des années en arrière. Sur la place du marché et devant les caméras de télévision, Romorantin affrontait Arles pour la grande finale de cette compétition prestigieuse. Guy Lux et Léon Zitrone y présentaient, le ton docte et monocorde, les règles de l'épreuve qui viendrait. À demi-hypnotisés par les phrases gigantesques prononcées par ces commentateurs incontournables, on guetterait chacune des respirations de Léon pour prendre notre souffle avec lui, quelques secondes avant de contempler, dans un mélange de crainte et d'excitation, l'entrée en scène de sa terrible complice : " Madame la Vachette êtes-vous prête ? " braillerait-il alors. Nos yeux d'enfants s'allumeraient tout à coup et l'animal trépignerait d'être lâché dans l'enceinte provisoire d'une arène de province. La Champions League, c'est Intervilles. En mieux.
Toro-piscine à l'échauffement
Comme dans cette célèbre émission de télévision française, on sait bien que tout cela est faux. Les cornes de la vachette ont été patiemment entourées de caoutchouc pour ne pas blesser les candidats, ces moulins gigantesques au bord d'une piscine en PVC sont fait de carton, ces hommes qui paraissent tout à coup minuscules s'étaient entraînés durement avant de participer à cette étrange épreuve. Pourtant, à chaque approximation de cet animal aux dimensions démesurées, nos cœurs tremblaient, comme s'il allait se passer devant nos yeux quelque chose d'irrémédiable. Allait-elle mettre fin en un seul coup de corne à tous les efforts de ces hommes devenus ridicules ? Quand le mois d'avril est entamé, la Champions League prend tout à coup la forme de cette émission pour laquelle la permission de 22h nous était exceptionnellement accordée. Il n'y a absolument plus de différence entre ce que l'on voit et ce que nous sommes. Entre ce que nous étions il y a des années et ce que nous sommes devenus aujourd'hui.
La coupe des villes de foires


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