En Allemagne, la Grèce est toujours un sujet de division

le , mis à jour à 17:45
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par Noah Barkin et Erik Kirschbaum BERLIN, 23 juin (Reuters) - En 2011 déjà, Wolfgang Bosbach, élu chrétien-démocrate (CDU) au Bundestag, s'opposait au premier plan d'aide à la Grèce. Quatre ans après, il n'a pas changé d'avis et continue d'afficher son opposition à la ligne défendue par Angela Merkel sur ce dossier. "Quiconque croit qu'il s'agit du dernier chapitre de l'interminable saga grecque va bientôt recevoir une leçon", a-t-il déclaré mardi à une radio allemande, au lendemain de la réunion des chefs d'Etat et de gouvernement de la zone euro convoquée en urgence à Bruxelles, qui a salué les nouvelles propositions de réformes grecques. Et Wolfgang Bosbach est loin d'être isolé: alors que l'Europe entrevoit un accord qui permettrait d'éviter un défaut de la Grèce, les Allemands sont de plus en plus nombreux à s'interroger sur l'opportunité de continuer à soutenir Athènes. Selon un sondage réalisé il y a moins d'un mois pour la chaîne de télévision publique ZDF, 51% des Allemands souhaitent que la Grèce sorte de la zone euro, alors qu'ils n'étaient qu'un tiers en janvier. Et une autre étude d'opinion, pour ARD, a montré que 22% seulement de la population craignaient qu'un "Grexit" ait des conséquences néfastes sur leur propre situation. Cette évolution est sans doute liée à la mauvaise image qu'ont les dirigeants grecs dans l'opinion et la presse allemande: le Premier ministre Alexis Tsipras et son gouvernement sont régulièrement présentés par les grands quotidiens, comme Bild ou le Frankfurter Allgemeine Zeitung, comme des amateurs ingrats, indignes de la confiance et de la solidarité dont leur fait bénéficier Berlin. Mais les réticences allemandes peuvent aussi s'expliquer par le discours d'Angela Merkel et de ses ministres, à commencer par Wolfgang Schäuble, le très populaire ministre des Finances, qui explique régulièrement qu'une sortie de la Grèce de la zone euro serait acceptable, voire préférable, quel qu'en soit le coût immédiat. LA CDU RISQUE DE SE DIVISER Ce contexte risque de compliquer la donne pour la chancelière si elle doit retourner devant le Bundestag la semaine prochaine pour faire voter le versement à Athènes de plusieurs milliards d'euros d'aide, même s'il est très improbable qu'elle ne trouve pas la majorité nécessaire, le soutien du SPD social-démocrate et des Verts lui étant acquis d'avance. Le véritable risque est que la CDU, son propre parti, se trouve profondément divisé dans quelques mois si les députés sont appelés à se prononcer sur un éventuel troisième plan d'aide ou un nouvel allégement du fardeau de la dette grecque. "Pour Merkel, il ne s'agit pas seulement d'obtenir une majorité au Parlement mais aussi de réunir une majorité écrasante au sein de son propre parti", résume Marcel Fratzscher, le directeur de l'institut d'études économiques DIW à Berlin. Le dernier vote du Bundestag sur la Grèce remonte à février, lorsque les députés ont approuvé la prolongation de quatre mois du deuxième plan d'aide. Vingt-neuf élus conservateurs avaient alors ignoré la consigne de vote du parti et 109 autres signé des déclarations exprimant leurs réserves même s'ils avaient voté pour. Au total, entre opposants et réticents, près de la moitié des députés CDU a donc pris ses distances avec la ligne officielle. Carsten Nickel, du cabinet de conseil Teneo Intelligence, estime qu'une centaine de députés CDU pourraient traîner des pieds cette fois-ci. Et l'attitude de Wolfgang Schäuble pourrait être déterminante, tout signe défavorable de sa part pouvant être considéré par certains élus comme une autorisation de voter "non". "Ce plan pour la Grèce va nécessiter un niveau sans précédent d'autorité politique de la part de la chancelière allemande", conclut-il. (avec Paul Carrel et Marina Adami, Marc Angrand pour le service français)

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