En 6 mois, l'euro a regagné près de 10% face au dollar (Cercle des analystes indépendants)

le , mis à jour à 13:50
1

Les prévisions de parité euro-dollar émises en fin d'année 2015 ont été battues en brèche.
Les prévisions de parité euro-dollar émises en fin d'année 2015 ont été battues en brèche.

Au cours des six derniers mois, l’euro s’est régulièrement réapprécié face au dollar. La monnaie européenne, qui s’échangeait à 1,05 USD pour 1 EUR le 30 novembre dernier, est revenue à une parité de 1,15 USD pour 1 EUR début mai. Hubert Tassin du Cercle des analystes indépendants revient sur ces évolutions.

L'objectif un euro = un dollar est loin d'être atteint

Le dollar - et la paire euro/dollar - concentrent la liquidité du marché des changes : les variations donnent des indications plus fiables que celle des actions sur les Bourses.

Il y a six mois, les scénarios étaient bien établis du coté des économistes. La devise américaine devait reprendre sa hausse face à l'euro. 2014 avait ramené la parité de près de 1,40 dollar pour un euro au plus bas d'avril à 1,20 en décembre. 2015 avait été l'année d'une stabilisation dans de larges bornes autour de 1,10 dollars. La parité de un dollar pour un euro était annoncée pour le premier semestre de cette année. L'écart de croissance entre les deux zones, celui de l'inflation et les politiques de la Réserve Fédérale et de la Banque Centrale Européenne formaient la base de ces anticipations.

Au rendez-vous de la mi-mai, la tendance n'est pas là et elle s'est même inversée. Avec une baisse du dollar, l'euro est passé de 1,09 dollar le 30 décembre dernier à plus de 1,12 après le soutien de la Fed mercredi, et était revenu plusieurs fois dans la zone de 1,16 quelques jours auparavant. La baisse de 3% de la monnaie américaine est sensiblement inférieure à ce qu'elle est face au yen.

L'écart de croissance entre US/EUR ne pousse pas le dollar à la hausse

À l'origine de ces mouvements monétaires, la modération européenne - une croissance attendue autour de 1,5% pour la zone euro cette année - n'est pas une surprise et le premier trimestre s'est même soldé sur un chiffre légèrement supérieur aux attentes.

En revanche, les États-Unis ont déçu avec un troisième trimestre de réduction du rythme de croissance au T1 2016. II a été ramené à 0,5%. Les 2% anticipés pour l'ensemble de l'année par les économistes au vu des diverses études et statistiques sont une base crédible. L'écart de croissance ne pousse pas franchement la devise américaine à la hausse.

Pas de reprise de l'inflation américaine

Il aurait pu en être autrement de l'inflation : en affichant un taux de chômage de 5% de la population active, les États-Unis sont en situation de plein emploi. Dans le même temps, les analyses assurent qu'une inflation de base de l'ordre de 2% est perceptible sur les prix. Le déflateur de la consommation des ménages de la Fed (PCE) se situe même un peu au-delà. Malgré cela, il n'y a pas d'inflation salariale réellement observée.

Focalisées sur des secteurs en forte croissance temporaire, et en particulier dans ceux concernés par l'investissement, les augmentations restent très modérées dans le cœur de l'économie que sont les services, qui contribuent au PIB à hauteur de 85%.

Reste l'effet du rebond des cours du pétrole et de l'ensemble des matières premières. On reste dans des niveaux inférieurs de 25 à 40% à ceux d'il y a un an. Le retour du baril entre 45 et 50 dollars, qui exerce une pression sur le pouvoir d'achat des ménages, est très favorable pour la production américaine de brut, mais ne produira des effets globaux sur l'économie qu'avec un effet retard. Difficile de voir ici des conséquences sur le taux de change.

Les banques centrales ne suivent pas des stratégies vraiment divergentes

Tous ces facteurs fondamentaux se retrouvent dans les stratégies observées par les banques centrales. La BCE est au rendez-vous des mesures de soutien à l'économie qui visent à favoriser une baisse de l'euro.

Évidement, on peut toujours faire plus, mais le rythme des injections de monnaie et les taux négatifs sont de nature à peser sur le change, pour exporter de la déflation, importer de l'inflation et renforcer la compétitivité.

La position de la Réserve Fédérale est moins tranchée. Les quatre relèvements de taux directeurs attendus cette année ne seront a priori pas au rendez-vous. Après celui de décembre - le premier depuis 8 ans - l'institut d'émission avance prudemment vers une action le 15 juin : elle pourrait relever à nouveau ses taux « si la croissance pouvait le justifier » . En tout état de cause, le rappel de liquidités - réduction de la taille du bilan - n'est pas au calendrier de l'institut d'émission américain. Ce n'est pas de ce coté qu'on peut espérer les facteurs de hausse du billet vert.

L'Europe et les Etats-Unis convergent… en attendant les échéances politiques

Finalement, le change euro/dollar donne une indication assez générale : l'Europe et les États-Unis, les deux moteurs stables de la croissance mondiale, convergent.

Cependant cette convergence économique - et financière en conséquence - va être mise à l'épreuve de la politique. Avant l'élection présidentielle américaine, les Européens vont passer par le référendum britannique, par de nouvelles élections générales en Espagne, par la consultation de révision constitutionnelle italienne et, en 2017, le président de la République Française et la chancelière allemande vont subir la sanction des urnes.

Hubert Tassin

Le Cercle des analystes indépendants est une association constituée entre une douzaine de bureaux indépendants à l'initiative de Valquant, la société d’analyse financière présidée par Eric Galiègue, pour promouvoir l'analyse indépendante.

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
  • tchazard il y a 7 mois

    rien à voir avec la croissance en UE. plutot la croissance globale qui pousse la FED a retarder la hausse des taux apres un premier tour de vis , ensuite le baril qui plonge trop , il fallait le faire remonter , donc faire baisser le $us . la suite on ne sait pas. plus l 'euro grimpe , plus il importe les prix bas donc la deflation