« Emploi : la nécessaire réforme des politiques d'éducation et d'apprentissage » par Yann Algan (Cercle des économistes)

le , mis à jour à 11:30
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Pour les jeunes peu qualifiés, l'apprentissage est un outil efficace pour mieux démarrer sa carrière
Pour les jeunes peu qualifiés, l'apprentissage est un outil efficace pour mieux démarrer sa carrière

Les partenaires sociaux ont rendez-vous, aujourd’hui et demain, avec le Premier ministre Manuel Valls pour explorer les pistes d’une relance de l’emploi dans les PME et TPE. Selon Yann Algan, rien ne se fera sans une réelle réforme de l’apprentissage.

Au sein de l’Union Européenne, le taux de chômage moyen des jeunes (15-24 ans) atteint 21,4%, mais avec une forte hétérogénéité entre les Etats membres. Les jeunes ont été touchés par la crise de manière disproportionnée par rapport aux autres groupes d’âge. Encore plus inquiétant, le taux de jeunes ni en emploi, ni en éducation, ni en formation, a augmenté fortement pendant la crise : plus de 10% en Espagne, Grèce ou Irlande, plus de 5% au Danemark ou en Italie.

Dans ce contexte, de nouvelles solutions s’imposent. Selon l’étude menée par Francis Kramarz et Martina Viarengo (Chaire Sécurisation des Parcours professionnels), la hausse de durée de la scolarité obligatoire, et l’accès à l’enseignement supérieur, a représenté au cours des trente dernières années un véritable tremplin vers l’emploi pour une grande partie de la jeunesse. Par ailleurs, les interventions mises en œuvre dès la petite enfance sur les personnes pour qui le risque de décrocher et d’avoir très tôt un épisode de chômage est le plus conséquent, ont fait la preuve de leur efficacité.

Ces interventions consistent essentiellement à accroître les moyens et à adopter des méthodes d’enseignement mieux adaptées pour les enfants courant le risque de quitter l’école  avant d’avoir obtenu le Bac ou un diplôme équivalent. La réforme du collège proposé par le gouvernement, avec une hausse à 20% du temps consacré à un accompagnement plus individualisés pour les décrocheurs, va dans ce sens.

L’apprentissage et sa capacité à insérer les jeunes sur le marché de l’emploi sont au cœur de l’étude menée par Pierre Cahuc et Marc Ferracci pour le Conseil d’analyse économique (http://www.cae-eco.fr/L-apprentissage-au-service-de-l-emploi.html). Cette étude montre que l’efficacité de l’apprentissage décroit avec le niveau de qualification. Pour les jeunes peu qualifiés, ce système est un outil particulièrement efficace d’insertion sur le marché du travail.

Malgré ce constat, en France, l’apprentissage s’est développé de plus en plus dans l’enseignement supérieur, là où il a le moins d’effets en matière d’emploi. Cette étude met l’accent sur la nécessité de concentrer l’aide publique sur le second cycle de l’enseignement secondaire et de réduire la complexité du circuit de l’apprentissage dans lequel interviennent de nombreux acteurs: Education Nationale, régions, CCI, partenaires sociaux, branches…

Pour rendre l’apprentissage plus attrayant, il faut modifier la gouvernance avec une instance nationale qui décide des orientations générales et des agences de certification indépendantes qui contrôlent la qualité et la mise en œuvre des formations subventionnées.

Yann Algan

 

Yann Algan est professeur d’économie à Sciences Po Paris, et Co-Directeur du master Economics and Public Policy et du Macroeconomic Program CEPREMAP. Il est également membre du Conseil Economique, Social et Environnemental (CESE).

Ses principaux domaines d’expertise sont le marché du travail, les entreprises, le management et l’innovation, l’économie expérimentale et du bonheur.

Le Cercle des économistes a été créé en 1992 avec pour objectif ambitieux de nourrir le débat économique. Grâce à la diversité des opinions de ses 30 membres, tous universitaires assurant ou ayant assuré des fonctions publiques ou privées, le Cercle des économistes est aujourd’hui un acteur reconnu du monde économique. Le succès de l’initiative repose sur une conviction commune : l’importance d’un débat ouvert, attentif aux faits et à la rigueur des analyses. Retrouvez tous les rendez-vous du Cercle des économistes sur leur site.

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  • M3470179 le mardi 2 juin 2015 à 11:52

    Dans son bureau, que connait t-il des tracasseries administratives et sociales pour décourager les employeurs sur le terrain et surtout artisans qu'il fasse un essai il se met artisans et il embauche un apprenti qui n'a surtout pas le droit de se servir d'un outil comment peut il apprendre!!!!!!!!!!!

  • M1084720 le lundi 1 juin 2015 à 12:49

    D'abord on nous cite une liste de Pays avec des mauvais chiffres sans la France; on peut donc en déduire que nos résultats sont bons ou que l'on nous ment. Ensuite, on nous explique que l'apprentissage se développe dans l'enseignement supérieur! On pourrait peut-être nous expliquer où sont les subterfuges?

  • p.cuquel le lundi 1 juin 2015 à 11:35

    ... Autant de domaines qu'il ne connait que dans la théorie...

  • p.cuquel le lundi 1 juin 2015 à 11:34

    sans juger de ses compétences intellectuelles (probablement hors du commun), c'est bien le pb des économistes : il n'est qu'un pur universitaire. Pourtant dans l’article il est expert en travail, entreprise, management, innovation, Economie expérimentale (?) et bonheur (??)...