Embellie mais inquiétudes des marchés après l'accord avec Madrid

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Embellie mais inquiétudes des marchés après l'accord avec Madrid
Embellie mais inquiétudes des marchés après l'accord avec Madrid

par Raoul Sachs

PARIS (Reuters) - Les actifs risqués retrouvent lundi les faveurs d'investisseurs soulagés par l'annonce ce week-end d'un plan de sauvetage du système bancaire espagnol, mais cette embellie risque d'être de courte durée, la crise souveraine de la zone euro n'étant pas résolue pour autant, estiment des intervenants.

Les principales Bourses européennes sont toutes en hausse, celle de Madrid faisant un bond de près de 4% après l'adoption d'une aide de 100 milliards d'euros à l'Espagne afin de lui permettre de recapitaliser ses banques en difficulté - un plan dont les modalités restent encore à préciser.

Les rendements des emprunts d'Etat espagnol et italien à 10 ans et se détendent sensiblement, respectivement de 11 points de base à 6,13% et de six pdb à 5,71%. Toutefois, notent des traders, le taux espagnol se maintient au-dessus de 6%, un niveau encore très élevé.

Sur le marché du crédit, les spreads se resserrent fortement. Les indices Itraxx Main des CDS de la catégorie investissement (IG) et Itraxx Crossover de la catégorie spéculative (high yield) se sont resserrés de sept points de base à 169,5 points de base, et de 30 pdb à 667 pdb. L'indice de la dette senior des financières se resserre de 15 pdb à 265.

"Faire parvenir de l'argent aux banques espagnoles, en utilisant le canal du gouvernement espagnol au lieu de les recapitaliser directement, n'est pas une surprise venant des pays de la zone euro. Cela veut dire que la dette de l'Espagne va augmenter et traduit le refus des Etats de la zone euro d'une intégration totale de leurs économies", disent les économistes d'UBS.

"Les prêts de l'UE (Union européenne) aux banques espagnoles sont-ils suffisants pour garantir le financement de l'Espagne à des niveaux attractifs ? Nous ne le pensons pas", écrivent Ciaran O'Hagan et Vincent Chaigneau, stratégistes taux chez Société générale.

EUROBONDS

"La réaction initiale c'est le soulagement. Mais comme pour les plans précédents, nous doutons que le répit soit durable", ajoutent-ils.

Les analystes de JPMorgan partagent ce point de vue et soulignent, comme d'autres, que le plan en faveur de l'Espagne risque de faire passer de facto les détenteurs privés de dette souveraine espagnole après les créanciers publics dans la hiérarchie des créditeurs.

Outre la question du rang des créanciers privés, les stratégistes de Commerzbank, Rainer Gunteman et Christoph Rieger, soulignent dans une note que 100 milliards d'euros de prêts aura pour effet d'accroître de 10% le ratio dette/PIB de l'Espagne, ce qui se traduira par une détérioration des conditions de financement du pays et de nouvelles dégradations potentielles de ses notes de crédit.

"A court terme, ce sera le soulagement. A plus long terme, nous nous attendons à des risques accrus sur les spreads (écart de rendement) des emprunts d'Etat", estiment-ils.

Les stratégistes de SG soulignent de que les décisions du week-end seront défavorables aux emprunts d'Etat allemands (Bunds) et française (OAT), les pays du noyau dur de la zone euro, noté "AAA", étant exposés davantage encore aux problèmes de leurs partenaires en difficulté.

Mais, ajoutent-ils, cela pourrait faire avancer l'idée d'une mutualisation de la dette de la zone euro, via l'émission d'Eurobonds.

Les rendements à 10 ans allemand et français, qui étaient tombés au cours des deux dernières semaines à des plus bas record (1,2% pour le Bund et 2,2% pour l'OAT) sur de fortes craintes de contagion de la crise de l'euro à l'Espagne se tendent respectivement de sept points de base à 1,39% et de quatre points de base à 2,56% mais restent bas.

Raoul Sachs, édité par Jean-Michel Bélot

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