Elections françaises et Pays-Bas ravivent les doutes des marchés

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Elections françaises et Pays-Bas ravivent les doutes des marchés
Elections françaises et Pays-Bas ravivent les doutes des marchés

par Alexandre Boksenbaum-Granier

PARIS (Reuters) - Les Bourses européennes et les marchés de dette pâtissent lundi des incertitudes politiques, l'issue du premier tour de l'élection présidentielle en France et l'échec des discussions budgétaires aux Pays-Bas faisant craindre de nouvelles complications vers un règlement de la crise de la dette en zone euro.

Les marchés sont également affectés par des indicateurs d'activité moroses en zone euro et en Chine.

En France, le second tour de la présidentielle opposera le 6 mai le socialiste François Hollande et le président sortant Nicolas Sarkozy, qui ont obtenu respectivement 28,63% et 27,18% des suffrages exprimés, selon les chiffres définitifs du ministère de l'Intérieur.

"De manière générale, les marchés ont commencé à sanctionner la faiblesse des propositions de François Hollande pour améliorer la compétitivité de l'économie française et le manque de marges de manoeuvre politique de Nicolas Sarkozy s'il parvenait à être élu", écrit dans une note Exane BNP Paribas.

Vers midi, l'écart (spread) de rendement entre le taux de l'emprunt d'Etat à 10 ans français et son équivalent allemand (Bund) se creuse de trois points de base (pdb), à 142 pdb, après avoir atteint 149 pdb en matinée.

Cet écart, qui n'était que de 110 pdb au début du mois, avait atteint jeudi 151 pdb à la suite d'une rumeur sur une possible dégradation de la note souveraine de la France.

"LA FRANCE EN PORTE-À-FAUX"

Le rendement de l'emprunt français à 10 ans sur le marché secondaire s'élève à 3,10% après avoir dépassé 3,16% en matinée, contre 3,09% vendredi en clôture. Le taux du Bund à 10 ans baisse à 1,67%, contre 1,72% en fin de semaine dernière.

"S'il y a un peu de soulagement lié au fait que le second tour opposera Sarkozy et Hollande, cela positionne la France en porte-à-faux avec l'Allemagne sur l'avenir de l'euro", commente Marc Ostwald, stratège de Monument Securities.

"Et cela ne va pas aider à progresser vers l'union budgétaire, ni à apaiser les craintes du marché sur le fait que la seule solution passe par les euro-obligations."

Pour de nombreux analystes, l'incertitude sur la situation politique française demeurera jusqu'aux législatives de juin, avec l'annonce du gouvernement qui en sortira et les décisions que celui-ci prendra pour réduire les déficits budgétaires.

"Si François Hollande était effectivement élu, les tensions sur les marchés financiers français ne se dissiperaient que durant l'été lorsque le nouveau gouvernement présenterait son plan de retour à l'équilibre des finances publiques en 2017 et le ferait valider par Bruxelles", prévient CM-CIC Securities.

LES CDS HOLLANDAIS AU PLUS HAUT DEPUIS JANVIER

Les investisseurs surveillent aussi les Pays-Bas, où le Premier ministre envisage de démissionner après l'échec des discussions budgétaires engagées début mars avec le PVV, parti qui n'appartient pas au gouvernement mais qui le soutenait au Parlement.

"Les Pays-Bas pourraient être un problème car jusqu'ici c'était un partenaire stable de la zone euro. (La situation néerlandaise) traduit des tensions croissantes au sein de la zone. C'est réellement un problème pour le marché", commente Christian Stocker, d'Unicredit.

Le spread entre l'emprunt néerlandais à 10 ans et le Bund de référence se creuse de 12 pdb à 73 pdb et celui de l'emprunt espagnol de 7 pdb à 432 pdb, le taux espagnol à 10 ans dépassant à nouveau les 6%.

Sur le marché des CDS (Credit Default Swaps) souverains, sorte de contrat d'assurance contre un défaut de paiement, le spread du titre à 5 ans des Pays-Bas a touché en matinée son plus haut niveau depuis janvier à 128 pdb (+9 pdb) et celui de la France est repassé au-dessus des 200 pdb en matinée, à 207 pdb (+8 pdb), selon les données de Markit.

Du côté des actions, le CAC 40 perd 1,69% à 3.134,69 points, l'indice phare de la Bourse de Paris affichant désormais une perte de 0,79% depuis le début de l'année.

Le recul du CAC 40 est toutefois moins marqué que celui de la Bourse de Francfort, dont l'indice DAX, plus industriel, abandonne 2,49%, et que celui de l'indice paneuropéen EuroStoxx 50 (-1,97%).

La place d'Amsterdam perd 2,44% et celle de Madrid 2,77%.

"Il n'y a pas vraiment de sanction en particulier de la France, les baisses sont assez uniformes. S'il devait vraiment y avoir une sanction des Bourses, cela se produirait davantage après les résultats du second tour. Pour l'instant, le marché est plus attentiste", commente Yohan Salleron gérant chez Mandarine Gestion.

La réaction des marchés aux inquiétudes sur l'avenir politique de la zone euro est d'autant plus violente qu'elle intervient dans un contecte de récession économique.

L'indice d'activité manufacturière dans la zone euro, diffusé dans la matinée, est tombé à 46,0, au plus bas depuis juin 2009, contre 47,7 en mars et 48,0 attendu. Surtout, le secteur manufacturier allemand s'est contracté à son rythme le plus marqué depuis près de trois ans, jetant le doute sur la capacité de la première économie de la zone euro à porter la croissance de la région.

En Chine, l'indice d'activité reflète encore une contraction du secteur manufacturier (49,1 contre 48,3 en mars). Mais la situation semble s'améliorer avec un rebond du sous-indice des prises de commandes à 48,9 contre 47,4 en mars.

Avec Marc Joanny et Christian Plumb, édité par Dominique Rodriguez

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  • LeRaleur le lundi 23 avr 2012 à 16:41

    Comme avec le fameux vote, les Pays-Bas comme MLP.