Elections aux Philippines, le "Donald Trump local" favori

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    par Manuel Mogato et Karen Lema 
    MANILLE, 9 mai (Reuters) - Les bureaux de vote ont ouvert 
lundi aux Philippines où les 54 millions d'électeurs inscrits 
sont appelés à renouveler leur président, leur vice-président, 
300 parlementaires et quelque 1.800 élus locaux. 
    La campagne a été vive entre les prétendants à la 
présidence, traduisant le rejet des élites au pouvoir jugées 
incapables de combattre la pauvreté et de réduire les inégalités 
en dépit de la robuste croissance économique (le PIB philippin a 
crû en moyenne de 6% par an depuis six ans). 
    Cinq candidats briguent la succession de Benigno Aquino, qui 
ne pouvait solliciter un nouveau mandat présidentiel. Rodrigo 
Duterte, un ancien maire surnommé le "Donald Trump de l'Est" ou 
"Inspecteur Harry" pour ses méthodes musclées contre le crime, 
est crédité de 33% des intentions de vote, avec une solide 
avance de onze points sur sa principale rivale, la sénatrice 
Grace Poe, un temps considérée comme la mieux placée. 
    Manuel Roxas, ancien ministre de l'Intérieur soutenu par le 
président sortant, arrive en troisième position avec 20% des 
intentions de vote; l'ancien vice-président Jejomar Binay est 
donné à 13%. 
    Les bureaux de vote, qui ont ouvert à 06h00 (dimanche à 
22h00 GMT), fermeront à 17h00 (09h00 GMT) et les premiers 
résultats pourraient être connus dans les 24 heures. Mais il 
faudra sans doute jusqu'à trois jours pour connaître l'issue du 
vote. 
    Dans les derniers jours de la campagne, un front 
anti-Duterte a pris forme. Les promesses de répression de la 
criminalité de l'ancien maire de Davao, la principale ville de 
l'île de Mindanao, dans le sud de l'archipel, ont alerté ses 
rivaux qui redoutent des dérapages s'il est élu. Benigno Aquino 
a lui-même appelé les autres candidats à s'unir contre lui. 
    Duterte a vu dans cette manoeuvre la preuve qu'Aquino et son 
successeur désigné, Manuel Roxas, sont dans une situation 
désespérée.  
    "Le symbole de campagne de M. Duterte est un poing dirigé 
vers les hors-la-loi, mais qui vise aussi semble-t-il 
l'oligarchie", analysait l'écrivain Miguel Syjuco dans une 
tribune publiée la semaine passée. "Le message est entré en 
résonance avec les classes pauvres qui se sentent abandonnées 
par le gouvernement, mais ses partisans se retrouvent dans 
toutes les catégories sociales", ajoute-t-il. 
     
    VOTE PROTESTATAIRE 
    Tout au long de sa campagne, Duterte, qui effectue ses 
premiers pas sur la scène politique nationale, n'a pas mâché ses 
mots contre les élites politiques. Ses attaques et le ton 
agressif de ses discours lui ont valu d'être comparé au 
milliardaire new-yorkais Donald Trump, qui a dominé contre toute 
attente les primaires du Parti républicain aux Etats-Unis. 
    "Le vote Duterte est un vote protestataire, pas vraiment un 
vote pour Duterte", estime Ramon Casiple, de l'Institut des 
réformes politiques et électorales. "Les gens montrent qu'ils 
sont vraiment frustrés et en colère contre l'actuelle 
administration." 
    A 71 ans, deux autres surnoms lui sont affublés: "Le 
Punisseur" et "Inspecteur Harry", le personnage de policier aux 
manières fortes incarné à l'écran par Clint Eastwood. 
    Elu à sept reprises maire de Davao depuis 1988, Duterte est 
parti en guerre contre la criminalité et contre la drogue. Il a 
promis d'éradiquer la criminalité en six mois.  
    Son conseiller aux questions économiques, Ernesto Pernia, un 
ancien de la Banque asiatique de développement (BAD), explique 
que le rétablissement de l'ordre est un point de départ 
nécessaire pour attirer les investissements et pousser la 
croissance économique. 
    Quelque 1.424 homicides suspects ont été recensés depuis 
1998 dans sa ville de Davao par des organisations de défense des 
droits de l'homme qui soupçonnent des "commandos de la mort" 
d'opérer en toute impunité dans la ville sous la tutelle de 
Duterte. 
    La sénatrice Grace Poe a mené pour sa part une campagne 
centrée sur la lutte contre les inégalités. Abandonnée bébé dans 
une église, adoptée par un couple de stars du cinéma, cette 
ancienne enseignante qui se présente en indépendante veut 
notamment consacrer chaque année à l'agriculture 6,5 milliards 
de dollars. 
    Elle estime que Duterte est un "bourreau". "Allons-nous 
choisir un homme corrompu et insensible qui tue ?", a-t-elle 
lancé samedi à ses partisans. "Je ne suis pas parfaite, mais il 
nous faut des dirigeants qui ont de la compassion." 
 
 (avec John Chalmers et Martin Petty; Henri-Pierre André pour le 
service français) 
 
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