Election présidentielle dans une Syrie en guerre

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ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE EN SYRIE
ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE EN SYRIE

par Marwan Makdesi

DAMAS (Reuters) - Les Syriens étaient appelés à se rendre aux urnes mardi pour une élection présidentielle qui promet une écrasante victoire de Bachar al Assad dans un pays en pleine guerre civile.

En Syrie comme à l'étranger, les opposants du chef de l'Etat parlent d'une mascarade et jugent qu'aucun scrutin digne de ce nom ne peut se tenir dans un pays dont des régions entières échappent aux autorités et qui compte des millions de déplacés.

La télévision publique a diffusé des images de files d'attente devant les bureaux de vote dans les zones contrôlées par le régime. On y voit des groupes agitant le drapeau syrien et brandissant des portraits de Bachar al Assad.

En fin d'après-midi, elle a annoncé que les opérations de vote avaient été prolongées de cinq heures du fait, explique-t-elle, d'une forte participation. Les bureaux fermeront à minuit (21h00 GMT).

Visiblement détendu, en costume bleu marine et cravate bleu clair, le président sortant a voté dans un bureau du centre de la capitale, en compagnie de son épouse Asma.

Les insurgés islamistes, qui cherchent à renverser le président de 48 ans qui brigue un troisième septennat, refusent un scrutin qu'ils considèrent comme "illégitime". Le Front islamique, une alliance de groupe rebelles, s'est engagé toutefois à ne pas viser les bureaux de vole "parce que nous avons décidé de ne pas impliquer les civils dans ce conflit". Le Front a appelé les autres groupes rebelles à faire de même.

Des obus de mortier, tirés a priori des banlieues rebelles, se sont néanmoins abattus mardi sur les quartiers résidentiels de Damas, sans apparemment faire de victime, ont raconté des habitants de la capitale.

Bachar al Assad affronte deux concurrents - c'est une première - Hassan al Nouri, ancien membre du gouvernement, et le parlementaire Maher Hajjar. Mais les deux sont peu connus.

"ENTRE BACHAR ET BACHAR"

Depuis un demi-siècle, un seul candidat était autorisé à se présenter et les sept derniers scrutins présidentiels se sont résumés à des plébiscites de Bachar al Assad ou de son père Hafez, qui n'a jamais obtenu moins de 99% des voix. Son fils a recueilli 97,6% il y a sept ans.

"C'est une farce tragique", a déclaré le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, sur France 2. "Les Syriens, et encore les Syriens uniquement dans les zones gouvernées par le régime, ont le choix entre Bachar et Bachar. (...) Ce monsieur qui est qualifié de 'criminel contre l'humanité' par le secrétaire général des Nations unies, ne peut être l'avenir de son peuple".

Mais beaucoup de Syriens sont en quête de stabilité, après les 160.000 morts tombés dans les affrontements entre partisans et adversaire d'Assad. Pour les minorités alaouite - la branche de l'islam chiite à laquelle appartient le président -, chrétienne et druze, le chef de l'Etat représente un rempart contre le radicalisme sunnite d'une partie des insurgés et la promesse, même lointaine, d'une certaine stabilité.

"Nous souhaitons la sécurité et la stabilité", dit ainsi Hussam al Din al Aous, un professeur d'arabe rencontré dans un bureau de vote à Damas. A la question de savoir qui allait gagner, il a répondu : "Dieu veuille que ce soit le président Bachar al Assad."

Au poste frontière de Masnaa, entre le Liban et la Syrie, plusieurs milliers de personnes faisaient la queue sous le soleil à un bureau de vote organisé pour les Syriens en territoire libanais. Tous ceux interrogés par Reuters ont dit vouloir voter Assad.

Certains habitants de Damas ont dit qu'il y avait peu d'électeurs dans les bureaux de vote du centre de la capitale, mais un militant de l'opposition qui a contacté des gens à Damas et dans la province druze de Soueïda a parlé d'un nombre "effrayant" de votants.

"Beaucoup de gens sont allés voter et je ne parle pas des chabiha", a-t-il dit en référence aux milices pro-Assad.

DRAPE DU DRAPEAU SYRIEN

Le ministre syrien des Affaires étrangères, Walid al Moualem, drapé du drapeau syrien pour voter, a rejeté les critiques étrangères. "Personne ne pourra imposer sa volonté au peuple syrien", a-t-il dit. "Aujourd'hui, s'ouvre le chemin d'une solution politique."

Les autorités promettent une participation élevée, qui sera, disent-elles, aussi significative que le résultat lui-même. Pour Omran Zoabi, ministre de l'Information, il s'agit d'un "message politique".

"Les groupes terroristes armés multiplient les menaces parce qu'ils craignent une (forte) participation. Si ces groupes terroristes avaient une quelconque popularité, ce serait suffisant pour faire échouer l'élection. Mais ils réalisent qu'ils n'en ont pas, aussi veulent-ils peser sur la participation pour pouvoir dire qu'elle est faible", a-t-il déclaré à Reuters.

Plusieurs dizaines de milliers d'expatriés ont déjà voté la semaine dernière, mais il ne s'agit que d'une petite proportion des trois millions de réfugiés et de Syriens de l'étranger.

Les forces gouvernementales, appuyées par l'Iran et le Hezbollah libanais, tiennent fermement le centre du pays, mais le Nord et l'Est sont aux mains des insurgés et des djihadistes.

Les négociations de paix entamées à Genève ont échoué en février. Depuis, l'armée et le Hezbollah ont repris la zone proche de la frontière libanaise, ce qui a privé les rebelles de leurs voies logistiques, et les derniers insurgés de la ville martyre de Homs ont quitté les lieux.

L'attention se porte désormais sur Alep, première ville de Syrie, où les combats s'intensifient. Ce week-end, une cinquantaine de personnes y ont été tuées par des tirs insurgés.

(avec Alex Dziadosz, Laila Bassam et Mariam Karouny à Beyrouth, John Irish à Paris, Patrick Vignal, Jean-Philippe Lefief et Danielle Rouquié pour le service français)

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