Election présidentielle au Nigeria

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* Scrutin le plus serré depuis la fin du régime militaire en 1999 * Le président, Goodluck Jonathan, un chrétien, se représente * Il est opposé au musulman Muhammadu Buhari, un ancien militaire par Tim Cocks ABUJA, 28 mars (Reuters) - Le président nigérian Goodluck Jonathan, un chrétien du Sud, remet son mandat en jeu samedi face à son principal opposant, Muhammadu Buhari, un musulman du Nord et ancien militaire qui a déjà dirigé le pays, dans un pays en proie à la corruption et à l'insécurité. Douze autres candidats prétendent également devenir chef de l'Etat de la première puissance économique et pétrolière d'Afrique en proie depuis six ans à la violence des islamistes de Boko Haram qui a fait des milliers de morts. Les quelque 120.000 bureaux de vote ouvriront à 08h00 (07h00 GMT) mais le vote proprement dit commencera à 13h30 et se poursuivra jusqu'à ce que la dernière personne ait voté, donc sans doute jusqu'à dimanche. Dans ce pays de 170 millions d'habitants, le plus peuplé d'Afrique, 56,7 millions de personnes sont autorisées à voter. Le scrutin s'annonce très serré - il s'agit de la première véritable compétition électorale depuis la fin du régime militaire en 1999. Et compte tenu des invectives qui ont plu entre les deux camps et des échauffourées qui ont précédé le scrutin, des violences sont à craindre. La défaite de Muhammadu Buhari face à Goodluck Jonathan en 2011 avait déclenché des violences dans le nord musulman qui avaient fait 800 morts et 65.000 sans-abri. Craignant un bain de sang plus dramatique encore cette fois en cas de scrutin contesté, les dirigeants des grandes puissances, le président américain Barack Obama, le Premier administre britannique David Cameron et l'Union européenne, ont fait pression sur les deux camps pour qu'ils calment leurs partisans. RETRAIT DE LIQUIDITÉS ET RÉSERVES DE NOURRITURE Dans un discours télévisé vendredi, Goodluck Jonathan a lui-même mis en garde contre la tentation de la violence, ce qui n'a semble-t-il pas rassuré les Nigérians qui ont fait la queue en masse pour retirer de l'argent, acheter du carburant et faire des réserves de nourriture dans les supermarchés. "J'ai fait le plein juste au cas où j'aurais besoin de fuir. Mais j'espère que je n'aurai pas à le faire", commente James Ike, banquier à Kaduna, capitale de l'Etat du même nom dans le nord-ouest du pays et ville la plus touchée par les violences la dernière fois. Dans ce climat délétère, le parti de Muhammadu Buhari, l'APC (All Progressives Congress) a mis en garde contre "les tentatives diaboliques de ceux (...) résolus à truquer les élections et à plonger le pays dans la crise." Le principal argument promotionnel de Muhammadu Buhari, qui est âgé de 72 ans, est qu'il n'a pas volé lors de sa présidence de deux ans après le coup d'Etat de décembre 1983, alors que le mandat de Goodluck Jonathan, 57 ans, a été émaillé d'affaires de corruption en matière pétrolière. La réputation de Muhammadu Buhari, comme militaire à poigne porte chez les électeurs qui accusent le gouvernement sortant de n'avoir pas su les protéger contre la violence de Boko Haram. Cette incapacité a été patente au moment de l'enlèvement de quelque 200 lycéennes par la secte islamiste en avril dernier. Le sentiment ethnico-religieux risque toutefois de prévaloir encore lors de ce scrutin. Muhammadu Buhari est très populaire dans le Nord et Goodluck Jonathan dans le sud et dans l'est. Ce qui fait que la région du sud-ouest, centrée autour de la capitale économique, Lagos, pourrait donc faire la différence. Peuplée essentiellement de Yorubas mais où cohabitent chrétiens et musulmans, elle a voté Goodluck Jonathan la dernière fois mais depuis, les élites yorubas se sont ralliées derrière la candidature de Muhammadu Buhari. (Avec Bate Felix à Abuja, Julia Payne à Port Harcourt et Alexis Akwagiram à Kaduna; Danielle Rouquié pour le service français)

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