Egypte-Place Tahrir, un "printemps arabe" bien lointain

le
0
    par Ahmed Aboulenein 
    LE CAIRE, 25 janvier (Reuters) - Une centaine de personnes 
se sont rassemblées lundi sur la place Tahrir, au Caire, non 
pour célébrer les manifestants dont la révolte a chassé du 
pouvoir Hosni Moubarak il y a cinq ans mais pour rendre hommage 
aux forces de sécurité qui avaient alors tenté d'étouffer le 
mouvement. 
    Ces dernières semaines, pour prévenir des manifestations 
antigouvernementales, des militants d'opposition, notamment des 
étudiants, ont été interpellés, des cafés et d'autres lieux de 
réunion fermés. 
    "Nous sommes ici pour célébrer nos frères, nos pères et 
leurs collègues de la police égyptienne (...) qui, pour nous, 
ont sacrifié leur vie et versé leur sang", a déclaré l'un des 
manifestants de la place Tahrir, Refaat Sabry, 52 ans, qui 
portait au revers de sa veste une épinglette représentant 
l'actuel "raïs" égyptien, Abdel Fattah al Sissi. 
    "Continuez, M. le président", proclamait une pancarte 
brandie par un manifestant sur la place, épicentre du 
soulèvement de 2011, alors que d'autres offraient des fleurs aux 
policiers. Des officiers des services de sécurité distribuaient 
aux passants des tracts: "la police au service du peuple". 
    Les rues conduisant au ministère de l'Intérieur étaient 
bloquées par des véhicules de police et des barrages. 
    Alors que des milliers d'opposants sont derrière les 
barreaux, la probabilité de vastes manifestations contre le 
pouvoir paraissait bien ténue en ce jour anniversaire du début 
de la "révolution du Nil". 
     
    RÉPRESSION 
    Observateurs et militants jugent cependant que la répression 
actuelle révèle le climat d'insécurité qui s'est répandu en 
Egypte depuis que le maréchal Sissi a renversé les Frères 
musulmans il y a deux ans et demi. 
    Si le chef de l'Etat reste apprécié par une grande partie de 
la population, il ne jouit plus de la même popularité qu'en 
juillet 2013, lorsque son portrait s'affichait partout. 
    Ses promesses de redressement économique peinent toujours à 
se matérialiser et la menace de violences islamistes reste bien 
présente. 
    Après le renversement par l'armée du président islamiste 
Mohamed Morsi, à la suite de manifestations monstres contre les 
Frères musulmans parvenus au pouvoir par les urnes, les forces 
de sécurité ont tué des centaines de partisans de la confrérie 
islamiste et en ont emprisonné des milliers d'autres. Les Frères 
ont été déclarés organisation terroriste. 
    Ces dernières semaines, les arrestations se sont multipliées 
dans les rangs des militants démocratiques, et instruction a été 
passée aux imams de transmettre aux fidèles le message selon 
lequel manifester contre le président Sissi est un péché. 
    La police a perquisitionné ces derniers jours dans de 
nombreux appartements, en particulier dans le centre du Caire 
près de la place Tahrir. Elle affirme avoir découvert des 
dizaines d'étrangers dont le visa avait expiré, ce qui rappelle 
les discours du gouvernement Moubarak en 2011, quand des 
étrangers étaient accusés d'inciter à la contestation. 
 
 (Avec Mostafa Hashem; Bertrand Boucey et Guy Kerivel pour le 
service français) 
 
Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant