Egypte-Place Tahrir, un "printemps arabe" bien lointain

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 (Actualisé communiqué du Mouvement du 6-Avril, arrestations § 
1-7-8-15-16-17) 
    par Ahmed Aboulenein 
    LE CAIRE, 25 janvier (Reuters) - Quelque 300 personnes se 
sont rassemblées lundi sur la place Tahrir, au Caire, non pour 
célébrer les manifestants dont la révolte a chassé du pouvoir 
Hosni Moubarak il y a cinq ans mais pour rendre hommage aux 
forces de sécurité qui avaient alors tenté d'étouffer le 
mouvement. 
    Ces dernières semaines, pour prévenir des manifestations 
antigouvernementales, des militants d'opposition, notamment des 
étudiants, ont été interpellés, des cafés et d'autres lieux de 
réunion fermés. 
    "Nous sommes ici pour célébrer nos frères, nos pères et 
leurs collègues de la police égyptienne (...) qui, pour nous, 
ont sacrifié leur vie et versé leur sang", a déclaré l'un des 
manifestants de la place Tahrir, Refaat Sabry, 52 ans, qui 
portait au revers de sa veste une épinglette représentant 
l'actuel "raïs" égyptien, Abdel Fattah al Sissi. 
    "Continuez, M. le président", proclamait une pancarte 
brandie par un manifestant sur la place, épicentre du 
soulèvement de 2011, alors que d'autres offraient des fleurs aux 
policiers. Des officiers des services de sécurité distribuaient 
aux passants des tracts: "la police au service du peuple". 
    Les rues conduisant au ministère de l'Intérieur étaient 
bloquées par des véhicules de police et des barrages. 
    Alors que des milliers d'opposants sont derrière les 
barreaux, la probabilité de vastes manifestations contre le 
pouvoir paraissait bien ténue en ce jour anniversaire du début 
de la "révolution du Nil". 
    Dans un communiqué, le Mouvement du 6-Avril, qui fut à 
l'avant-scène des dix-huit jours de mobilisation sur la place 
Tahrir qui ont emporté Hosni Moubarak, écrit que "cinq ans après 
le début de la grande révolution égyptienne, la 
contre-révolution a pu reprendre le contrôle". 
    Mais le mouvement ajoute que "la révolution n'est pas 
terminée" et qu'elle se poursuivra et que "ses objectifs restent 
dans les coeurs des Egyptiens qui l'ont soutenue pour le bien 
d'une nation libre, forte et développée". 
     
    RÉPRESSION 
    Observateurs et militants jugent que la répression actuelle 
révèle le climat d'insécurité qui s'est répandu en Egypte depuis 
que le maréchal Sissi a renversé les Frères musulmans il y a 
deux ans et demi. 
    Si le chef de l'Etat reste apprécié par une grande partie de 
la population, il ne jouit plus de la même popularité qu'en 
juillet 2013, lorsque son portrait s'affichait partout. 
    Ses promesses de redressement économique peinent toujours à 
se matérialiser et la menace de violences islamistes reste bien 
présente. 
    Après le renversement par l'armée du président islamiste 
Mohamed Morsi, à la suite de manifestations monstres contre les 
Frères musulmans parvenus au pouvoir par les urnes, les forces 
de sécurité ont tué des centaines de partisans de la confrérie 
islamiste et en ont emprisonné des milliers d'autres. Les Frères 
ont été déclarés organisation terroriste. 
    Ces dernières semaines, les arrestations se sont multipliées 
dans les rangs des militants démocratiques, et instruction a été 
passée aux imams de transmettre aux fidèles le message selon 
lequel manifester contre le président Sissi est un péché. 
    La police a perquisitionné ces derniers jours dans de 
nombreux appartements, en particulier dans le centre du Caire 
près de la place Tahrir. Elle affirme avoir découvert des 
dizaines d'étrangers dont le visa avait expiré, ce qui rappelle 
les discours du gouvernement Moubarak en 2011, quand des 
étrangers étaient accusés d'inciter à la contestation. 
    A Alexandrie, la deuxième ville du pays, un engin explosif a 
été désamorcé par la police et plusieurs rassemblements d'une 
ampleur limitée ont été dispersés, rapporte l'agence officielle 
de presse MENA, qui fait état d'une quinzaine d'arrestations. 
    Dans la Ville du 6-Octobre, ville nouvelle créée à l'ouest 
du Caire, deux militants ont été tués lors d'une intervention de 
la police, a-t-on appris de source proche des services de 
sécurité. Ils étaient soupçonnés du meurtre d'un policier il y a 
plusieurs semaines. Six personnes ont également été arrêtées 
après avoir participé à une manifestation organisée par les 
Frères musulmans. 
    Dans le quartier cairote de Matariya, fief de la confrérie 
islamiste, une autre manifestation a été dispersée par la 
police. 
     
    VOIR AUSSI 
    INTERVIEW d'Esraa Abdel-Fattah, co-fondatrice du Mouvement 
du 6-Avil:  ID:nL8N1593MA  
 
 (Avec Mostafa Hashem; Bertrand Boucey, Guy Kerivel et 
Henri-Pierre André pour le service français) 
 
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