Egypte-Peine de mort demandée contre l'ex-président Morsi

le , mis à jour à 16:30
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* Les requêtes vont être soumises au grand mufti, dont l'avis est consultatif * La justice rendra sa décision finale le 2 juin * Erdogan critique la décision de justice, accuse l'Occident d'hypocrisie * Nouvelles violences au Sinaï, où trois juges ont été abattus (actualisé tout du long, nouvelles réactions et attaques dans le Sinaï et au Caire) par Stephen Kalin LE CAIRE, 16 mai (Reuters) - Un tribunal égyptien a réclamé samedi la peine de mort à l'encontre de l'ancien président Mohamed Morsi et de 106 autres partisans des Frères musulmans, accusés d'être impliqués dans une évasion collective d'une prison du Caire durant le soulèvement de 2011. Cette requête a suscité des condamnations émanant aussi bien des Frères musulmans que du Hamas, d'Amnesty international ou du chef de l'Etat turc, Recep Tayyip Erdogan. La justice égyptienne, qui rendra sa décision finale le 2 juin, a également réclamé la peine de mort dans une autre affaire à l'encontre de Khaïrat El-Chater, guide de la confrérie, et de quinze autres personnes accusées de conspiration contre l'Egypte avec le soutien de groupes étrangers. Ces demandes, comme toutes les condamnations à la peine capitale, vont être transmises pour avis consultatif au grand mufti d'Egypte, Chaouki Allam, comme le veut la loi avant le verdict définitif. L'avis du grand mufti n'a pas valeur contraignante. Mohamed Morsi peut faire appel du verdict, bien qu'il ait d'ores et déjà jugé le tribunal illégitime, estimant que toutes les procédures judiciaires engagées contre lui participaient de ce qu'il appelle un coup d'Etat orchestré contre lui en 2013 par le chef des armées d'alors, Abdel Fattah al Sissi, aujourd'hui président. Nombre des coaccusés sont en fuite. Mohamed Morsi, qui est en détention depuis son renversement, a affiché un air de défi samedi dans la cage où il avait été introduit, dans la salle d'audience. Souriant, il a brandi les poings en l'air alors que le juge Chaaban al Chami lisait les décisions. À Istanbul, un ancien ministre du gouvernement Morsi, Amr Darrag, a dénoncé la décision de la cour et a demandé à la communauté internationale de prendre des mesures pour que l'ancien président échappe à la peine de mort. CONDAMNATIONS "Il s'agit d'un verdict politique, c'est un assassinat que l'on s'apprête à commettre et il faut que la communauté internationale l'empêche", a déclaré Amr Darrag, fondateur du Parti de la justice et de la liberté, branche politique des Frères musulmans. Amnesty International a estimé que la décision rendue à l'encontre de Mohamed Morsi relevait d'"une parodie de justice fondée sur des procédures nulles et non avenues", et a demandé à ce que l'ex-président bénéficie d'un nouveau procès, devant une instance civile. Dans la bande de Gaza, un porte-parole du Hamas, Faouzi Barhoum, a condamné la décision du tribunal, parlant là d'"un crime contre le peuple palestinien". Le Hamas est une émanation du mouvement international des Frères musulmans. Quant au président Erdogan, il a critiqué la décision de justice et accusé l'Occident d'hypocrisie. "Tout en abolissant chez eux la peine de mort, les Occidentaux se contentent de prendre note, sans rien faire, de l'énoncé des peines capitales en Egypte", a-t-il dit, cité samedi par l'agence de presse officielle Anatolie. Mohamed Morsi a déjà été condamné le mois dernier à vingt ans de prison incompressibles pour la mort de manifestants en décembre 2012. La mouvance des Frères musulmans dit prôner une résistance pacifique mais a été bannie et qualifiée en décembre 2013 d'organisation terroriste par le nouveau pouvoir. La répression s'est étendue aux autres voix discordantes, dont plusieurs figures de proue de la "révolution du Nil" qui a conduit à la chute du président Hosni Moubarak en février 2011. Samedi, quatre personnes, dont trois magistrats, ont été tuées dans des tirs contre leur véhicule à Al Arich dans le nord de la péninsule du Sinaï, a-t-on appris auprès des services de sécurité. Le ministère de l'Intérieur a indiqué pour sa part qu'un policier avait été abattu dans la banlieue du Caire par des individus circulant à moto. (avec Omar Fahmy au Caire et Tulay Karadeniz à Ankara; Nicolas Delame et Eric Faye pour le service français)

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