Egypte-Moubarak plus poursuivi pour les morts de 2011

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* L'ex-ministre de l'Intérieur, six conseillers, aussi blanchis * Un verdict politique pour les familles des manifestants morts * Moubarak blanchi dans deux autres affaires de corruption * Moubarak pas libéré : il purge une autre peine de trois ans (Actualisé avec citation des familles des victimes, précisions, contexte) par Ali Abdelaty et Maggie Fick LE CAIRE, 29 novembre (Reuters) - La justice égyptienne a abandonné samedi les charges de complicité de meurtre qui visaient l'ancien président Hosni Moubarak, accusé d'avoir donné ordre de tirer sur des manifestants lors de la révolution de 2011. L'ex-dirigeant égyptien, qui est âgé de 86 ans, avait été condamné à la réclusion à perpétuité en 2012 pour complicité du meurtre de 239 manifestants, mais un nouveau procès avait été ordonné en appel. L'ancien ministre de l'Intérieur Habib el Adli et six dirigeants des services de sécurité ont également été acquittés. Le prononcé des différents verdicts a été accueilli par des cris de joie des personnes présentes dans le tribunal abrité dans un bâtiment de l'école militaire. Devant le tribunal, les partisans de l'ancien raïs, brandissant sa photo, étaient nettement plus nombreux que les familles des manifestants morts dans la révolution de la place Tahrir. Cette nouvelle décision de justice, qui est susceptible d'appel, ne signifie pas pour autant que l'ancien homme fort de l'Egypte - il a été au pouvoir pendant 30 ans après l'assassinat l'Anouar al Sadate en 1981 - va recouvrer la liberté. Reconnu coupable en mai de détournement de fonds publics, il purge actuellement une peine de trois années d'emprisonnement dans un hôpital militaire du Caire. De nombreux Egyptiens, qui ont vécu sous l'ère Moubarak, considérée comme une période d'autocratie et de capitalisme népotique, avaient considéré comme une victoire de voir leur ancien président derrière les barreaux. Son renversement a permis la tenue de la première élection libre de l'histoire de l'Egypte, mais le vainqueur, l'islamiste Mohamed Morsi, a été évincé en juillet 2013 par l'ancien chef de l'armée, Abdel Fattah al Sissi, élu président cette année. La libération, depuis, de certaines figures de l'époque Moubarak et une série de lois réduisant les libertés publiques, ont fait craindre un regain d'influence de l'ancienne direction. "VERDICT POLITIQUE" "C'est un verdict politique. Cela fait quatre ans que la justice temporise. Comme il n'y avait plus d'espoir, ils ont pu le déclarer non coupable", commente le père d'Ahmed Khalifa, 19 ans, tué en 2011. "Ce verdict nous atteint comme des balles. J'ai le sentiment que mon fils Ahmed est mort aujourd'hui." Des centaines de personnes avaient trouvé la mort lors des affrontements avec les forces de sécurité dans les semaines avant que Hosni Moubarak ne soit contraint de quitter le pouvoir en février 2011. Pour Ousmane al Hefnaoui, avocat représentant certaines des familles des manifestants qui sont morts, le verdict laisse une question sans réponse : si Hosni Moubarak, son ministre de l'intérieur et leurs conseillers à la sécurité ne sont pas responsables de la mort des 239 manifestants, alors qui l'est ? Le tribunal a également acquitté Moubarak, ainsi qu'un ancien ministre du Pétrole, des charges de corruption qui les concernaient pour avoir autorisé des exportations de gaz vers Israël à un prix inférieur à celui du marché. Dans une autre affaire de corruption, les charges qui pesaient contre Hosni Moubarak et ses fils Alaa et Gamal ont également été abandonnées, le juge Mahmoud Kamal el Rachidi estimant que les infractions présumées étaient désormais prescrites. La télévision publique a montré par la suite des images de Gamal et Alaa embrassant leur père sur le front après la lecture du verdict. Gamal a aussi serré dans ses bras l'ancien ministre de l'Intérieur Habib al Adli, qui a semblé en larmes. Il restera en prison, ainsi que les fils de Moubarak, parce qu'ils purgent d'autres peines. En août dernier, Hosni Moubarak avait protesté de son innocence lors d'un témoignage retransmis à la télévision. Il avait dit qu'il mourrait avec la conscience tranquille et que l'histoire lui donnerait raison. (Ali Abdelatty, Maggie Flick et Lin Nouheihed; Pierre Sérisier et Danielle Rouquié pour le service français)

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