EDF-L'Etat français au chevet de son géant malade

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    * Une décision formelle attendue début mai sur Hinkley Point 
    * Les syndicats inquiets du projet britannique 
    * Le gouvernement et le PDG d'EDF poussent à la roue 
 
 (Avec informations complémentaires, contexte, déclarations) 
    par Emmanuel Jarry 
    PARIS, 20 avril (Reuters) - La vigilance de l'Etat français 
envers EDF  EDF.PA  est "totale", a promis mercredi le 
gouvernement, après une réunion à l'Elysée sur la situation 
financière du géant de l'électricité. 
    L'attention se focalise sur le projet de construction de 
deux réacteurs nucléaires EPR au Royaume-Uni, à Hinkley Point, 
investissement de 18 milliards de livres (23 milliards d'euros) 
partagé à deux tiers/un tiers entre EDF et le chinois CGN, déja 
alliés pour la construction de deux réacteurs en Chine. 
    Les principaux syndicats d'EDF ont récemment écrit à 
François Hollande pour l'avertir que "l'équation financière et 
l'organisation du travail plus que dégradées" du groupe ne 
permettaient pas d'envisager "sereinement" ce chantier. 
    Le ministre de l'Economie, Emmanuel Macron, et le PDG d'EDF, 
Jean-Bernard Lévy, maintiennent quant à eux que sa réalisation 
est vitale pour l'entreprise, détenue à 84,94% par l'Etat, et 
pour la filière nucléaire française dans son ensemble. 
    La décision doit être formellement prise lors d'un prochain 
conseil d'administration, début mai. 
    Dans un courrier adressé le 12 avril au président de la 
Commission de l'Energie de la Chambre des Communes, le ministre 
britannique de l'Energie, Amber Rudd, dit avoir du gouvernement 
français l'assurance que tout est fait à Paris pour "parvenir à 
une décision finale d'investissement aussi vite que possible". 
    Les autorités britanniques ont pris des dispositions pour 
que tout "retard potentiel ou annulation" n'affecte pas la 
sécurité d'approvisionnement du Royaume uni en électricité, 
ajoute-t-il cependant dans ce courrier, dont Reuters a eu copie. 
    Il rappelle au passage que les risques, en matière de 
délais, seront entièrement supportés par le constructeur. 
     
    "PERTE DE CONFIANCE"   
    Le porte-parole du gouvernement français et l'entourage du 
chef de l'Etat ont refusé de faire le moindre commentaire, tant 
sur Hinkley Point que sur la réunion de mercredi. 
    "La vigilance de l'actionnaire qu'est l'Etat dans cette 
entreprise est totale sur tous les plans : à la fois sur 
l'avenir, sur sa structuration, sur le dialogue social dans 
l'entreprise, sur les grands projets d'investissements, sur 
l'équilibre qu'on va trouver", s'est borné à déclarer Stéphane 
Le Foll lors du compte rendu du conseil des ministres. 
    La réunion de mercredi portait sur le plan de financement 
d'EDF, qui sera vendredi à l'ordre du jour d'une réunion de son 
conseil d'administration. L'Etat a déjà fait savoir qu'il 
participerait à une augmentation de capital si cela se révélait 
nécessaire, notamment pour financer le projet Hinkley Point. 
    Jean-Bernard Levy a convoqué vendredi matin un "séminaire 
intersyndical" sur ce projet, avant le conseil d'administration 
de l'après-midi. Mais seule la CFDT a accepté d'y participer. 
    CGT, Force ouvrière (FO) et CFE CGC considèrent que les 
conditions d'un débat contradictoire ne sont pas réunies. 
    "Il y a une perte de confiance dans le management. Le projet 
Hinkley Point isole beaucoup la haute direction. Ça a beaucoup 
cristallisé les inquiétudes", diagnostique un dirigeant syndical 
qui a demandé à conserver l'anonymat.  
    "On a vraiment l'impression que ce projet va être imposé par 
le politique à une entreprise qui n'aurait pas forcément besoin 
de ça dans sa stratégie si elle raisonnait en entreprise." 
     
    TENSION 
    Les syndicats estiment que les moyens d'EDF doivent être en 
priorité affectés au "grand carénage" des centrales nucléaires 
françaises et aux investissements dans les réseaux. 
    Ils déplorent que l'Etat fasse prendre des risques 
inconsidérés à EDF en s'obstinant à vouloir engager rapidement 
le groupe dans la construction des deux réacteurs britanniques. 
    Ils demandent au moins un report de plusieurs années pour 
permettre à l'entreprise de souffler financièrement et de finir 
d'essuyer les plâtres de l'EPR de Flamanville, qui accumule les 
retards comme son frère aîné finlandais. 
    Les inquiétudes suscitées par Hinkley Point s'ajoutent aux 
bruits de suppressions d'emploi et au traumatisme provoqué dans 
le personnel par la récente sortie d'EDF du CAC 40. 
    "Il y a énormément d'inquiétude et de tension", souligne un 
dirigeant syndical. "Je ne me souviens pas d'avoir vécu une 
période aussi lourde. La réaction peut être assez forte." 
    "Si le gouvernement soutient le PDG d'EDF et un passage en 
force du projet Hinkley Point, il y aura un conflit et ce 
conflit risque d'être dur", renchérit un dirigeant de FO. 
    L'association des actionnaires salariés d'EDF EAS a pour sa 
part envoyé un mémoire à l'Autorité des marchés financiers (AMF) 
demandant d'envisager le retrait de l'entreprise de la bourse.   
    Elle estime que l'Etat actionnaire utilise abusivement EDF 
pour mettre en oeuvre sa politique industrielle dans la filière 
nucléaire civile, au détriment des intérêts de l'entreprise et 
de ses autres actionnaires.         
 
 (Avec Jean-Baptiste Vey et Elizabeth Pineau, édité par Yves 
Clarisse) 
 

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