EDF: l'augmentation de capital sanctionnée en Bourse.

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(CercleFinance.com) - Gros coup de bambou pour EDF, dont l'action décroche de 7,2% ce lundi en début d'après-midi dans des volumes très élevés (déjà près de 3,2 millions de titres échangés, contre 2,1 millions sur la seule séance de vendredi), soit une perte de 16,3% depuis le 1er janvier. Les investisseurs ne semblent guère rassurés par la situation financière de l'électricien.

Et pour cause: très attendue, la réunion de son conseil d'administration a donné lieu à l'annonce d'une augmentation de capital de 4 milliards d'euros à laquelle l'Etat, actionnaire à près de 85%, participera à hauteur des trois quarts.

'Les prix de gros de l'électricité, entre 25 et 28 euros par mégawattheures (Mwh) en France depuis début 2016, sont historiquement bas. Ils pourraient se maintenir à ce niveau bas en France et en Europe au cours des 2 à 3 prochaines années', a également prévenu EDF. De quoi casser le moral d'opérateurs déjà très inquiets concernant le projet Hinkley Point C, lequel consiste en la construction de 2 réacteurs EPR et est l'objet comme on le sait de (très) fortes tensions dans les rangs du groupe.

Ce chantier, qui a déjà généré des discussions enflammées au sein du conseil d'administration et a été la cause principale du départ fracassant du directeur financier Thomas Piquemal le mois dernier, est estimé à 24 milliards d'euros, dont les deux tiers assumés par EDF. Trop gros aux yeux de nombre de hauts cadres, de salariés et d'analystes, mais qu'à cela ne tienne : par-delà un report de la décision finale à la rentrée prochaine, le gouvernement et la direction continuent de le soutenir. L'Etat, fustigé il y a quelques jours par 'EDF actionnariat salarié', un aréopage de petits porteurs qui lui reproche de 'se (comporter) comme le seul propriétaire du groupe' et a déposé une requête auprès de l'AMF dans l'optique d'obtenir un retrait pur et simple de la cote, en fait-il une question de crédibilité et de prestige ?

Le ministre de l'Economie Emmanuel Macron a quoi qu'il en soit balayé toute idée de renoncement, arguant qu''il faudrait renégocier l'ensemble des contrats' et que 'les Britanniques ne peuvent pas attendre, sinon ils choisiront nos concurrents'. Un argument potentiellement massue, mais le fait est que la situation financière d'EDF justifie au minimum concertations et prudence. Le montant total du projet Hinkley Point C est en effet supérieur à la capitalisation boursière de l'électricien, qui s'élève actuellement à 21,8 milliards d'euros...

Afin d'assurer son avenir, EDF va prendre une série de mesures parmi lesquelles une optimisation des investissements nets (hors Linky et hors nouveaux développements) de près de 2 milliards d'euros en 2018 par rapport à 2015. Ces investissements devraient ainsi atteindre 10,5 milliards en 2018. Le groupe prévoit également une réduction des charges opérationnelles d'au moins 1 milliard d'euros en 2019 par rapport à 2015 ainsi qu'un plan de cessions d'actifs d'environ 10 milliards d'euros à l'horizon 2020.

'Ces dispositions seront intégrées dans le plan à moyen terme du groupe qui sera présenté au conseil d'administration comme chaque année en décembre', a précisé EDF, qui a en outre fait part de son intention de proposer une option de versement des dividendes en actions au titre des exercices 2016 et 2017.

Au micro d'Europe 1, Jean-Bernard Lévy s'est, lui, voulu on ne peut plus rassurant. 'EDF est une entreprise qui se porte bien, qui gagne de l'argent, mais c'est une entreprise qui a beaucoup d'investissements à faire', a-t-il notamment déclaré. Quant à l'augmentation de capital précitée, elle serait destinée à 'investir'. Tout juste le dirigeant a-t-il concédé 'un endettement élevé'. Il s'est en revanche montré des plus tarissables quant à la conjoncture, à son évolution et aux hausses, inévitables, des coûts d'entretien et des investissements.

Du côté des brokers, Oddo, toujours 'neutre' sur la valeur avec un objectif de cours de 13,2 euros, juge intacte la détermination des pouvoirs publics à lancer le projet Hinkley Point C. Il souligne cependant que l'Etat souhaite d'abord 'renforcer la trajectoire financière du groupe (ce qui sera fait à l'issue de l'augmentation de capital), consulter les salariés d'EDF sur le projet et s'assurer de la maitrise opérationnelle du projet'. 'Ces différentes étapes devraient permettre à EDF de bénéficier d'une meilleure visibilité lors de sa décision finale d'investissement', estime l'intermédiaire. Optimiste, ce dernier pense aussi qu''en choisissant de repousser sa décision finale d'investissement sur le projet Hinkley Point C, une partie des risques perçus sur EDF devrait diminuer'.

Bryan Garnier a pour sa part renouvelé son rating 'achat' avec un fair value de 13,5 euros. 'La réduction des dépenses opérationnelles constitue clairement un signal positif dans la mesure où elle implique que le gouvernement français 'autorise' le groupe à adapter sa structure de coûts en dépit de son statut d'entreprise public', juge le bureau d'études, selon lequel l'augmentation de capital et le paiement de dividendes en actions devraient donner à l'électricien plus de flexibilité financière pour investir dans son programme Grand Carénage, les énergies renouvelables et potentiellement le programme Hinkley Point.

Force est d'admettre que la confiance des analystes n'est pas partagée par le marché ce lundi...

(G.D.)


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  • lsleleu il y a 10 mois

    La valeur de la société n'est pas ce que la bourse veux bien le faire croire moins de 5% des actions son commercialisables le cours ne veux rien dire.

  • M2941863 il y a 10 mois

    c'est un puits sans fond ...

  • M7361806 il y a 10 mois

    je pille pour remettre au pot sans avoir le courage de voir les privilèges du personnel

  • lsleleu il y a 10 mois

    Quant à l'augmentation de capital le gouvernement se contente de transformer le dividende en augmentation de capital et peut être mettre 3 "sous" de plus. Mais a t'on besoins de mettre 18 milliards chez les anglais ? pour construire ce que l'on arrive pas a construire chez nous ....

  • lsleleu il y a 10 mois

    Les gouvernements sont entièrement responsable de ce qui arrive a EDF tant sur la nomination des PDG que de la stratégie mise en œuvres. Cette entreprise marchait bien avec un KWH le plus bas d'Europe il n'y avait qu'à continuer sur la lancée ; les demandes de l'"Europe" suivie par les gouvernements Français nous voyons le résultat .