EDF et Engie misent sur des alliances pour éviter l'ubérisation

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EDF ET ENGIE VEULENT S'ALLIER AUX ACTEURS DU NUMÉRIQUE
EDF ET ENGIE VEULENT S'ALLIER AUX ACTEURS DU NUMÉRIQUE

par Benjamin Mallet

PARIS (Reuters) - La numérisation des données énergétiques va favoriser l'émergence de nouvelles offres de maîtrise de la consommation, incitant EDF et Engie à nouer des partenariats avec des acteurs du numérique pour éviter une "ubérisation" de leurs métiers.

Malgré des positions encore très dominantes dans la fourniture d'électricité et de gaz en France, les deux rivaux sont d'ores et déjà confrontés à la menace d'une capture des données clients et de la valeur par les géants des technologies de l'information.

Les solutions de maison connectée développées par Alphabet (maison mère de Google), Apple ou encore Amazon sont en effet "une mine d'or" qui leur donne accès aux habitudes de consommation des particuliers, souligne Thibaud Brejon de Lavergnée, directeur d'études pour le cabinet d'analyse stratégique Precepta.

"A moyen terme, la fourniture d'énergie traditionnelle pourrait finalement devenir une prestation à très faible valeur ajoutée", juge-t-il. "La valeur ajoutée additionnelle serait de fournir des services qui soient davantage personnalisés, et le pilotage intelligent de l'énergie en fait clairement partie."

Google mise par exemple sur les thermostats connectés de sa filiale Nest, qui a conclu des partenariats en France avec Engie et Direct Energie et se présente aujourd'hui comme un facilitateur de dialogue entre fournisseurs et consommateurs.

"Jusqu'à présent, le seul moment où les clients prenaient conscience de leurs relations avec les énergéticiens, c'était celui où ils recevaient leur facture", estime Lionel Paillet, directeur général de Nest en Europe.

"Grâce à des produits numériques, connectés à des 'smartphones' (...), on peut créer un engagement différent avec l'énergie, avec des tarifs qui sont bénéfiques pour l'utilisateur final."

Pour Engie, qui travaille aussi à la conception et à la vente des thermostats connectés du français Netatmo, tout l'enjeu consiste à rester incontournable en s'appuyant sur la présence en France de 4.000 techniciens chargés notamment de la pose et de la maintenance de chaudières.

"LES ACTEURS DU NUMÉRIQUE NE POURRONT PAS SE PASSER DE NOUS"

"Dans les nouveaux services énergétiques, je vois beaucoup plus d'opportunités de partenariats - dans la conception des produits, leur déploiement à domicile et l'amélioration de la compréhension du comportement de nos clients avec les 'big data' - que de risques d'ubérisation", indique Hervé-Matthieu Ricour, directeur général de l'activité "B to C" du groupe en France.

"Les acteurs du numérique ne pourront pas se passer de nous car nous les accompagnerons grâce à nos conseils aux clients, à notre capacité à développer la digitalisation et à notre présence sur le terrain", ajoute-t-il.

Selon François Gonczi, directeur du projet numérique d'EDF commerce, "le véritable enjeu de la digitalisation, c'est qu'elle élargit potentiellement le type et le spectre de concurrents". Soulignant que "l'ubérisation" est "une rupture violente due à un phénomène digital qui a été mal anticipé", il estime que l'arrivée des objets connectés "peut déboucher sur ce phénomène", mais qu'EDF se prépare "de manière volontariste à mener la bataille". En plus d'une numérisation classique de sa relation clients, l'électricien public a lancé en 2015 un nouvel outil ("e.quilibre"), adopté par environ un million de clients particuliers en France, qui les aide à maîtriser leur consommation et que le groupe veut faire figurer sur le portail de solutions de maison connectée d'Orange (Homelive).

ENGIE, "UBÉRISATEUR" DE L'ÉLECTRICITÉ EN FRANCE ?

EDF teste lui aussi le thermostat de Netatmo auprès de ses clients et coopère avec des fabricants d'objets connectés (chauffe-eau, chauffage, éclairage, indicateurs de présence, etc.). "Est-ce qu'on pourrait être attaqués demain sur notre métier de fournisseurs par de nouveaux acteurs ? Probablement, mais nous sommes déjà dans un secteur en concurrence. A l'inverse, peut-on faire autre chose que la fourniture d'énergie ? Ça se regarde", indique François Gonczi. EDF va consacrer 200 millions d'euros par an sur cinq ans à sa numérisation, hors recherche et développement, avec comme premier enjeu de poursuivre la numérisation de sa relation et de ses contacts clients.

Selon Thibaud Brejon de Lavergnée, les énergéticiens doivent toutefois aussi intégrer le risque, à plus long terme, de "démocratisation du rôle de producteur". "Les énergies renouvelables décentralisées et les progrès en matière de stockage de l'énergie laissent imaginer que n'importe qui pourra à terme devenir un véritable producteur d'énergie autonome", souligne-t-il.

Chez Engie, Hervé-Matthieu Ricour estime cependant que, grâce aux solutions d'autoconsommation que le groupe entend développer, il pourrait s'imposer comme "l'ubérisateur" de l'électricité en France, où il vise 20% du marché tous segments confondus en 2020 contre moins de 10% aujourd'hui.

(Edité par Jean-Michel Bélot)

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