EDF et CGN scellent leur alliance dans le nucléaire britannique

le
0
ALLIANCE GDF CGN DANS LE NUCLÉAIRE BRITANNIQUE
ALLIANCE GDF CGN DANS LE NUCLÉAIRE BRITANNIQUE

LONDRES/PARIS (Reuters) - EDF, son partenaire chinois CGN et le gouvernement britannique ont conclu mercredi une série d'accords en vue d'une décision finale d'investissement dans le projet de construction de deux réacteurs nucléaires de type EPR à Hinkley Point, dans le sud-ouest de l'Angleterre.

En vertu de ces accords, l'électricien public français détiendra 66,5% du projet et CGN investira 6 milliards de livres sterling pour en acquérir 33,5%.

Le projet de Hinkley Point est estimé à 18 milliards de livres sterling (24,5 milliards d'euros), soit l'équivalent selon EDF du montant de 16 milliards - en livres de 2012 - prévu il y a deux ans. La mise en service du premier EPR britannique est prévue pour 2025, à comparer avec une date de 2023 annoncée précédemment.

Le PDG d'EDF Jean-Bernard Lévy a précisé lors d'une conférence téléphonique que la décision finale d'investissement dans Hinkley Point interviendrait "dans quelques semaines".

L'accord prévoit également que CGN prendra 20% du projet de construction de deux autres EPR à Sizewell, dans l'est du pays, pour lequel EDF ne prévoit pas de décision d'investissement avant trois ou quatre ans.

CGN sera en revanche le chef de file d'un autre projet nucléaire à Bradwell, dans le sud-est de l'Angleterre, dont il détiendra 66,5% tandis qu'EDF en contrôlera 33,5%. La Chine souhaite lancer pour ce projet son propre réacteur de 1.000 mégawatts (MW), l'EPR affichant pour sa part une puissance de 1.650 MW.

EDF estime à trois ou quatre ans le délai nécessaire pour faire certifier ce futur modèle - nommé UK Hualong -, dont il juge qu'il contribuera à la diversification de la gamme disponible pour la filière française, Areva ayant déjà développé avec le japonais Mitsubishi Heavy Industries un modèle de 1.100 MW (l'Atmea).

Contrairement à son souhait initial, EDF devra consolider par intégration globale son investissement dans le projet d'Hinkley Point, ce qui l'obligera à céder des actifs pour respecter ses objectifs financiers.

Le quotidien Les Echos rapportait vendredi que le programme de cession du groupe concernerait au total au moins 10 milliards d'euros d'actifs à l'horizon 2020, un montant qu'EDF n'a ni confirmé ni infirmé.

"Il est clair que nous sommes partis dans une démarche d'optimisation de nos actifs et de mise en cohérence de nos actifs avec nos priorités stratégiques", a toutefois déclaré son PDG.

L'accord signé en 2013 sur Hinkley Point prévoyait de confier 30% à 40% du projet à CGN et à l'autre groupe nucléaire chinois CNNC. Areva, le fabricant de l'EPR qui ne fait désormais plus partie du tour de table et dont EDF rachètera l'activité réacteurs fin 2016, devait pour sa part en prendre 10%.

EDF avait également engagé à l'époque des discussions avec d'autres d'investisseurs intéressés par le projet afin de leur céder jusqu'à 15% du projet, une hypothèse que le groupe a confirmé mercredi mais seulement "dans une deuxième étape".

Le français bénéficiera d'un tarif garanti de 92,5 livres par mégawatt/heure pendant 35 ans à Hinkley Point, le mécanisme envisagé ("contract for difference") prévoyant qu'il recevra un paiement complémentaire lorsque le prix de marché sera inférieur au tarif et qu'il devra rembourser un trop-perçu lorsque le prix du marché dépassera ce tarif.

La nouvelle centrale nucléaire d'Hinkley Point, la première qui sera mise en chantier en Europe depuis la catastrophe de Fukushima en 2011 et la première en Grande-Bretagne depuis 1995, devrait produire suffisamment d'électricité pour plus de cinq millions de foyers.

Quatre autres EPR sont actuellement en construction dans le monde: un en France à Flamanville (Manche) et un en Finlande (OL3), qui connaissent de retards et surcoûts à répétition; et deux en Chine, à Taishan, pour lesquels EDF et CGN sont déjà partenaires.

La dernière estimation en date du coût de l'EPR de Flamanville s'établit à 10,5 milliards d'euros.

"Nous sommes particulièrement satisfaits de voir la confiance que nous accorde le gouvernement britannique (...), c'est la bonne nouvelle qu'attendait filière nucléaire française depuis quelque temps", a déclaré Jean-Bernard Lévy.

EDF a également indiqué que les travaux pour le projet de Hinkley Point, qui impliqueront également Alstom et Bouygues, se feraient à 60% en Grande-Bretagne et qu'une grande partie des 40% restants seraient réalisés en France.

(Benjamin Mallet à Paris et Karolin Schaps à Londres, édité par Dominique Rodriguez)

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant