Ecosse-Les banques se préparent à l'éventualité de l'indépendance

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par Matt Scuffham et Simon Jessop LONDRES, 10 septembre (Reuters) - La percée des partisans de l'indépendance dans les sondages à huit jours du référendum sur le maintien de l'Ecosse dans le Royaume-Uni commence à donner des sueurs froides aux banquiers et assureurs écossais dont le gros de la clientèle est britannique. S'ils n'ont pas constaté de retraits par leurs clients, certains de ces derniers se sont enquis de savoir si leurs avoirs seraient toujours en sécurité en cas de victoire des partisans du "oui". Aussi suivent-ils fébrilement les données en ligne et les rapports remontant des succursales tout en assurant disposer des liquidités nécessaires dans leurs coffres pour faire face à d'éventuels retraits. "On suit cela de très près. Nous avons des demandes de renseignements mais nous n'avons absolument aucune indication jusqu'à présent que quelque chose comme cela (NDLR des retraits de leurs avoirs par les clients) se produise", a déclaré à Reuters une source interne à l'une des banques écossaises. Lloyds LLOY.L , qui contrôle Bank of Scotland, tout comme sa concurrente Royal Bank of Scotland (RBS) RBS.L dont les sièges sociaux sont localisés à Edimbourg, ont prévenu l'une comme l'autre qu'une sécession de l'Ecosse présenterait un risque significatif pour leurs activités, affectant négativement leurs coûts de financement et ceux liés à la mise en oeuvre des réglementations ainsi que leur imposition. Des représentants des directions des deux banques ont tenu des réunions régulières avec les autorités écossaises et britanniques ainsi qu'avec des représentants de la Banque d'Angleterre au cours des derniers mois et ont examiné les différents scénarios envisageables selon l'issue du scrutin, ont dit des sources bancaires. Les deux banques ont pressé la Banque d'Angleterre mais aussi les autorités écossaises et britanniques de rassurer très rapidement les déposants sur le fait que leurs avoirs seraient en sécurité en cas de victoire du "oui", ont ajouté ces sources. Elles veulent que les législateurs comme la banque centrale disent qu'ils n'y aurait aucune raison pour les déposants de retirer leurs fonds, au moins pendant les 18 mois suivant le vote, période pendant laquelle l'Ecosse continuera de faire partie du Royaume-Uni, le temps que les modalités de la séparation puissent être négociées. "Nous devons essayer de rassurer les gens s'ils ont des inquiétudes à ce sujet", a dit l'une des sources. Pendant l'éventuelle période de transition, les dépôts d'un montant allant jusqu'à 85.000 livres sterling (105.400 euros) continueraient d'être assurés dans le cadre d'un mécanisme géré par le gouvernement britannique et la Banque d'Angleterre resterait le prêteur en dernier ressort des banques écossaises. Ni RBS, ni Lloyds n'envisagent pour l'instant d'étendre leurs horaires d'ouverture ou de renforcer les effectifs de leurs succursales mais elles seraient prêtes à le faire si la situation l'exigeait, ont dit les sources. L'agence de notation Standard & Poor's a prévenu qu'une Ecosse indépendante serait dans l'incapacité de soutenir son système bancaire de manière crédible en cas de crise financière. Le total de bilan des trois banques écossaises, en incluant Clydesdale détenue par la National Australia Bank, représente 1.200% du PIB écossais, un pourcentage beaucoup plus important que les 880% qui ont été à la base de la crise bancaire en Islande et les 700% à Chypre. La crise financière de 2008 a donné une idée de l'ampleur du soutien nécessaire, Londres ayant dû injecter 66 milliards de livres dans les banques pour les maintenir à flot, prenant en contrepartie 81% du capital de RBS et 40% de celui de Lloyds. L'importance du secteur bancaire écossais peut constituer un obstacle à la création d'une union monétaire avec le Royaume-Uni amputé, l'option privilégiée par le gouvernement écossais. En cas de difficulté, une telle option impliquerait en effet que les banques soient renflouées par Londres, ce qui ne manquerait pas d'engendrer des polémiques sur l'exposition de l'argent des contribuables britanniques aux banques d'un pays étranger. Si les autorités britanniques et la Banque d'Angleterre devaient se porter garant du système bancaire écossais, le prix à en payer pour l'Ecosse serait élevé en termes réglementaire et de finances publiques, préviennent les économistes de Credit Suisse dans une note de recherche publiée lundi. CAP AU SUD Lloyds envisage de déplacer son siège social à Londres en cas de victoire du "oui", ont dit des sources bancaires à Reuters. RBS, dont l'identité est étroitement liée à l'Ecosse, a dit qu'elle examinait les implications d'un vote qui serait favorable à l'indépendance. Des sources bancaires et politiques ont dit que le gouvernement britannique conserverait la propriété des actions des banques qu'il détient depuis leur renflouement en cas d'indépendance et que tout changement en la matière devrait être négocié entre les gouvernements britannique et écossais, ce à quoi le ministre britannique des Finances ne sera guère enclin. Le Premier ministre écossais, Alex Salmond, un ex-économiste de RBS, a fixé à mars 2016 l'échéance pour l'entrée en vigueur de l'indépendance en cas de vote favorable le 18 septembre, ce qui laisse 18 mois à Lloyds et RBS pour évaluer leurs options. "Au regard de la localisation des activités des banques et de la participation du gouvernement britannique dans leur capital, nous sommes certains que les banques se relocaliseraient à Londres", a dit Chirantan Barua, analyste chez Sanford Bernstein, qui estime les coûts liés à cette opération entre 500 millions et un milliard de livres. "La majorité des clients des institutions financières de l'Ecosse résident en Angleterre, en Irlande et dans le Pays de Galles, la proportion atteignant 90% pour les compagnies d'assurance, relèvent des analystes de Natixis. "Etant donné que ces institutions emploient plus de 100.000 salariés en Ecosse, un éventuel rapatriement de capitaux de la part des clients non écossais représente un risque majeur pour la pérennité du secteur", ajoutent-ils. Une victoire du "oui" rendrait plus difficile de nouvelles cessions de titres Lloyds par le gouvernement britannique en raison de l'incertitude qu'elle créerait, ont noté des sources bancaires. A l'inverse, un rejet de l'indépendance pourrait entraîner un "rally de soulagement" sur les marchés permettant à Londres de céder en partie ou en totalité les 25% du capital de la banque qu'il détient encore après en avoir vendu 13,5% l'année dernière. Une cession de la participation de 81% de Londres dans RBS n'est pas considérée comme envisageable avant au moins trois à cinq ans et une victoire du "oui" risquerait de prolonger l'échéance. La communauté financière écossaise serait en première ligne face à certaines des incertitudes majeures qui ne manqueraient pas d'accompagner l'indépendance, qu'il s'agisse du système de change ou du cadre réglementaire et fiscal. Le premier assureur écossais Sandard Life a d'ailleurs, lui aussi, prévenu qu'il mettrait le cap au sud si le résultat du vote devait affecter ses activités. (Marc Joanny pour le service français, édité par Véronique Tison)


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