ECLAIRAGE-Zone euro-Les hedge funds se positionnent sur la dette souveraine

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    * La Belgique, l'Italie et l'Espagne particulièrement 
concernées 
    * La volatilité du marché pourrait augmenter - banquiers 
    * Craintes d'un retour des tensions sur les dettes 
souveraines 
    * Les maturités longues très exposées lors de la récente 
purge 
 
    par Abhinav Ramnarayan et Helen Reid 
    LONDRES, 21 novembre (Reuters) - Les émetteurs souverains de 
la zone euro sont de plus en plus dépendants des fonds 
spéculatifs pour couvrir leurs besoins de financement, au risque 
d'être exposés à des effets déstabilisateurs en cas de brusque 
sortie de ces investisseurs très volatils. 
    Le choix des banques de réduire leur exposition aux marchés 
de la dette souveraine en raison des contraintes pesant sur leur 
bilan a poussé certains Etats à se tourner vers les "hedge 
funds" pour placer leurs émissions, montrent des données 
corroborées par des déclarations de banquiers et de 
représentants gouvernementaux.  
    Les hedge funds ont été particulièrement actifs sur le 
segment des obligations longues voire très longues, qui se 
caractérise par le couple rendement-risque élevé qu'ils 
recherchent en général. 
    L'Espagne, l'Italie, la Belgique et la France ont cherché à 
profiter des taux ultra-bas pour s'endetter sur très longue 
période avec des émissions à 50 ans pour des montants de trois à 
cinq milliards d'euros. Pour chacune d'elle, entre 13% et 17% 
des montants émis ont été alloués à des hedge funds, une 
proportion historiquement élevée.  
    Il y a trois ans seulement, l'Espagne, l'Italie et la 
Belgique ne plaçaient qu'entre 4% et 7% de leurs émissions 
syndiquées auprès de cette catégorie d'investisseurs, selon des 
données d'IFR, un service d'informations spécialisé sur les 
marchés de dettes, filiale de Thomson Reuters. Aucune donnée 
équivalente n'est disponible concernant la France.  
    "Les hedge funds ont pris de l'importance", a dit Damien 
Carde, responsable de la syndication pour les émetteurs publics 
de RBS, qui a participé aux opérations de plusieurs émetteurs 
souverains de la zone euro. "Si vous devez amener sur le marché 
une grosse opération syndiquée, c'est toujours un plus d'avoir 
cette communauté avec vous." 
    Il a toutefois prévenu que ces fonds avaient toujours la 
réputation d'être des investisseurs très volatils. "Ils ont une 
philosophie d'investissement très active, ils investiront s'ils 
s'attendent à dégager un rendement convenable à court terme. 
Mais dès que les espoirs d'une perspective de profits 
s'évanouissent, ils s'en vont." 
     
    FORTE DEMANDE 
    Christian Shreckeis, responsable des marchés de capitaux et 
des relations avec les investisseurs du Trésor autrichien a dit 
que la récente émission à 70 ans de Vienne avait suscité une 
forte demande des hedge funds. Il n'a pas donné plus de détails, 
l'Autriche ne comptabilisant pas séparément les allocations aux 
fonds spéculatifs dans ses statistiques d'émissions.  
    "Depuis un an ou deux, nous avons remarqué que les hedge 
funds devenaient plus actifs sur la dette souveraine en Europe", 
a-t-il ajouté.  
    La plupart des autres pays de la zone euro, et en 
particulier l'Allemagne, le Portugal et les Pays-Bas, n'ont pas 
non plus de données spécifiques sur les investissements des 
fonds spéculatifs dans leur dette, soit parce qu'ils ne les 
collectent pas, soit parce qu'ils recourent principalement aux 
adjudications au cours desquelles leurs émissions sont achetées 
par des spécialistes en valeurs du Trésor (SVT) qui les 
revendent ensuite à d'autres investisseurs.  
    Pour de nombreux émetteurs souverains, la liquidité apportée 
par les hedge funds sur le marché secondaire de leur dette est 
au moins aussi importante que leur participation à l'émission.  
    "Nous croyons au fait d'avoir une partie des obligations 
vendues après la réalisation d'une opération parce que les 
investisseurs peuvent voir qu'il y a une performance sur le 
marché secondaire", a dit Anne Leclercq, qui dirige l'Agence 
belge de la dette. 
    "La demande en provenance des banques était plus importante 
dans le passé en général, et les hedge funds jouent désormais ce 
rôle, dans une certaine mesure." 
     
    VOLATILITÉ 
    La proportion des émissions syndiquées allouées par la 
Belgique à des hedge funds est ainsi passée de 4,5% en 2012 et 
6,4% en 2013 à nettement plus de 10% cette année.      
    Lors de l'émission de 3,5 milliards d'euros à 30 ans 
réalisée en mars par la Belgique, pas moins de 24,34% ont été 
placés auprès de fonds spéculatifs, montrent des données 
disponibles sur le site internet de l'Agence de la dette.  
    Les agences de la dette française, italienne et espagnole 
n'ont pas souhaité s'exprimer sur la détention de leur dette par 
des hedge funds.  
    "Il est certain que pour n'importe quelle classe d'actifs, 
l'arrivée de capitaux instables qui accroissent la volatilité ou 
provoquent des déplacements de prix sans rapport avec la réalité 
n'est pas bienvenue", a dit Darren Ruane, responsables des 
activités de taux d'Investec Wealth & Investment.  
    "Les hedge funds peuvent intervenir dans des arbitrages sur 
la courbe des taux, par exemple en anticipant une hausse des 
taux sur la partie courte et des rendements plus ou moins élevés 
sur la partie longue en fonction de leur opinion sur la manière 
dont l'inflation à long terme pourra être contrôlée", a-t-il 
ajouté. "Quand ils débouclent leurs positions, cela peut 
vraiment être pénalisant." 
    Deux SVT qui ont participé aux émissions de la Grèce ont 
souligné que lors de son retour sur le marché en 2014 le pays 
s'était largement appuyé sur les fonds spéculatifs, ce qui a 
tourné à son détriment.  
    "Des hedge funds ont acheté une partie importante de la 
dette mais quand celle-ci a subi des dégagements, ils n'avaient 
qu'une obsession, c'était de s'en défaire eux aussi", a dit l'un 
des spécialistes en valeurs du Trésor qui a requis l'anonymat.  
    Toutes les émissions à 50 et 70 ans réalisées par des Etats 
de la zone euro ont subi de lourdes pertes lors de la correction 
sur les marchés obligataires amorcée début octobre avec le 
redressement des anticipations d'inflation. 
    Le rendement de la ligne de cinq milliards d'euros à 50 ans 
de l'Italie a ainsi bondi de 58 points de base depuis son 
émission au début du mois dernier, son cours passant de 99,194% 
à 85,50%, ce qui implique une perte potentielle en capital de 
11% selon les calculs de BBVA.    
 
 (avec Maiya Keidan et Balazs Koranyi, Marc Joanny pour le 
service français, édité par Marc Angrand) 
 
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