ECLAIRAGE-Trump poursuit ses volte-face, apprécie Pékin, plus trop Moscou

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    par Steve Holland et Jeff Mason 
    WASHINGTON, 13 avril (Reuters) - Après trois mois au 
pouvoir, Donald Trump poursuit sans état d'âme ses virages à 180 
degrés en matière de politique étrangère, que ce soit avec la 
Chine, la Russie ou l'Otan. 
    Le président des Etats-Unis, qui avait fait campagne sur la 
promesse d'en finir avec le statu quo à Washington, s'en était 
pris régulièrement à la Chine avant son élection, le 8 novembre. 
    Il avait accusé Pékin d'être un "champion" de la 
manipulation, tout en qualifiant l'Otan d'obsolète et exprimant 
le souhait d'un réchauffement des relations avec la Russie. 
    Mais le chef de la Maison blanche a peu à peu commencé à 
revenir sur tous ces sujets. Et il a confirmé la tendance 
mercredi lors d'une conférence de presse ainsi que dans un 
entretien au Wall Street Journal.  
    Il constate que les relations se détériorent avec Moscou et 
qu'elles s'améliorent avec Pékin. L'Otan n'est plus obsolète : 
elle sait s'adapter aux nouvelles menaces. 
    "J'ai dit que c'était obsolète. Ce n'est plus obsolète", 
a-t-il déclaré lors de la conférence de presse, en présence du 
secrétaire général de l'Otan, Jens Stoltenberg.   
    Les revirements sur la Russie et l'Otan devraient certes 
rassurer les alliés de Washington en Europe, qui ont été 
déstabilisés par les appels du pied de Donald Trump vers la 
Russie de Vladimir Poutine pendant la campagne présidentielle. 
    En revanche, ses bonnes relations avec le président chinois, 
Xi Jinping, sont susceptibles de semer la confusion en Asie, où 
les alliés des Etats-Unis voient d'un mauvais oeil la montée en 
puissance du mastodonte chinois. 
     
    DÉCLIN DES POLITIQUES 
    Déjà, peu après l'investiture du milliardaire le 20 janvier, 
la Chine lui avait arraché une concession de taille en obtenant 
qu'il ne conteste pas ses ambitions ultimes sur Taïwan.  
    Il avait suggéré pendant la campagne que le principe de la 
Chine unique pourrait ne plus tenir.   
    Ce revirement du président américain en faveur d'une 
politique étrangère plus conventionnelle intervient sur fond de 
luttes d'influence au sein de son gouvernement. On y a noté le 
déclin de la prééminence des politiques, en particulier de son 
principal conseiller en stratégie, Steve Bannon. 
    On l'a vu à l'occasion des réunions tenues la semaine 
dernière pour préparer les bombardements en Syrie après 
l'attaque chimique du 4 avril, dont la Maison blanche tient le 
président syrien, Bachar al Assad, pour responsable.  
    Pour régler sa première grosse crise diplomatique, le 
président des Etats-Unis s'est appuyé sur les experts militaires 
plutôt que sur les politiques qui ont occupé le haut du pavé 
lors des premières semaines de sa présidence.   
    Il y a six mois, le candidat Trump laissait entendre qu'il 
souhaitait ardemment nouer une alliance avec la Russie de 
Vladimir Poutine. Mercredi toutefois, il s'est dit inquiet du 
soutien du chef du Kremlin à Bachar al Assad. 
    Les Etats-Unis ne s'entendent pas "du tout" avec la Russie, 
a-t-il déclaré devant la presse. Les relations entre les deux 
pays sont peut-être à "un niveau historiquement bas", a-t-il 
encore dit.   
    A l'inverse, Donald Trump a parlé en bien de ses relations 
avec le président Xi Jinping. Les deux hommes se sont entretenus 
mercredi par téléphone de la situation en Corée du Nord, 
quelques jours après s'être rencontrés pour la première fois, en 
Floride. 
         
    PAS MANIPULATRICE 
    Donald Trump a déclaré sur Twitter avoir eu une "très bonne" 
discussion avec Xi à propos de la "menace de la Corée du Nord". 
    "Le président Xi veut faire ce qui est bien. Le contact a 
été très bon, je pense qu'il y a eu une bonne alchimie, je pense 
qu'il nous aidera avec la Corée du Nord", a-t-il dit, laissant  
entendre néanmoins que Washington pourrait régler seul le 
"problème" de la Corée du Nord, si nécessaire. 
    Lors du vote mercredi d'une résolution sur la Syrie au 
Conseil de sécurité de l'Onu, la Chine, qui a opposé son veto à 
six résolutions sur la Syrie depuis le début du conflit syrien, 
n'a pas suivi la Russie et s'est abstenue.   
    Un responsable de l'administration Trump a expliqué que la 
relation positive développée entre Donald Trump et Xi Jinping en 
Floride avait contribué à l'abstention de la Chine. 
    Cette amélioration des relations avec la Chine communiste 
est manifeste également dans l'interview que Doanld Trump a 
accordée au Wall Street Journal. 
    Il y explique qu'il ne déclarera pas la Chine comme un pays 
manipulant sa devise comme il avait promis de le faire à son 
premier jour au pouvoir.   
    Selon Christine Wormuth, qui était sous-secrétaire à la 
Défense dans le gouvernemnt Obama, Donald Trump "commence à 
avoir une approche plus nuancée et une compréhension plus en 
profondeur d'un grand nombre de questions". 
    Cette évolution en matière de politique étrangère semble 
refléter une moindre influence de son équipe de campagne et 
davantage les vues de son secrétaire à la Défense, James Mattis, 
du chef de la diplomatie, Rex Tillerson, et du conseiller 
national à la sécurité, H.R. McMaster, qui sont tous trois très 
sceptiques par rapport à la Russie. 
    L'ancien conseiller national à la sécurité de Donald Trump, 
le général à la retraite Michael Flynn, a été contraint de 
démissionner le 13 février pour avoir eu des contacts avec 
l'ambassadeur de Russie avant la prise de fonction de Trump. 
    Ce nouveau ton sur la scène internationale est aussi la 
victoire du consensuel Jared Kushner, conseiller à la Maison 
blanche et beau-fils de Trump, sur le très conservateur Bannon. 
    Dans une interview au New York Post mardi, Donald Trump n'a 
offert qu'un soutien fort tiède à Steve Bannon.  
    "J'aime bien Steve, mais il faut se souvenir qu'il n'a 
participé que très tardivement à ma campagne", dit-il. 
 
 (Danielle Rouquié pour le service français, édité par Gilles 
Trequesser) 
 
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