ECLAIRAGE-Orange/Bouygues: défiance, petits calculs et grandes manoeuvres

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    * Nouvel échec des discussions sur un rachat de Bouygues Tel 
    * Coup d'arrêt dans la dernière ligne droite après 3 mois de 
négos 
    * Les exigences de Bercy jugées inacceptables par 
Bouygues-sces 
    * Une opération complexe impliquant 3 milliardaires et 
l'Etat 
 
    par Mathieu Rosemain et Sophie Sassard 
    PARIS/LONDRES, 4 avril (Reuters) - Lorsque le Premier 
ministre Manuel Valls a appelé Martin Bouygues jeudi pour tenter 
de sauver les négociations en vue d'un rachat de Bouygues 
Telecom par Orange  ORAN.PA , il était déjà trop tard. 
    Le puissant dirigeant du groupe de BTP, de construction et 
de médias avait déjà pris sa décision : il ne vendrait pas 
l'opérateur télécoms qu'il a créé en 1994 à l'ancien monopole.  
    Fin novembre pourtant, c'est Martin Bouygues qui est allé 
trouver le numéro un d'Orange Stéphane Richard pour discuter 
mariage, la troisième tentative en deux ans de réduire le nombre 
d'acteurs sur un marché français des télécoms éprouvé par la 
guerre des prix déclenchée par l'arrivée de Free (Iliad 
 ILD.PA ) dans le mobile. 
    "C'est probablement en raison de ce premier pas qu'ils ont 
tous tenté de le dépecer", estime une source proche d'Orange, à 
l'intersection de l'ensemble des négociations qui ont aussi 
impliqué les opérateurs concurrents Free et SFR  NUME.PA , 
candidats au rachat d'actifs de Bouygues Telecom, et l'Etat 
français, premier actionnaire d'Orange avec 23% du capital. 
    Candidate au rachat de SFR en 2014 avant de devenir la cible 
du même SFR un an plus tard, la filiale télécoms de Bouygues, 
déficitaire, était pour la première fois officiellement à vendre 
en 2016. Certains, dont le ministre de l'Economie Emmanuel 
Macron, en ont conclu que Martin Bouygues était dos au mur, ont 
rapporté plusieurs sources. 
    La réunion qui s'est tenue le jeudi 24 mars au ministère de 
l'Economie entre le jeune ministre de 38 ans et le PDG 
milliardaire de 63 ans marquera une rupture dans les 
négociations entamées trois mois plus tôt.   
    La figure du CAC 40 s'est sentie humiliée par l'attitude et 
les exigences de l'ancien banquier d'affaires de Rothschild & 
Cie, ce même établissement qui accompagne Bouygues de longue 
date.  
     
    LA RUPTURE 
    "Il y a eu un avant et un après", raconte l'une des sources. 
    L'échec de l'opération est un coup dur pour tous les 
opérateurs, dont les cours ont dévissé lundi matin en Bourse, 
effaçant l'équivalent de 10 milliards d'euros de capitalisation 
boursière en incluant Altice  ATCA.AS , la maison mère de SFR, 
soit l'équivalent du montant prévu pour l'opération. 
    Il s'agit aussi d'une opportunité manquée pour l'Etat 
français, soucieux de faire émerger un champion national des 
télécoms, capable de jouer un rôle actif dans la consolidation 
attendue du secteur en Europe.  
    "L'Etat a raté une belle occasion de construire une success 
story des télécoms en France", souligne un banquier. 
    Orange, Bouygues, SFR, Iliad et le ministère de l'Economie 
n'ont pas souhaité faire de commentaire. 
    Complexe, l'opération, dont le prix avait dès le départ été 
fixé à 10 milliards par Bouygues, aurait fait du conglomérat le 
deuxième actionnaire d'Orange après l'Etat. 
    Le gouvernement avait posé ses conditions : conserver ses 
trois sièges au conseil d'administration et une minorité de 
blocage en assemblée générale, ce que Bouygues avait accepté dès 
le début. 
    Mais Emmanuel Macron souhaitait aussi empêcher Bouygues 
d'augmenter sa participation pendant sept ans et l'obliger à 
renoncer à ses droits de vote doubles pendant dix ans, un 
chiffon rouge pour Martin Bouygues. 
    "C'est criminel d'imposer de telles conditions à Bouygues. 
Cela revient à le traiter comme un citoyen de seconde zone. 
N'importe quel raider étranger qui commencerait à acheter des 
actions Orange obtiendrait de meilleures conditions", estime un 
banquier. 
    Selon des sources, Emmanuel Macron et ses équipes 
craignaient un scénario à la "Vincent Bolloré" qui aurait vu 
Bouygues progressivement augmenter sa participation avant 
finalement de prendre le contrôle de l'ancien monopole, un actif 
jugé stratégique notamment parce qu'il opère des câbles 
sous-marins utilisés par le système français de surveillance. 
     
    TENSIONS 
    Le PDG d'Orange Stéphane Richard n'avait pourtant pas ménagé 
ses efforts, jouant les "casques bleus" dans un climat de 
défiance entre les dirigeants des autres opérateurs. 
    Dans les dix derniers jours, une quarantaine de personnes 
étaient réunies dans les locaux parisiens de l'avocat de 
Bouygues Jean-Michel Darrois. 
    Mais les tensions sont montées dans la dernière semaine, 
Bouygues s'agaçant aussi des demandes de dernière minute 
formulées par Xavier Niel et craignant pour l'avenir de sa 
filiale dans l'éventualité où l'Autorité de la concurrence 
détricoterait le partage prévu des actifs. 
    "Niel a fait des concessions mais seulement au dernier jour. 
Il a essayé d'obtenir tout ce qui était possible", a expliqué 
l'une des sources. 
    Bien que l'exécutif ait tenté de le ramener à la table des 
négociations, Martin Bouygues a signifié l'arrêt des discussions 
lors d'une ultime rencontre avec Stéphane Richard vendredi. 
    "Certains ont cru que je bluffais et que je négociais dos au 
mur. C'était stupide et même puéril de le penser", a expliqué le 
dirigeant du groupe familial dans un entretien au Figaro.  
 
 (Avec Gwénaëlle Barzic et Michel Rose, édité par Jean-Michel 
Bélot) 
 

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  • exploser il y a 8 mois

    Une bonne chose pour les clients que nous sommes. Restons à quatre opérateurs !Monsieur Bouygues voulait survendre sa société, et se retrouver propriétaire d'Orange ! Un comble ! Monsieur Macron a eu bien raison de ne pas brader Orange, bravo !

  • M6590582 il y a 8 mois

    L'arrogance de Micron fait capoter une bonne initiative

  • M7097610 il y a 8 mois

    après Alstom, encore un échec de Macron. Pas étonnant qu'il ne soit plus chez Rothschild...