ECLAIRAGE-Les préparatifs de l'offensive sur Mossoul s'accélèrent

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    par Stephen Kalin 
    BASE DE QAYARA, Irak, 12 septembre (Reuters) - Les 
préparatifs battent leur plein à Mossoul, la plus grande ville 
d'Irak encore sous le contrôle de l'Etat islamique, le 
commandement irakien annonçant, confiant, une offensive dès fin 
octobre, tandis que les Etats-Unis prévoient des opérations 
ardues, d'ici deux ou trois mois. 
    Les djihadistes ont perdu plus de la moitié des territoires 
qu'ils contrôlaient en Irak, et près de la même proportion en 
Syrie, mais ils gardent la main sur les villes de Rakka, dans le 
nord de la Syrie, et Mossoul, dans le nord de l'Irak où Abou 
Bakr al Baghdadi a proclamé son "califat" il y a deux ans. 
    Selon le commandement militaire irakien, la reprise de la 
base aérienne de Qayara par les forces irakiennes, ainsi que la 
région le long du Tigre, à 60 km au sud de Mossoul, ouvre la 
voie à une grande offensive dès la fin du mois d'octobre. 
    Ces deux dernières semaines, des engins de chantier de 
pointe ont été vus rejoignant la base, détruite par l'EI avant 
sa fuite en juillet. Parallèlement, l'armée américaine installe 
un centre logistique au sud de la ville en vue des opérations. 
    Les réparations pourraient prendre encore deux mois, avant 
que Qayara ne puisse accueillir les 20.000 à 30.000 soldats 
irakiens attendus dans la campagne de Mossoul. En attendant, les 
troupes irakiennes, entraînées par la coalition américaine, sont 
massées plus loin. 
    La stratégie de l'EI est incertaine -- fuir ou combattre-- 
mais Bagdad s'attend à des combats intenses. 
    La vallée densément peuplée qui mène à la ville est 
susceptible de receler des obstacles pour l'armée, bien que l'EI 
semble y opposer relativement peu de résistance, peut-être pour 
réserver ses forces pour Mossoul, où il y aurait encore entre 
3.000 et 9.000 combattants djihadistes. 
    Les plus déterminés ont sans doute déjà quitté la ville, 
s'échappant vers la Syrie à travers le désert, tandis que de 
nombreux dirigeants et combattants étrangers ont été tués dans 
des frappes aériennes, estime le général Najm al Jabouri, 
commandant des opérations de Mossoul. 
     
    VICTOIRE CETTE ANNÉE 
    Une victoire d'ici la fin de l'année sera facile, 
assure-t-il à Reuters, dans la ligne des promesses du Premier 
ministre irakien, Haïdar al Abadi. 
    "Nous irons à Mossoul, ils iront à Tel Afar. Nous irons à 
Tel Afar, ils iront à Baaj", a ajouté le général, en référence à 
deux villes contrôlées par l'EI, respectivement à 70 km et 140 
km à l'ouest de Mossoul, sur la route qui mène vers la Syrie. 
    "Nous irons peut-être à Baaj. Cela dépendra de la situation 
en Syrie", ajoute-t-il. "Ils peuvent rejoindre la Syrie mais la 
situation là-bas n'est plus ce qu'elle était. Ce n'est désormais 
plus un sanctuaire pour eux." 
    Le général américain Vincent Stewart, directeur de la 
Defense Intelligence Agency, s'attend à ce que les opérations de 
reconquête de Mossoul débutent dans les deux ou trois prochains 
mois, mais prévient que les combats seront longs et difficiles. 
    "Les combats urbains ne sont jamais faciles, et c'est une 
grande ville qui a eu au moins deux ans pour se préparer à se 
défendre (...) Ca va être un combat multidimensionnel", a estimé 
mardi le responsable américain lors d'un sommet consacré à la 
sécurité nationale à Washington. 
    Les offensives contre le groupe djihadiste dans la région 
ont connu des hauts et des bas, mais le vent semble désormais 
tourner en la défaveur de l'EI. 
    En Irak, le groupe djihadiste a été chassé de Tikrit et 
Sindjar, au Nord, de la raffinerie de Baïdji, et enfin de Ramadi 
et Falloudja dans la province d'Anbar, dans l'ouest du pays. 
    Dans le nord de la Syrie, les milices kurdes des Unités de 
protection populaire (YPG), soutenues par les Etats-Unis, ont 
pris le contrôle de territoires stratégiques, après la reprise 
de Kobané, puis de Tel Abyad sur la route de ravitaillement de 
Rakka, plus au Sud. 
    Le mois dernier, les YPG ont en outre repris Manbij, à 
l'ouest de l'Euphrate. L'armée turque, qui soutient des rebelles 
syriens, a depuis chassé les djihadistes de plusieurs autres 
villes le long de la frontière pour les couper totalement de la 
Turquie.  
    Dans le même temps, les actions du groupe Etat islamique 
au-delà des limites de son "califat" ont augmenté, et l'Europe 
est toujours en alerte, craignant de nouvelles attaques sur son 
sol. 
     
    MILICES KURDES ET CHIITES 
    Les forces kurdes peshmergas, retranchées à l'est, au nord 
et au nord-est de Mossoul depuis 2014, aideront à resserrer 
l'étau autour des djihadistes mais ne pénétreront sans doute pas 
dans le centre de la ville afin d'éviter d'aggraver les tensions 
politiques. 
    Après s'être emparés le mois dernier de 11 villages au 
sud-est de Mossoul, les peshmergas ont désormais en ligne de 
mire des villages peuplés de chrétiens ou par la minorité 
Shabak, abandonnés de longue date par leurs habitants persécutés 
par l'EI. 
    Bagdad déplore que les territoires repris par les milices 
kurdes à l'EI soient en pratique annexés à la région autonome du 
Kurdistan irakien.  
    Les combattants kurdes jugent de leur côté Bagdad peu 
loquace sur sa stratégie militaire pour Mossoul, et sur ses 
projet pour administrer la ville après sa reconquête. 
  
    "Si on ne prépare pas (l'aspect) politique des (opérations), 
nous risquons de ne pas réussir sur le plan militaire, ou nous 
risquons de réussir sur le plan militaire mais de perdre sur le 
plan politique, ce qui serait catastrophique", estime le chef du 
département des Affaires étrangères du Kurdistan, Falah Mustafa 
Bakir.  
    Les Hachd al-Chaabi, ou Unités de mobilisation populaire, 
qui regroupent contre l'EI des milices à majorité chiite, sont 
également en question. Les commandants de ces milices ont promis 
de participer à la campagne de Mossoul, mais des commandants et 
des résidents sunnites redoutent des abus. 
    Les exigences de la bataille dicteront la disposition des 
forces, a déclaré la semaine dernière le Premier ministre 
irakien, Haïdar al Abadi, ajoutant qu'aucune décision de 
bannissement des Unités n'avait été prise. 
    La confrontation entre les forces chiites du gouvernement et 
les djihadistes sunnites de l'EI pourrait exacerber les tensions 
sectaires et risque de faire de la bataille de Mossoul un "bain 
de sang", craint un diplomate occidental à Bagdad. 
     
    CRISE HUMANITAIRE 
    Les Nations Unies préviennent que les opérations de Mossoul 
seront auront un très lourd bilan humanitaire et estiment qu'un 
million de personnes pourraient être déplacées lors de la 
reconquête de la ville.   
    Les forces kurdes s'attendent à voir arriver sur leur 
territoire environ la moitié des civils en fuite, et préviennent 
que la zone, saturée, abrite déjà plus d'un million de déplacés. 
    Les autorités régionales, craignant la débâcle, veulent 
circonscrire les nouveaux arrivants dans des camps en bordure 
des principales villes.  
    Dans le meilleur des cas, au vu des territoires et des fonds 
disponibles, seules 450.000 personnes pourront être accueillies, 
rapporte un haut responsable des Nations unies, ce qui laisse 
présager l'usage de logements de fortune dans des villages 
abandonnés pour les autres personnes déplacées. 
    Selon des travailleurs humanitaires, les autorités limitent 
la construction de nouveau camps pour décourager les mouvements 
de population. 
    L'armée appelle d'ailleurs les Syriens à trouver refuge sur 
place. Les combats réduisent pourtant à l'état de décombres les 
maisons et autres infrastructures. 
 
 (Avec Yara Bayoumy à Washington; Julie Carriat pour le service 
français, édité par) 
 
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